Cadres chômeurs, les grands perdants du plan de relance ?

Sylvie Laidet

ANALYSE – Si l’on écoute les recruteurs, la guerre des talents sévit comme jamais. Sur le marché des cadres, il n’y aurait pas assez de candidats prêts à prendre les postes à pourvoir. Peut-être et tant mieux. Mais quid des cadres au chômage ou qui vont l’être suite aux réorganisations des entreprises ? Retrouvent-ils plus facilement un poste ? Le nouveau « Plan de réduction des tensions de recrutement », présenté le 27 septembre par Jean Castex, ainsi que les réformes annoncées par son gouvernement sont-elles de nature à débloquer leur situation de chômage ? Revue de détails.

Jean Castex a annoncé un plan de 1,4 milliard d’euros visant à réduire les tensions de recrutement. Quid des mesures visant les cadres chômeurs en particulier ?

Cadres chômeurs, les grands perdants du plan de relance ?
Jean Castex a annoncé un plan de 1,4 milliard d’euros visant à réduire les tensions de recrutement. Quid des mesures visant les cadres chômeurs en particulier ?

Un suivi des cadres demandeurs d’emploi de longue durée au compte-goutte

Dans le « Plan de réduction des tensions de recrutement » présenté le 27 septembre dernier, le Premier ministre annonce vouloir doubler les sessions « Nouveaux horizons » menées par l’Apec pour les cadres demandeurs d’emploi de longue durée. Si cet objectif est atteint, seuls 6000 cadres concernés pourraient suivre ce programme d’accompagnement (suivi personnalisé, ateliers collectifs, construction d’un projet professionnel….) qui dure environ 7 mois.

Une réforme de l’assurance chômage qui lèse les cadres

  • Mode de calcul du salaire journalier de référence moins avantageux = moins d’allocations chômage

A partir du 1er octobre, le salaire journalier de référence (SJR) servant de base de calcul pour les allocations chômage, est revu et corrigé. Désormais, il est calculé sur le total des salaires divisés par l’ensemble des jours travaillés ou pas sur les 24 derniers mois. Soit une baisse mécanique du montant des allocations chômage.

 

  • Dégressivité des allocations chômage au bout de 7 mois = moins d’allocations chômage

A compter du 1er décembre prochain, les salariés de moins de 57 ans percevant un salaire supérieur à 4500 euros bruts par mois, donc les cadres, verront leur allocation chômage chuter de 30% durant leur période d’indemnisation par Pôle emploi. Et ce, dès le 7e mois d’indemnisation

 

  • Augmentation de la durée d’affiliation de 4 à 6 mois pour ouvrir des droits au chômage
    Au 1er décembre prochain, si la situation économique s’améliore (en tenant compte de la clause de « retour à meilleure fortune »), il faudra afficher 6 mois de boulot au cours des 24 derniers mois (36 mois pour les plus de 53 ans) pour ouvrir des droits à l’assurance chômage. Donc, des conditions plus strictes, y compris pour les cadres.

Zéro mesure en faveur de l’emploi des seniors 

Dans le « Plan de réduction des tensions de recrutement » présenté le 27 septembre dernier, rien ne vise particulièrement les seniors, catégorie chez les cadres pourtant largement touchés par le chômage, notamment de longue durée. A part peut-être, l’aide à l’embauche pour des contrats de professionnalisation (8000 euros) qui devrait être étendue aux chômeurs de longue durée (un an sans activité) de plus de 30 ans jusqu’à fin 2022.

Et pourtant la mission d’information relative à l’emploi des seniors, présidée par Valérie Six (UDI et Indépendants) et co-rapportée par Didier Martin (LREM) et Stéphane Viry (LR), a présenté des préconisations pour changer les représentations et les stéréotypes associés aux « travailleurs expérimentés ». Terme qu’ils voudraient d’ailleurs voir remplacer le mot « senior ».

 

Parmi les mesures préconisées par les auteurs, on retiendra notamment :

  • Le renforcement de la formation professionnelle. En soutenant notamment les dispositifs de reconversion, mais aussi l’entreprenariat des seniors en recherche d’emploi.
  • Le recours à l’intérim comme tremplin pour revenir à l’emploi.
  • La réinvention du "contrat de génération", dispositif introduit en 2013 sous la présidence de François Hollande, supprimé en 2017, et qui consistait en une aide financière de l’État à hauteur de 4 000 euros annuels pendant trois ans, si une boîte embauchait en CDI un salarié de moins de 26 ans, tout en conservant un salarié de 57 ans ou plus. Cette aide pouvait être portée à 8000 euros en cas de nouvelle embauche d’un senior.
  • Activer des dispositifs incitatifs, à la fois pour le travailleur senior susceptible d’accepter un emploi moins rémunéré à quelques années de la retraite, mais aussi pour l’employeur qui le recruterait.
  • Création d’un "index sénior", afin de valoriser les entreprises vertueuses en la matière.

Finalement, rien de bien innovant mais quelques mesures qui pourraient doper l’emploi des seniors. En attendant le bonus/malus spécial sénior ou les quotas ?

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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