Benjamin Lang, 35 ans : « La reconversion d’un sportif de haut niveau est une épreuve physique et mentale »

Michel Holtz

SERIE « FRANCHEMENT » épisode 18 – Vice-champion du monde d’aviron et sélectionné aux JO 2016, il a désormais raccroché les rames avant de quitter l’Hexagone. C’est aux Pays-Bas qu’il s’est établi pour travailler dans une licorne qui se déploie dans toute l’Europe. Il y est chargé de développer l’antenne française et partage aujourd’hui sa vie entre Amsterdam et Paris. Il s’avoue chanceux dans un monde où les anciens athlètes de haut niveau n’ont pas tous pu saisir les opportunités dont il a profité. Retrouvez, en fin d’article, d’autres témoignages de cadres qui font bouger leur vie.

Episode 18 de la série "Franchement" : des JO à l'entreprise, l'épreuve physique et mentale d'un ancien sportif de haut niveau en aviron.

Benjamin Lang, 35 ans : « La reconversion d’un sportif de haut niveau est une épreuve physique et mentale »
Episode 18 de la série "Franchement" : des JO à l'entreprise, l'épreuve physique et mentale d'un ancien sportif de haut niveau en aviron.

Ils ont tout pour plaire : un mental d’acier, un gros pouvoir de résilience face à l’échec et une capacité hors norme à se fixer des objectifs. A priori, les sportifs de haut niveau ont tout ce qu’il faut pour réussir en entreprise et intéresser ces dernières au moment de mettre fin à leur carrière sportive. « Mais ce n’est pas si simple. Pas en France en tous cas », se souvient Benjamin Lang.

L’ancien vice-champion du monde en aviron et sélectionné dans l'équipe de France aux JO de Rio est aujourd’hui, à 35 ans, country manager pour la France de la licorne néerlandaise Mollie, qui fournit des solutions de paiement pour l’e-commerce.

Benjamin Lang aux JO de Rio 2016

Un master en école de commerce et un job à mi-temps pour préparer sa reconversion

 

Le rameur est-il une exception parmi ses ex-confrères ? Toujours est-il qu’il a parfaitement planifié sa reconversion, en cumulant carrière sportive et formation en école de commerce alors qu’il était au sommet. « Le temps de passer mon master à l’ESC Montpellier ». Et même durant ses années de compétition, il a travaillé à mi-temps chez Bouygues Télécom, pour gagner sa vie évidemment.

Il ne faut pas oublier que la plupart des sports olympiques sont amateurs. A Rio, la moitié de la délégation française vivait sous le seuil de pauvreté.

Mais cet emploi partiel lui a également permis d’être en contact avec le monde de l’entreprise.

 

L’arrêt du sport de haut niveau : une épreuve physique et mentale

 

Après Rio, Benjamin Lang décide de raccrocher les rames. « C’est toujours une période compliquée. On passe de 30h de sport hebdo, à 0 ou très peu. Le corps souffre et change, la tête aussi ». Et puis, il faut se mettre en quête d’un emploi. Pas simple, malgré son expérience professionnelle.

En France, un sportif de haut niveau qui occupe un emploi, on pense qu’il ne travaille pas et consacre tout son temps au sport. Or, chez Bouygues, je manageais des équipes.

Une start-up hollandaise lui propose un challenge et une autonomie totale

Benjamin Lang, country manager chez Mollie en 2022

Le hasard, et un poste décroché par sa compagne aux Pays-Bas, l’amènent à Amsterdam où il va, durant un an, vendre de l’espace publicitaire en ligne, jusqu’à ce qu’une start-up le contacte.

En Hollande, les entreprises sont très attirées par les athlètes de haut niveau en reconversion. Bien formés, avec un mental forgé au cours de leur carrière, ils savent que ce sont des machines de guerre.

La petite entreprise de 60 salariés se lance dans les solutions monétiques pour l’e-commerce et cherche à se développer à l’international. « Ils m’ont proposé un challenge et ça m’a parlé, immédiatement ». Le challenge en question est aussi simple que complexe : il s’agit pour lui de développer le marché français avec une carte blanche totale. « Si je voulais recruter 40 personnes à Paris, ils étaient partants. »

 

Travailler en mode projet avec la même échéance que les JO : quatre ans

 

Trois ans et demi plus tard, la start-up est devenue une licorne qui emploie 800 personnes « et va encore en recruter 300 cette année ». De son côté, Benjamin Lang fait la navette entre Paris et Amsterdam. Le Thalys est sa deuxième maison et le bureau parisien qu’il a ouvert emploie aujourd’hui 20 personnes – avis aux candidats, il compte bien en embaucher encore autant cette année.

Près de 10 000 entreprises utilisent aujourd’hui les services de Mollie dans l’Hexagone et l’ancien rameur ne compte pas s’arrêter là, même si son premier projet (implantation du bureau français) doit aboutir dans six mois, au bout de quatre ans de travail. Quatre ans, comme les préparatifs d’une olympiade.

C’est vrai, j’ai gardé les mêmes réflexes pour mes échéances professionnelles que pour mes précédentes échéances sportives.

Ses futurs JO pros, Benjamin compte bien les préparer chez Mollie où tout reste à faire à l’international, puisque l’entreprise vient de lever 825 millions d’euros en étant présent dans 5 pays d’Europe.

Avez-vous une histoire de reconversion à partager ?

Si, vous avez eu un déclic qui vous a incité à bouger, à changer de secteur, de métier, de façon de travailler, tout en restant salarié, et surtout si vous pensez que votre histoire peut inspirer d'autres cadres, laissez-nous un message àinfo@cadremploi.fr en expliquant en quelques mots votre histoire. Précisez en objet "#Franchement". Un journaliste vous contactera. Si vous le préférez, votre anonymat sera respecté. Merci à vous.

Michel Holtz
Michel Holtz

Journaliste économique et social, Michel Holtz scrute les tendances de l’emploi, du management et de la vie professionnelle des cadres, toujours à l’affût des nouveaux outils et des dernières transformations de la vie au travail.

Vous aimerez aussi :