Et si vous aidiez des jeunes à se faire un début de réseau ?

Sylvie Laidet

BENEVOLAT - Tendre la main à des jeunes sans réseau via une plateforme solidaire ! Voilà l’idée de l’association Un début de réseau. Qui sont les cadres qui donnent de leur temps pour ces jeunes en mal de projet pro ? Pourquoi le font-ils ? Témoignages et éclairages.
Et si vous aidiez des jeunes à se faire un début de réseau ?

Ils témoignent

  • Arnaud Fimat, président fondateur bénévole d’Un Début de Réseau
  • Aurélie Renard, bénévole      
  • Rebecca Shankland, professeure des universités en psychologie du développement
  • Ilios Kotsou, docteur en psychologie et membre du Mind & Life Europe
  • Jessica Morton, chercheuse en psychologie de la santé à l’UC Louvain.

Une plateforme solidaire

La plateforme associative Un Début de Réseau réunit des jeunes en insertion et des professionnels actifs ou retraités. L’objectif ? Faire matcher leur profil sur ce réseau digital et faire en sorte que les jeunes âges de 18 à 26 ans, sans qualification, exclus de l’emploi mais activement engagés dans une démarche d’insertion, échangent avec des salariés bien insérés pour leur donner un coup de pouce.

Ce booster peut être un échange téléphonique sur un secteur visé, un métier, une technique de recherche d’emploi, des contacts, de la réassurance… tout est possible.

Provoquer des relations de qualité

Lancé en février 2022, Un Début de Réseau, une initiative entièrement gratuite, compte à ce jour 80 structures partenaires (Epide, école de la 2e chance et Missions locales) qui regroupent environ 600 jeunes et plus de 2000 bénévoles.

350 messages s’échangent en moyenne chaque jour sur la plateforme et fin juin, on enregistrait déjà 10 CDI signés. Pour la plupart dans les entreprises des adultes bénévoles.
Arnaud Fimat, président fondateur bénévole d’Un Début de Réseau.

« Notre but n’est pas de chercher à avoir 3 millions de personnes sur la plateforme mais de faire du qualitatif. On va sans doute toucher un peu moins de 30% des jeunes en insertion mais c’est déjà ça. On les aura au moins familiarisés avec l’outil digital. Car même s’ils passent beaucoup de temps sur leur téléphone, on s’est rendu compte que 8 jeunes sur 10 ne possédaient pas d’adresse mail », conclut-il avec humilité.

Témoignage : Aurélie Renard, bénévole pour Un Début de Réseau

Aurélie Renard a l’engagement associatif chevillé au coprs. Sensible au sujet de l’égalité des chances et à la dimension primordiale d’un réseau pour démarrer sa vie professionnelle, elle a tout naturellement rejoint Un Début de Réseau dès février 2022.

Pour commencer ma carrière, j’ai eu la chance de bénéficier d’un réseau grâce à mon entourage familial et je sais combien ça fait la différence. A mon tour d’aider ces jeunes en leur donnant quelques codes.
Aurélie Renard, consultante en communication et coach.

Pour être vraiment utile et ne pas se disperser, Aurélie Renard a choisi d’accompagner un jeune à la fois. « Après des échanges téléphoniques pour cerner son besoin et ne pas l’embarquer dans mes propres idées, j’ai décidé d’aider Hanour, une jeune femme arrivée en France il y a deux ans, qui souhaite devenir éducatrice spécialisée. Elle souhaitait se repérer dans les formations en alternance menant à ce métier et préparer les entretiens. Je l’ai mise en contact avec la fille d’une amie faisant le même parcours », raconte-t-elle volontiers. Hanour est finalement admise en formation. Aurélie l’aide désormais à trouver une entreprise d’accueil, en activant son propre réseau. « Elle me contacte quand elle a besoin. On échange une à deux heures par mois. Il faut toujours être capable de mesurer le temps que l’on donne aux gens afin qu’ils ne soient pas déçus. Cette technique des petits pas et également très satisfaisante pour moi car mon engagement porte rapidement et concrètement ses fruits. Je me sens utile », estime-t-elle.

 

Eclairage de psy : un engagement bénévole, payant pour les managers

Le bénévolat peut aussi avoir un impact positif sur votre vie pro. « La solidarité implique plusieurs dimensions. D’abord une capacité d’empathie qui nous permet de cerner les besoins de l’autre », souligne Rebecca Shankland, professeure des universités en psychologie du développement, auteure de Ces liens qui nous font vivre (Odile Jacob) dans Grand Bien vous Fasse sur France Inter.

Dans la même émission, Ilios Kotsou, docteur en psychologie et membre du Mind & Life Europe, précise que la solidarité est « une attention bienveillante à autrui et une forme d’attention inconditionnelle. On vient en aide à autrui sans qu’il ne l’ait demandé, sans qu’il le mérite ou pas et sans savoir qui il est ».  En étant altruiste, on est décentré de soi. Idéal pour un manager qui doit s’éloigner de son seul point de vue pour intégrer et composer avec ceux de son équipe. « En étant confronté à d’autres réalités, à celles des gens qu’il accompagne, un manager doit réfléchir à comment fournir un message audible à l’autre. Définir, sélectionner, ordonner et diffuser ces informations… autant d’actions pour peaufiner sa communication qui lui permettent de réfléchir à sa façon de travailler au quotidien. Au final, cela augmente son panel de solution de manager», soutient Jessica Morton, chercheuse en psychologie de la santé à l’UC Louvain. Ce type d’engagement désintéressé créé un entrainement positif. Ce qu’Ilios Kotsou appelle « le cercle vertueux de l’altruisme. Les gens plus généreux sont plus heureux. Et les gens plus heureux, plus généreux ». Toujours inspirant pour impulser un management plus bienveillant.

 

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Journaliste indépendante, je réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de mes sujets de prédilection.

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