Que faire après le décès d'un collègue ?

Sylvie Laidet

CONSEILS AUX MANAGERS – La question de la gestion du deuil en entreprise n’est pas nouvelle mais avec les décès liés au covid, elle est tristement d’actualité. Selon une récente étude, 24% des salariés ont déjà été touchés par le décès d’un collègue direct et 15% pour la mort d’un autre collègue ou d’un collaborateur. Une situation douloureuse à laquelle on est rarement préparé. Comment informer l’équipe ? L’externe ? Comment gérer les émotions qui s’expriment, les remarques parfois déplacées aussi… ? Quelles attentions mettre en place pour la famille ? Et, questions ô combien sensibles, que faire des effets personnels du défunt et de son poste de travail ? Nous avons demandé à des expertes leurs conseils sur les délicates questions qui se posent dans ce type de situation. En espérant que vous n'aurez jamais à les suivre.
Que faire après le décès d'un collègue ?

Elles témoignent

  • Bérangère Hittinger, directrice des opérations du cabinet Présence conseil
  • Sophie Cot-Rascol, psychologue conseil en santé au travail du cabinet Empreinte Humaine
  • Nadia Butakova, psychologue clinicienne et du travail au sein du cabinet Empreinte Humaine.
  • Sarah Dumont, fondatrice de Happy End et rédactrice en chef de la revue Mortem

Décès d’un collaborateur : quelle est la première chose à faire ?

La première chose à faire est de se faire confirmer l’information du décès. Si vous avez été contacté par la famille, pas de doute possible. Si en revanche, il s’agit d’un propos rapporté, vous devez le vérifier. Comment ? A moins d’avoir des liens privilégiés avec l’entourage du défunt, en tant que manager, vous n’êtes pas le mieux placé pour cela. Cette démarche relève davantage des ressources humaines qui adressera, au nom de l’entreprise, ses sincères condoléances.

24% des salariés ont déjà été touchés par le décès d’un collègue direct et 15% pour la mort d’un autre collègue ou d’un collaborateur.
Etude « Les Français face au deuil 2021 » réalisée par Empreintes/ CSNAF / Credoc*

 

Comment annoncer le décès d’un collaborateur ?

Le pire serait de ne rien dire. Et de laisser s’installer le silence. Face à ce type de situation, il faut communiquer.

> Faire part du décès d'un collaborateur en interne

« Le message passé à l’équipe doit être factuel et bienveillant, sans laisser planer le moindre doute. Oui la personne est effectivement décédée », conseille Bérangère Hittinger, directrice des opérations du cabinet Présence Conseil. « En fonction des souhaits de la famille, les motifs du décès pourront être précisés. Si cela fait suite à une longue maladie ou un suicide, la discrétion ne sera évidemment pas identique », insiste Sophie Cot-Rascol, psychologue conseil en santé au travail du cabinet Empreinte Humaine. Le message écrit est en général co-construit par la famille, les RH, la direction générale et le manager concerné. « La temporalité des messages est en fait plus importante encore que les canaux utilisés. Pour éviter les fuites et les réactions disproportionnées, informez en même temps les salariés présents au bureau et ceux en télétravail », recommande Bérangère Hittinger. A oral pour ceux en présentiel, à l’écrit pour les autres.

 

> Faire part du décès d'un collaborateur en externe

Si le collaborateur décédé travaillait au quotidien avec des clients, des prestataires ou des fournisseurs externes, ceux-là doivent être informés en même temps que l’équipe interne. Si les interactions étaient peu récurrentes, un mail actant le décès peut suffire pour les prévenir.

Exemple de faire-part de décès

La direction des ressources humaines, <nommer les autres directions directement concernées> de < Nom de l’entreprise> ont la grande tristesse de vous faire part du décès de <prénom, nom >, survenu le <date>.

<Rappeler ses dernières fonctions>, il n’a eu de cesse d’œuvrer pour <rappeler ses combats, ses résultats, sa quête de sens>.
Nos pensées très attristées vont à <conjoint.e, compagne.on, mari, époux.se) et à sa famille.

 

Comment gérer les émotions de l’équipe qui a perdu un collègue ?

Passée l’annonce du décès, le manager du défunt collaborateur peut regrouper son équipe proche et instaurer un espace de dialogue où chacun pourra s’exprimer. « Il faut reconnaitre la gravité du décès sans la banaliser, ni l’exagérer », insiste Sophie Cot-Rascol. « On ne connaît jamais tous les liens entre les gens. Peut-être y avait-il des conflits, une forte amitié, une relation amoureuse… chacun va donc réagir différemment. Les RH, la direction, la médecine du travail, voire des cellules d’écoute extérieures peut être engagées dans ce processus d’écoute et de début du processus de deuil », explique Sarah Dumont, fondatrice de Happy end. En tant que manager, vous n’êtes pas nécessairement armé pour gérer cette charge émotionnelle énorme. « Le manager ne doit pas hésiter à passer la main s’il ne se sent pas d’accompagner son équipe dans ce processus de deuil. Ce n’est pas grave. Ce n’est pas son métier et ce n’est pas ce que l’on attend de lui », insiste Bérangère Hittinger.

 

Comment gérer des remarques déplacées sur un collègue décédé du Covid

Compte tenu de la cristallisation des échanges entre les pro et les anti vax, il est fort possible que, sous le coup de l’émotion, un salarié lâche une phrase du type « il n’avait qu’à se faire vacciner ». « Il s’agit en fait d’une réaction épidermique. Le manager doit rester neutre et ne pas réagir afin de ne pas alimenter la polémique », conseille Sarah Dumont, rédactrice en chef de Mortem. Pour sa part Sophie Cot-Rascol recommande au manager « de prendre de la hauteur tout en recadrant l’auteur de ce type de propos, en rappelant que les opinions personnelles n’ont pas le droit de cité dans ces circonstances ».

Décès d’un collaborateur : quelles attentions mettre en place ?

 

> Les attentions à l’égard des salariés

  « Le jour de l’annonce du décès, précisez aux équipes qu’il s’agit d’une journée particulière, qu’elles peuvent prendre le temps d’échanger autour de cafés. Ainsi, vous montrez que vous prenez en compte leur chagrin », explique Sarah Dumont. Si la famille autorise la présence des collègues aux obsèques, faites en sorte de banaliser cette demi-journée afin que les volontaires puissent y assister sans pression. « Certaines directions, des managers ou même la médecine du travail impulsent parfois des groupes de parole hebdomadaires afin de permettre aux équipes de verbaliser ce qui est difficile pour elles dans ce processus de deuil », illustre Bérangère Hittinger. Une minute de silence le jour des obsèques peut aussi avoir une forte symbolique. Idem pour un repas entre collègue de l’équipe proche du défunt.  

> Les attentions à l’égard de la famille

Il importe avant tout de respecter les souhaits de la famille. Si elle est d’accord pour la participation de l’entourage professionnel aux cérémonies et au processus de deuil, plusieurs choses sont envisageables. Outre la traditionnelle gerbe de fleurs en général adressée par la direction, les collègues volontaires peuvent envoyer des cartes manuscrites et signées à la famille.

* Etude « Les Français face au deuil 2021 » réalisée par Empreintes/ CSNAF / Credoc*

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Journaliste indépendante, je réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de mes sujets de prédilection.

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