Voici les 20 profils de candidats que les recruteurs passent leur temps à refuser, selon Magalie Auger

Sylvie Laidet-Ratier

RECRUTEMENT - C’est un coup de gueule inattendu. Quand une ancienne DRH devenue coach prend la parole sur les réseaux sociaux, on ne s’attend pas à un tel pavé dans la mare. Au lieu de sagement vendre ses conseils, Magalie Auger dénonce les discriminations ordinaires en particulier sur vingt profils qu'elle a minutieusement listés. Ils sont disponibles mais “il y a toujours un truc qui ne va pas”. Selon elle, il n'y a pas de pénurie de candidats mais un manque d'empathie et d'audace des recruteurs. Elles prend la parole pour qu’enfin les mentalités évoluent.

Les entreprises cherchent toujours le mouton à cinq pattes. Mais ne serait-il pas plus pertinent de recruter un mouton à quatre voire trois pattes et de l'accompagner pour acquérir ce qui lui manque ?, questionne Magalie Auger.

Voici les 20 profils de candidats que les recruteurs passent leur temps à refuser, selon Magalie Auger
Les entreprises cherchent toujours le mouton à cinq pattes. Mais ne serait-il pas plus pertinent de recruter un mouton à quatre voire trois pattes et de l'accompagner pour acquérir ce qui lui manque ?, questionne Magalie Auger.

Déboulonner le mythe du “manque de candidats”

Magalie Auger est une ancienne DRH et ex-DG devenue coach indépendante en octobre 2023. Vingt ans au cœur de la machine recrutement, autant dire qu’elle en a vu des vertes et des pas mûres. Et parfois, elle-même a alimenté le système un brin discriminant. 

« Quand j’ai démarré dans le métier, j’ai reçu un candidat obèse. Lors de l’entretien j’étais super mal à l’aise, du coup j’ai eu du mal à trouver des arguments pour défendre sa candidature auprès des équipes. Pour dépasser mes représentations stéréotypées, j’ai travaillé sur moi-même et j’ai rencontré des salariés obèses en poste », se souvient-elle. 

Car pour cette fille et petite-fille d’une famille ouvrière communiste qui ne portait ni les patrons, ni les DRH dans son cœur, pas question de rentrer dans le moule et de reproduire les stéréotypes et les biais discriminants (parfois inconscients) des recruteurs. Au fil des années, elle tente de rester au maximum en phase avec ses valeurs personnelles. Pas toujours facile et c’est un euphémisme. Jusqu’au jour où elle se fait débarquer de son poste de DG de la Chambre de Métiers et de l'Artisanat de Région Nouvelle Aquitaine. 

Elle décide de se lancer comme indépendante dans le coaching et de recouvrer sa liberté de parole. Sur LinkedIn, elle finit par dénoncer la fameuse guerre des talents. 


Les médias relaient l'idée qu'il y a une pénurie de talents en France, mais c'est totalement faux. Les politiques nous laissent même entendre que les chômeurs sont des fainéants, et c'est tout aussi faux. Les entreprises manqueraient de candidats. C'est pour ça qu'elles n'arriveraient pas à recruter. Faux bien sûr !
Magalie Auger

Les 20 profils que les recruteurs n’embauchent pas 

Et de lister une vingtaine de profils de candidats disponibles sur le marché mais que les recruteurs ne veulent pas embaucher. Et il faut bien dire que sa liste sonne plutôt juste (source : post Linkedin de Magalie Auger ) :

  • Des jeunes diplômés bardés de diplômes, mais qui manquent d'expérience
  • Des séniors blindés d'expérience, mais qui ont été licenciés de leur précédent job
  • Des trentenaires opérationnels, mais qui veulent du télétravail ou la semaine de 4 jours
  • Des managers quadras, mais qui coûtent trop cher
  • Des chômeurs motivés, mais qui sont sans emploi depuis + de 6 mois
  • Des personnes en reconversion, mais qui doivent être tutorées
  • Des femmes pleines d'ambition, mais qui peuvent tomber enceintes
  • Des collaborateurs internes qui ont fait leur preuve, mais qui ont trop d'esprit critique
  • Des candidats motivés, mais qui ne connaissent pas le secteur d'activité ou les logiciels utilisés
  • Des parents travailleurs, mais qui veulent finir à 18h pour leurs enfants
  • Des résilients après un burn out, mais qui veulent un meilleur équilibre pro/perso
  • Des étrangers compétents, mais qui parlent mal le français
  • Des travailleurs engagés, mais qui ont un handicap
  • Des talents rares, mais qui habitent trop loin sans moyen de locomotion
  • Des candidats cochant toutes les cases, mais qui sont homos
  • Des autodidactes expérimentés, mais qui n'ont pas de diplômes
  • Des alternants audacieux, mais qui ont des frais de scolarité trop cher
  • Des personnes expérimentées mais qui sont engagées syndicalement
  • Des candidats plein de bonne volonté, mais qui n'ont pas de réseau pro
  • Des femmes dirigeantes, mais qui sont des femmes

Pour elle, se priver d’aussi bons profils est évidemment une hérésie quand on se plaint de ne pas trouver de candidats. Et d’enfoncer le clou : « bref, il y a toujours un truc qui ne va pas. »


Magalie Auger
Et si le problème du monde du travail, ce n'était pas une pénurie de talents, mais une pénurie d'empathie et d'audace ? Les entreprises cherchent toujours le mouton à cinq pattes. Mais ne serait-il pas plus pertinent de recruter un mouton à 4 pattes, et même - soyons fous ! - à trois pattes et de l'accompagner à développer celles qui manquent ?

Peu (voire pas) de réactions officielles de DRH et de recruteurs, malheureusement 

Le post de Magalie Auger a été liké par plus de 1000 personnes, republié 140 fois et a suscité plus de 200 commentaires. Essentiellement des gens qui se reconnaissent dans ces profils, des personnes en transition qui abondent dans son sens mais peu (voire pas)  de recruteurs pour faire leur mea culpa. En tout cas, pas en public sur les réseaux sociaux. 


En off, j’ai eu des DRH qui me donnent raison mais avouent de ne pas pouvoir se permettre de dénoncer ces discriminations et ne pas parvenir à faire bouger les lignes. Agités, en plein conflit éthique, ils reconnaissent être passés du compromis à la compromission. Une posture qui génère de la souffrance chez certains recruteurs aussi.

Et puis, il y a les recruteurs qui assument, qui font une gestion froide de la masse salariale et disent « c’est mon métier ». Ils sont fatalistes », regrette-t-elle. Nous aussi, on le regrette.

Sylvie Laidet-Ratier
Sylvie Laidet-Ratier

Journaliste indépendante, je réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de mes sujets de prédilection.

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