13% de cadres ont du mal à finir leurs fins de mois

Sylvie Laidet

ETUDE OPINIONWAY– Le pouvoir d’achat des cadres n’est pas épargné. Selon une étude menée par le cabinet Empreinte Humaine auprès de l'ensemble des salariés, 13% de ceux avouant des difficultés à boucler les fins de mois. sont des cadres Et tous les niveaux de salaire sont concernés. Alors, plus ou moins ponctuellement, ils recourent à des acomptes sur salaire, prennent un deuxième job, “airbnbisent” leur logement... Il n'est pas question ici de juger la réalité de leurs "difficultés" mais de rendre compte du ressenti qu'ils ont exprimé dans ce sondage. Chiffres et témoignages.
13% de cadres ont du mal à finir leurs fins de mois

Bien sûr vos commentaires sont les bienvenus dans le forum ci-dessous, en espérant que vous voudrez bien apporter votre propre témoignage ou exprimer votre avis en lien avec le sujet évoqué, dans le respect des règles de savoir-vivre. Nous avons hâte de vous lire.

NB : les chiffres de cet article ont été modifiés suite à des recalculs le 15/7/2022.

Les cadres ont aussi mal à leur pouvoir d’achat

Dans son 10e baromètre sur la santé mentale des Français, Empreinte Humaine x OpinionWay révèlent que la question du pouvoir d’achat pèse sur la santé psychologique des salariés. 6 salariés sur 10 reconnaissent avoir du mal à boucler financièrement les fins de mois "Parfois", "souvent" ou "tout le temps" et ceux-là affichent un taux de détresse psychologique de 56%.  

Nous avons demandé à OpinionWay de détailler certains résultats par niveau de salaire. Et le verdict est sans appel : les cadres aussi ne sont pas épargnés par les questions de pouvoir d’achat. Malgré un salaire median de 51 000 euros brut annuel (la moitié émarge au-dessus, l’autre moitié en-dessous), 13% des salariés éprouvant des difficultés de salaires sont des cadres émargeant à plus de 3000 euros par mois.

Difficultés à boucler les fins de mois ou difficultés à maintenir un niveau de vie qu'ils estiment décents ? Chacun se fera son propre jugement. Il s'agit d'un sondage et les cadres interrogés par OpinionWay ont exprimé leur ressenti. Que ce ressenti soit "juste" ou à côté de la plaque, encore une fois, chacun est libre de se faire son avis à la lecture de ces infos.

Des cadres s’endettent pour ne pas être dans le rouge

Selon ce baromètre, 6 salariés sur 10 ont recours au crédit parfois/souvent/tout le temps pour boucler leurs fins de mois, parmi lesquels 13% sont des cadres gagnant plus de 3000 euros par mois.

 

C'est entre autre pour cette raison qu'ont émergé des start-up proposant des applis facilitant l’obtention d’acompte sur salaire comme Rosaly ou encore Stairwage. Leurs dirigeants constatent autant de demandes pour les cadres que pour les autres salariés. Ce qui est un signe de perte de pouvoir d'achat des cadres.

Arbia Smiti

« On commence d’ailleurs à rentrer dans des entreprises d’assurance, des éditeurs de logiciels…qui emploient une majorité de cadres. Les acomptes représentent en moyenne 10 à 13% du montant du salaire. On arrive en moyenne à trois demandes par mois par utilisateur », constate Arbia Smiti, CEO et fondatrice de Rosaly. Plutôt en fin de mois ou la première semaine, quand les prélèvements (loyer, factures, crédit…) tombent.

Yann Le Floc’h
Ces opérations de “picking”, qui consiste à demander un acompte correspondant uniquement à ce dont on a besoin, est en fait une gestion fine de son salaire. Selon les cas, cela sert à booker des places de trains, à régler des arrhes pour un hébergement de vacances mais aussi à régler les pleins d’essence.
Yann Le Floc’h, CEO et co-fondateur de Stairwage.

Témoignage d'une cadre qui a un deuxième job en plus de son emploi salarié

En instance de divorce, Séverine * (38 ans) se retrouve seule avec 3 jeunes enfants à sa charge (et en école privée) et un loyer à assumer. Ses 5000 euros de revenus net en tant que médecin dans une fac francilienne ne lui suffisent plus pour tout assumer. Alors le soir, une fois ses trois enfants endormis, elle renfile sa casquette de médecin généraliste pour assurer des téléconsultations sur une plateforme dédiée. Et ce, jusqu’à 23 h, à raison de 6 ou 8 heures hebdomadaires.

« Cette double activité permet de souffler et d’arrêter de compter sans cesse. De ne pas priver les enfants de leur vie d’avant et surtout de faire face à tous les frais inhérents au divorce en cours. Je dois aussi anticiper le fait que le paiement de la pension alimentaire par mon futur ex-mari est très aléatoire », raconte-t-elle. Séverine préfère encore « se tuer » à la tâche que de taper dans son épargne. « L’épargne, je le garde pour l’achat d’un prochain appartement. Ça servira d’apport à la banque », ajoute-t-elle. De même, elle n’envisage pas de solliciter sa famille pour un petit coup de pouce financier, même ponctuel. « Je me sentirais toujours redevable », assure-t-elle. Alors, elle (re)bosse le soir

*Le prénom a été changé.

Témoignage d'un cadre qui “airbnbise” son appartement

Après prélèvement à la source, Serge* perçoit chaque mois 4000 euros nets de salaire. Mais avec 2000 euros de loyer (charges comprises), ce responsable marketing de 50 ans, a du mal à joindre les deux bouts. Pour pouvoir continuer d’habiter dans son chouette appartement parisien, où il vivait avec son ex-compagne, il le loue sur Airbnb quand sa fille est en garde alternée chez sa mère et pendant les vacances. Au total, il récupère entre 800 et 1000 euros de revenus locatifs par mois. « De quoi compenser la part du loyer auparavant réglée par mon ex », précise-t-il. Quand il “airbnbise” son appart’, il retourne vivre chez ses parents. « Ce n’est pas toujours évident mais ils sont âgés et pas très bonne forme. C’est donc du temps en plus que je passe avec eux. Des moments privilégiés », résume-t-elle. Et à ceux qui voudraient l’inciter à quitter son cocon parisien pour un autre plus éloigné de la capitale et donc moins cher, il répond : « je suis bien dans ce logement, j’ai plein d’amis dans le quartier, c’est primordial pour moi. Au nom de quoi, exigerait-on que je parte ? Je ne gagne pas assez d’argent ? So what ? Si je trouve un moyen de gagner plus, il n’y a plus de problème ». Et c’est ainsi que depuis 10 mois, Serge se débrouille pour générer un revenu supplémentaire.

* Le prénom a été modifié afin de préserver son anonymat.

Une petite minorité de cadres craint de tomber dans la pauvreté

On ne s'attend pas à de telles déclarations de la part des cadres compte tenu des niveaux de salaire dans cette catégorie de salariés. Pourtant la vague T10 du baromètre Empreinte humaine révèle qu'une petite part des salariés atteints par l'angoisse du déclassement sont des cadres (11%). Sans surprise, ils ne sont que 2% à craindre la pauvreté lorsqu'ils gagnent plus de 5000 euros par mois.

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Journaliste indépendante, je réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de mes sujets de prédilection.

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