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Edito du 8 janvier 2007

Le cauchemar de la «propale»

Tous les métiers ont leur bête noire. Un truc qui fait hurler les enfants et frémir leurs parents. Chez un commercial, le cauchemar débute généralement à la fin d’un rendez vous chez un client, quand ce dernier attrape le supervendeur par l’épaule, façon copain-copain : « Ca a l’air sympa votre affaire, là. Mettez-moi donc ça par écrit et on s’en reparle. » Et c’est parti. Notre homme a mis un pied au royaume des ombres, coincé entre Freddy the Nightmare et Darth Vador. Car il va devoir rédiger sa « propale », encore appelée « reco » chez les communicants.

Le voilà, lui, parfaitement rompu à la négo, capable de décocher douze arguments à la minute en face à face, susceptible de mettre dans sa poche un acheteur croisé avec un Rottweiler, le voilà lui, obligé de plancher par écrit pour produire un document. Et pas trois phrases griffonnées dans un mail. Il faut du beau, du pro, avec de la couleur partout, plein de pages dedans et des camemberts qui clignotent. Il lui faut se transformer tour à tour en rédacteur, en maquettiste, en directeur artistique et en artisan relieur pour bien rentrer tout ça dans un beau dossier revêtu pleine peau, avec le wire-o assorti.

Que de belles soirées en perspective, bien calé devant l’écran, accompagné d’une pizza tiède pour rédiger, excelliser, coloriser, budgétiser, soupeser, imprimer, massicoter, relier, tout en étant miné par l’envie de trucider le premier collègue qui passe. Surtout s’il vient faire un petit coucou avant de partir à la neige.

Que celui qui n’a jamais peiné sur une « propale » nous jette son premier devis. Ce passage obligé, selon l’association américaine APMP (Association of proposal management professionals ), représenterait 25% de l’activité d’un commercial. Les vendeurs sont bien évidemment les premiers à râler de ce qu’ils jugent être une perte de temps. C’est pourquoi, nombre d’entre eux les bâclent et les expédient dare-dare, persuadés que l’acheteur ne lira que le chiffre de la dernière page. Sauf qu’en face, les acheteurs, tout aussi mécontents, jugent ces propositions commerciales – puisque c’est ainsi que l’affaire se nomme en français châtié – inutilisables car mal rédigées et souvent à côté de la plaque comme le signale une étude citée sur le blog d'une agence spécialisée. Comme cette dernière, certains malins, pour l’instant très majoritairement américains, se sont lancés sur le créneau. Ces agences expertes en rédaction de propositions commerciales ou de réponses à appels d’offres se chargent du pénible et du fastidieux, rendant au commercial du temps disponible pour exercer son métier de vendeur. Sauf s’il travaille pour une agence de « propales » dont les rédacteurs de « propales » sont partis à la neige.

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr – janvier 2007

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