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Je suis issu d'un quartier défavorisé. Et alors ?


Centrale Nantes, Sciences Po Paris, un passage en banque d'investissement et aujourd'hui chargé d'affaires dans un fond d'investissement social : à 27 ans, Mohamed Abdesslam ne connaît pas la discrimination liée aux origines sociales.

Mantes-La-Jolie : son centre ville, ses bords de seine... et sa délinquance. Son quartier du Val-Fourré est inscrit sur la liste noire des quartiers considérés comme les plus exposés aux violences urbaines par le ministère de l'Intérieur. Lorsque les recruteurs lisent sur le CV que le candidat est issu d'un quartier défavorisé, ils tiquent. D'autant plus si celui-ci a un nom à consonance étrangère. C'est le cas de Mohamed Abdesslam. A la différence que, pour lui, tout s'est bien passé.

Le système D

« Au lycée, j'ai eu la chance d'être épaulé par mes professeurs scientifiques pour suivre une prépa, à Saint Louis (Paris), explique le jeune homme. Cette prépa est connue pour la diversité de ses origines. Mais il est vrai que cela restait élitiste, avec la majorité des élèves ayant des parents cadres et cadres supérieurs. »

Admis à Centrale Nantes, il loge en cité universitaire et a recours aux différentes bourses. Puis, il intègre Sciences Po Paris, un rêve d'enfant :

« Cette école représentait pour moi l'ouverture ». Le système D prévaut, avec des déplacements Mantes La Jolie-Paris et un logement chez sa sœur.

Le monde professionnel via des concours

En 2007, il entre sur le marché du travail. « J'ai postulé à différentes entreprises mais n'ai pas eu beaucoup de retours. Peut-être n'étais-je pas encore assez mature, analyse-t-il. On peut toujours croire que d'autres critères que celui de la discrimination entrent en ligne de compte. »

Il fera finalement ses débuts en tant qu'inspecteur-auditeur bancaire à la banque de finance et d'investissement Calyon (groupe Crédit Agricole) via le concours de l'inspection générale. Sur les 600 personnes passant le concours, une dizaine seulement a été recrutée.

« Le fait de passer par un concours m'a permis d'enlever les obstacles potentiels de la discrimination. Je me sentais plus en confiance en entretiens car j'avais déjà pu prouver mes compétences. » Il démissionne pourtant, deux ans plus tard.

« Je suis parti pour des convictions personnelles, explique Mohamed. Je me suis rendu compte que les banques ne jouaient pas vraiment leur rôle de financement de l'économie. Je souhaitais faire quelque chose d'utile. »

Il rejoint ainsi, en juillet 2009, le fond d'investissement social Citizen Capital, en tant que chargé d'affaires.

Une aide du monde associatif

Il occupe aujourd'hui un emploi qui correspond à ses convictions, après quatre mois seulement de recherche d'emploi. Cette rapidité, il la doit à ses compétences, mais aussi parce qu'il a su frapper aux bonnes portes, celles des associations et cabinets de recrutement. L'association Nos quartiers ont du talent lui a ainsi permis d'être parrainé par un cadre de la Société Générale. Le cabinet Mozaïk RH, rencontré en passant par l'Apec, lui a fait intégrer le processus de recrutement de Citizen Capital.

« Les jeunes issus de banlieues se disent aussi que certains milieux sont forcément réservés à une élite. Le meilleur moyen de passer à travers la discrimination est de prouver qu'on est capable mais aussi de se donner les moyens, conseille-t-il. C'est aussi de développer son réseau. »



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