Crise climatique : pourquoi les femmes risquent d’être écartées des millions d’emplois “verts” ?

Sylvie Laidet

ETUDE BCG - Le Gender Day* de ce 9 novembre est l’occasion de reparler parité ou plus exactement d’inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes. Une récente étude du BCG sonne l’alerte sur une conséquence inattendue du dérèglement climatique : les femmes risquent d’être exclues des millions d’emplois à venir dans l’économie “verte“. Comment le climat peut-il impacter les trajectoires professionnelles des femmes ? Explications.

Selon une étude du BCG, les femmes occuperont à peine 25% des emplois "verts"

Crise climatique : pourquoi les femmes risquent d’être écartées des millions d’emplois “verts” ?
Selon une étude du BCG, les femmes occuperont à peine 25% des emplois "verts"

Le changement climatique aggrave les inégalités professionnelles

De nombreuses études ont démontré que le changement climatique impacterait plus fortement les femmes, en particulier dans les pays émergents, du fait des conséquences sur les ressources en eau, la sécurité alimentaire, l’habitat ou la santé.

Mais ce que l’on a moins vu venir, c’est que l’impact des plans d’action mis en œuvre en faveur du climat pourraient aussi aggraver les inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes. C’est ce que détaille l’étude Why Climate Action Needs a Gender Focus publiée le 29 octobre dernier par le Boston Consulting Group (BCG).

Pourquoi les femmes pourraient être écartées des «emplois « verts » ?

En effet, les femmes risquent d’être sous-représentées dans l’économie « verte » pour au moins 3 raisons :

1.      De nouveaux emplois “verts”  fléchés pour les hommes
D’ici 2030, “l’économie verte” devrait générer 67 millions de nouveaux emplois. Et selon, le BCG, les femmes occuperont à peine 25% de ces jobs.

Zineb Sqalli

« Ces nouveaux emplois se trouvent dans des disciplines où les femmes sont déjà sous-représentées. Notamment tous les secteurs faisant appel à des compétences STEM (Sciences technologie, Ingénierie, mathématiques). Seulement 36% des étudiants STEM sont des femmes. En France, ce taux est même à 32% », souligne Zineb Sqalli, partner du BCG. 

2.      Des reconversions à venir encore très genrées
D’après l’Organisation internationale du travail, pour réussir à occuper les nouveaux emplois générés par l’économie verte, 20 millions de salariés vont devoir adapter leurs compétences en se formant (on parle de “reskilling”) : « Or, cela concerne des secteurs où l’on ne décompte que 20 à 30% de femmes. Donc même en permettant à toutes ces femmes de se former, on reproduirait encore des inégalités », insiste Zineb Sqalli. Le problème risque de se poser dans les métiers de l'énergie où les femmes ne représentent que 23 % de la main-d'œuvre, le bâtiment et les matériaux (31 %), les biens industriels (21 %) ou l’ingénierie (25 %)

 

3.      Des investisseurs moins attirés par les start-up “vertes” pilotées par des femmes
Encore plus innovantes que les autres, les start-up vertes nécessitent encore plus de capitaux pour se développer. « Les entrepreneures de start up green sont davantage pénalisées que celles de start up non-green : elles attirent à peine 15% des investissements des fonds contre 20% pour les start up non-green dirigées par des femmes », constate-t-elle.

Que faire pour embarquer davantage de femmes dans l’économie “verte” ?

Pour éviter de reproduire un schéma à l’ancienne, la première étape est déjà de prendre conscience de cette potentielle reproduction des inégalités. Mais évidemment que cela ne suffira pas.

  • Formation ✅ Les cursus de formation initiale en STEM mais aussi les formations au développement durable doivent impérativement attirer davantage de femmes. Plus nombreuses dans les formations, elles le seront ensuite dans les entreprises. Et il faut mesurer les progrès, prône le BCG.
  • Reskilling ✅ « De même, il faut s’assurer que le reskilling indispensable aux nouveaux emplois verts ne soit pas uniquement réservés aux hommes », insiste Zineb Sqalli.  Là encore, pourquoi ne pas mettre en place des indicateurs permettant de jauger la part de femmes formées par leurs entreprises. Après tout, on a déjà des quotas pour les femmes administratrices, bientôt des quotas pour les femmes dans les instances dirigeantes (comex & co), pourquoi pas un critère formation femmes-hommes, intégré au calcul de l’index égalité ?

 

Tags : Parité
Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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