Applis d’acompte sur salaire : que faut-il en penser ?

Sylvie Laidet

Alors que la prise en charge du chômage partiel par l’État sera moins importante à partir du 1er février 2021, 3 start-up lancent des applis automatisant le versement d’acompte sur salaire. Comment ça marche ? Pourquoi passer par une appli comme Salto, Stairwage ou Rosaly pour demander un acompte ? Est-ce une alternative au découvert bancaire ? Quels secteurs les utilisent déjà ? Les cadres sont-ils concernés ? Ce phénomène anglo-saxon prendra-t-il en France ? Explications des fondateurs de ces appli et témoignage d’un expert de Deloitte pour vous faire votre propre avis.
Applis d’acompte sur salaire : que faut-il en penser ?

Ils témoignent

 

  • Arbia Smiti, CEO et fondatrice de Rosaly
  • Yann Le Floc’h, CEO et co-fondateur de Stairwage
  • Kevin Ansiau, co-fondateur de Salto
  • Julien Maldonato, associe industrie financière chez Deloitte

L’acompte sur salaire, c’est quoi ?

L’acompte (à ne pas confondre avec l’avance) correspondant à votre salaire déjà acquis et que vous pouvez demander à votre employeur avant la fin du mois. Cette requête ne peut pas vous être refusée mais dans les faits, les démarches (demande à son N+1, formalisation par écrit, honte de demander de l’argent…) freinent parfois le recours à ce dispositif légal.

Comment marche une application d’acompte sur salaire ?

Pour « démocratiser » et automatiser ces demandes d’acompte sur salaire, 3 start-up – Salto, Stairwage et Rosaly – ont développé (et testent) des applis, permettant, en quelques clics de recevoir une partie de son salaire sur son compte en banque.

 

Il faut d’abord que votre employeur adhère à l'une des plateformes d'acompte sur salaire.

Ensuite, depuis une appli mobile, à vous de « jouer » une ou plusieurs fois par mois en fonction de vos besoins.

Leur différence ? Si Stairwage et Rosaly avancent les fonds pour votre employeur, Salto laisse l’entreprise financer cet acompte.

Dans tous les cas, c’est votre entreprise qui décide du plafond d’argent disponible (pourcentage du salaire), du nombre de retraits autorisés par mois, etc.

Quel intérêt de l’appli sur salaire pour les salariés

Avec ces applis, plus besoin de formuler votre demande d’acompte à votre manager et/ou aux RH, tout se passe via l’appli. Donc moins de honte et de gêne à demander cet argent qui, rappelons-le, vous est dû. Votre boss ne vous fait pas une fleur, un acompte c’est un droit pour tous.

Les secteurs qui utilisent les appli d’acompte sur salaire

Les 3 acteurs positionnés sur cette niche visent des entreprises du retail, de la santé, du BTP, de la grande distribution et de l’industrie.

L’acompte sur salaire concerne aussi les cadres

Grâce aux pilotes dans quelques entreprises, Arbia Smiti, CEO et fondatrice de Rosaly, est surprise de constater que les utilisateurs cadres sont aussi nombreux que les non-cadres. « Depuis le début de la crise sanitaire, on a même des cabinets de consulting, donc avec une forte proportion de cadres, qui nous ont contacté », renchérit Yann Le Floc’h, CEO et co-fondateur de Stairwage. On imagine aisément de jeunes consultants franciliens en chômage partiel avec des charges locatives importantes assorties par exemple de frais de garde (crèche ou autre). « Les cadres peuvent être intéressés de toucher leur salaire plus tôt afin de faire travailler leur argent sur leur compte », argumente de son côté Kevin Ansiau, co-fondateur de Salto.

En moyenne, nos utilisateurs demandent 150 euros d’acompte par mois.
Arbia Smiti, CEO et fondatrice de Rosaly

L’acompte sur salaire pour éviter les frais bancaires

Quand on interroge les dirigeants de ces start up, tous sont unanimes pour dire que leur système va permettre à des milliers de salariés d’éviter de payer des agios et des frais bancaires pour cause de découvert. Voire leur éviter de contracter un crédit à la consommation pour faire face à des dépenses imprévues. « En moyenne, nos utilisateurs demandent 150 euros d’acompte par mois », illustre la dirigeante de Rosaly. Chez Salto, on constate 2 à 3 demandes d’acompte par mois par salarié pour des montants compris entre 50 et 80 euros. Quand on leur fait remarquer que ces prises d’acompte risquent tout de même de grever le budget de fin de mois,  tous nous répondent « éducation financière ». Dans leur « pipe », des conseils, des tutos… pour apprendre à gérer son budget. « On veut apprendre aux usagers à rester à zéro ou au-dessus de zéro en fin de mois grâce à des conseils mais aussi des informations sur les aides disponibles dans leur entreprise et auprès d’autres organismes », précise Yann Le Floc’h chez Stairwage. Salto envisage d’aller plus loin en proposant des solutions d’épargne automatisée sur son appli. « Par exemple mettre un euro de côté en semaine 1, deux euros en semaine 2 et ainsi de suite », illustre Kevin Ansiau.

Prêt à payer pour obtenir un acompte sur salaire ?

Avec des business model basés sur un système d’abonnement mensuel global ou facturé par salarié, plus des frais facturés à chaque demande d’acompte (à la charge de l’entreprise et/ou du salarié selon l’option retenue), Salto et consorts vont à la fois devoir convaincre les entreprises et les clients finaux (donc les collaborateurs) de mettre la main au porte-monnaie. « Ces start up ont plein de bons arguments, notamment celui de répondre immédiatement aux besoins des salariés paupérisés qui voudraient pouvoir couper leur salaire en 2 ou 3. Ou encore l’avance de trésorerie pour les entreprises. Donc oui, il y a bien un besoin d’usage. Mais est-ce monétisable ?  Les salariés risquent de se dire « c’est mon argent, pourquoi devrais-je payer pour le récupérer ? », s’interroge Julien Maldonato, associe industrie financière chez Deloitte.

A noter : le business de l’acompte sur salaire recrute

Grâce aux levées de fond en cours ou tout juste réalisées, ces start up spécialisées dans l’acompte sur salaire, recrute. Pour se développer,

  • Salto va créer 3 à 5 postes en marketing, commercial et relation clients.
  • Sur les mêmes fonctions, Stairwage devrait embaucher 10 nouveaux collaborateurs.
  • Rosaly, le plus avancé des trois acteurs dans le déploiement de son offre, table sur une vingtaine de recrutements cette année (commerciaux et développeurs).
Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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