Le CV d'Eric Wolff (L’Oréal) vu par Alexis Eychenne (Badenoch+Clark)

Aurélie Tachot

#CV en or – Eric Wolff, c’est l’archétype du cadre resté 30 ans dans la même boîte mais qui n’a pas perdu son temps. Entré chez L’Oréal en 1992, il occupe aujourd’hui le poste de directeur qualité, toujours au sein du géant mondial des cosmétiques. Un parcours remarquable qu’il doit à ses choix perspicaces de postes et à ses qualités humaines hors du commun. Quels enseignements en tirer ? A quelle condition un jeune cadre attiré par le domaine de la qualité pourrait-il s'inspirer de ce parcours ? Le recruteur Alexis Eychenne, directeur exécutif du cabinet Badenoch + Clark, a croisé plusieurs fois la route d’Éric Wolff. Il décrypte pour Cadremploi ce CV en or.

Eric Wolff (à gauche) et Alexis Eychenne (à droite)

Le CV d'Eric Wolff (L’Oréal) vu par Alexis Eychenne (Badenoch+Clark)
Eric Wolff (à gauche) et Alexis Eychenne (à droite)

30 ans à évoluer dans la même entreprise

À chaque fois, il a non seulement su aller dans des domaines qui n’étaient pas les siens, mais il se les est appropriés avec brio  
Alexis Eychenne, directeur exécutif du cabinet Badenoch + Clark

 Le premier élément qui saute aux yeux sur le CV d’Eric Wolff, c’est sa fidélité à L’Oréal. Le directeur groupe qualité et EHS progresse depuis bientôt 30 ans au sein du géant mondial des cosmétiques. « Pour autant, derrière ce parcours à première vue stable, il y a des évolutions très marquées, » analyse Alexis Eychenne, directeur exécutif du cabinet Badenoch + Clark.  Nous l’avons contacté car il lui a remis le premier « Trophée du leader qualité » en 2019 et connait bien l’homme et son parcours.

Selon lui, Eric Wolff n’est jamais resté sur sa zone de confort : « Il a débuté dans la recherche en tant qu’ingénieur puis a occupé des postes dans la supply chain, les achats, la R&D, la qualité... À chaque fois, il a non seulement su aller dans des domaines qui n’étaient pas les siens, mais il se les est appropriés avec brio », explique-t-il.

Autre qualité qui l’a fait progresser : aimer le terrain. « Il a atteint des objectifs industriels, il a mené des projets de développement de produits. Sa vision est pragmatique, orientée business et consommateurs, et non uniquement réglementaire. »

 

Des soft skills en or

Quelles qualités particulières le recruteur repère-t-il sur le CV d’Eric Wolff ? « Son parcours démontre qu’il sait travailler de manière transversale et parler à des interlocuteurs de tous niveaux. Il laisse augurer une grande ouverture d’esprit, une adaptabilité ainsi qu’une bonne capacité d’écoute », décode l’expert en recrutement.

Chez L’Oréal, Éric Wolff a récemment été à l’origine du déploiement d’un incubateur de start-up technologiques. « Ce projet démontre qu’il sait se tenir informé des évolutions. C’est un pré-requis essentiel dans le domaine de la qualité, qui voit régulièrement émerger de nouvelles normes et certifications. Ce projet prouve également qu’il est à la fois ancré dans le présent et dans le futur et qu’en se frottant aux start-up technologiques, il est prêt à embrasser les transformations à venir. »

Un modèle de parcours pour un jeune cadre en 2021 ?  

S’il a su prendre ce tournant, c’est parce qu’il a bénéficié d’un contexte favorable

Si le parcours d’Éric Wolff suscite autant l’intérêt d’Alexis Eychenne, c’est également parce qu’il ne pourrait pas être reproduit de nos jours. « Éric est arrivé par la partie process pour évoluer vers la fonction qualité. Or, ce n’est aujourd’hui pas la voie royale. S’il a su prendre ce tournant, c’est parce qu’il a bénéficié d’un contexte favorable. Ces 15 dernières années ont été très disruptives en matière de qualité pour les groupes industriels », observe-t-il.

Quant à la dimension internationale de son profil, elle surviendrait un peu tard aujourd’hui. « Un jeune cadre qui souhaiterait atteindre ce niveau de responsabilités, c’est-à-dire siéger au comité de direction, aurait besoin de donner un ancrage international dès le début de sa carrière », estime Alexis Eychenne.

Rester en poste ou changer souvent pour progresser ?

Aujourd’hui les jeunes cadres changent d’entreprise pour changer de projet.

Pour un jeune qui voudrait évoluer dans la qualité, peut-il suivre le parcours d’Eric Wolff ?  « L’évolution verticale – je pars « d’en bas » et je gravis les échelons – appelle beaucoup de respect. Pour autant, elle n’est plus dans l’ère du temps. Aujourd’hui, les jeunes cadres évoluant dans le domaine de la qualité raisonnent par projets et sont davantage prêts à changer d’entreprise lorsque leurs missions ne sont plus alignées avec leurs aspirations », explique-t-il.

Résultat : si, il y a encore quelques années, un profil changeant de poste tous les deux ans pouvaient parfois effrayer les recruteurs, ce n’est plus le cas aujourd’hui. « Nous évaluons la stabilité d’un candidat non plus au nombre d’années restés au même poste, mais au fait qu’il soit arrivé au terme, ou non, du projet pour lequel il avait été recruté », indique-t-il.

Et si Eric Wolff voulait rebondir ailleurs ?

 

« À l’heure des délocalisations et des relocalisations, où l’on parle d’industrie 4.0 et de lean manufacturing, les entreprises, notamment industrielles, ont besoin d’avoir l’expertise dont dispose Éric Wolff, par exemple en excellence opérationnelle. La qualité est un secteur très transversal : si, demain, Éric Wolff quittait son poste de directeur de la qualité chez L’Oréal, il pourrait rebondir sur un poste similaire dans n’importe quel autre secteur d’activité. Ce qui serait apprécié par un autre employeur, c’est sa vision de l’ensemble de la chaîne de valeurs et plus spécifiquement sa vision holistique de la qualité, pleine de sens. »  

Sur le CV d’Eric Wolff

L’ORÉAL

·       Directeur qualité & EHS Groupe (janvier 2016 – aujourd'hui)

·       Directeur qualité Groupe (décembre 2010 – décembre 2015)

·       Directeur Manufacturing (avril 2009 – décembre 2010)

·       Directeur achat matières premières (août 2007 – avril 2009)

L’ORÉAL Canada

·       Directeur usine à Montréal (novembre 2004 – juillet 2007)

L’ORÉAL USA

·       Directeur pilote et qualité (février 2002 – octobre 2004)

L’ORÉAL Belgique

·       Directeur qualité à Libramont (janvier 2000 – janvier 2002)

L’ORÉAL S.A.

·       Ingénieur développement de procédés (janvier 1992 – janvier 2000)

INRA

·       Chargé de recherche (janvier 1985 – janvier 1992)

Aurélie Tachot
Aurélie Tachot

Après avoir occupé le poste de rédactrice en chef d’ExclusiveRH.com (entre autres), je travaille désormais à mon compte. Pour Cadremploi, je contribue à la rubrique Actualités via des enquêtes, des interviews ou des analyses sur les évolutions du monde du travail, sans jamais oublier l'angle du digital.

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