Les cadres déclarent moins leur handicap que les autres salariés

Publié le 16 novembre 2020 Sylvie Laidet

Coup d’envoi de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées (SEEPH) ce lundi 16 novembre. Bonne nouvelle, le gouvernement vient d’annoncer la prolongation jusqu’au 30 juin 2021 de l’aide au recrutement de 4000 euros pour l’embauche d’un travailleur handicapé. L’occasion pour Cadremploi de faire le point sur l’emploi des cadres en situation de handicap dans les entreprises. D’abord avec les résultats de l’étude « Handicap et emploi » réalisée par Michael Page et l’Agefiph. Mais également avec Anne Baltazar, conseillère confédérale FO en charge du handicap, pour comprendre la réalité du terrain.
Les cadres déclarent moins leur handicap que les autres salariés

Des cadres handicapés mieux intégrés que les autres travailleurs handicapés


Selon l’étude Michael Page et Agefiph publiée à l’occasion de la SEEPH, 90 % des cadres handicapés se considèrent bien intégrés aux équipes de leur entreprise (79 % pour les non-cadres handicapés interrogés). Mieux 72 % des cadres en situation de handicap sont satisfaits de leur poste (notamment les cadres avec management – 80 %) contre 58 % pour les non-cadres.

Pour bosser heureux, vivons caché ?

Des cadres qui ne souhaitent pas nécessairement révéler leur handicap

L’étude souligne également que 20 % des cadres n’ont pas de reconnaissance administrative de leur handicap (RQTH). Contre 13 % pour les non-cadres. Donc les cadres handicapés, plus que les autres, n’identifient pas nécessairement les avantages à se déclarer travailleurs handicapées, craignent un changement de comportement de leur hiérarchie et/ou trouvent la procédure administrative trop lourde. Et si taire officiellement leur handicap était un moyen détourné pour eux de se sentir bien dans leur job et ne pas subir de discrimination ?

Le handicap est un obstacle pour accéder au statut cadre

76 % des salariés interrogés dans le cadre de l’étude Michael Page - Agefiph déclarent qu’il est difficile d’accéder à un poste de cadre pour une personne en situation de handicap. Autrement dit que le handicap serait un obstacle aux promotions. « Nous sommes convaincus que tous les talents, quels que soient leur profil, méritent d'avoir la possibilité de démontrer leur aptitude à occuper un poste, insiste Steve Ingham, CEO de PageGroup. Nous conseillons donc activement nos clients sur leurs stratégies de diversité et d’inclusion et nous soutenons toutes les initiatives d'entreprises qui contribuent à simplifier les processus de recrutement et qui bénéficient également aux personnes en situation de handicap ».

3 questions à Anne Baltazar, conseillère confédérale FO en charge du handicap

Pourquoi, selon vous, les cadres déclarent-ils moins leur handicap au travail que les autres salariés ?

Anne Baltazar : leur silence relève de la peur d’être stigmatisé et mis au placard par leur entreprise. Ils craignent qu’en face, leur employeur pense qu’ils seront davantage malades et absents et que les moyens à mettre en œuvre pour compenser leur handicap coûtent cher. Du coup, ils préfèrent ne pas évoquer, voire ne pas déclarer, leur handicap.

Quelles sont les conséquences économiques possibles de ce silence autour de leur handicap ?

A.B. : quand les partenaires sociaux négocient par exemple des plans de ruptures conventionnelles collectives ou des PSE, ils listent des critères de départ, notamment pour les personnes handicapées. Par exemple, des aides de compensation spécifiques. Or, si les collaborateurs n’ont pas déclaré leur handicap, ils n’y sont pas éligibles. Ils risquent donc le licenciement pour inaptitude. Or derrière, le risque c’est le chômage de longue durée.

Justement, dans quelle mesure, les personnes handicapées sont-elles impactées par cette crise ?

A.B. : si nous n’avons pas constaté d’effet négatif sur la demande d’emploi des personnes handicapées au 1er semestre 2020, les indicateurs sont désormais orange sur le sujet. De plus, les personnes handicapées en télétravail risquent d’être encore davantage isolées que les autres. Peut-être même moins stimulées. Pour elles, le retour dans le collectif pourrait être compliqué. C’est donc en sortie de crise qu’il y aura encore des dégâts.

Une aide rallongée mais pas mobilisable avant début janvier 2021 pour l’embauche des travailleurs handicapés

Le gouvernement vient d’annoncer le prolongement au 30 juin 2021 (et plus au 28 février 2021) de l’aide au recrutement de 4000 euros pour l’embauche d’un travailleur handicapé. Une excellente nouvelle malheureusement tempérée par des blocages administratifs. Les employeurs devront en effet attendre janvier 2021 pour déposer leur demande sur le site de l’ASP, ce qui pour certains peut être dissuasif compte tenu des faibles niveaux actuels de trésorerie. « Les entreprises peuvent embaucher des personnes handicapées. Certes, elles ne peuvent pas déposer le dossier de demande mais l’aide est juridiquement acquise », insiste-t-on quand même au Secrétariat d’État chargé des personnes handicapées. 

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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