Déconfinement partiel : 6 erreurs de management à ne pas faire avec ses équipes

Sylvie Laidet

MANAGER LE RE-DECONFINEMENT – Depuis le 7 janvier, les télétravailleurs peuvent de nouveau retourner bosser au bureau au moins une journée par semaine, même si le télétravail est encore vivement encouragé. Et à partir du 20 janvier, il est possible que l'on déconfine encore davantage en fonction de la situation sanitaire. Pour autant, pas question de reprendre les bonnes vieilles habitudes de management. Grâce à des conseils d’experts – coach, psychologue, éthologue – Cadremploi vous aide à éviter les boulettes managériales.
Déconfinement partiel : 6 erreurs de management à ne pas faire avec ses équipes

Ils témoignent

  • Adrien Fender, manager senior au sein du cabinet Stimulus, cabinet de santé psychologique au travail
  • Jean-Louis Rossignon, éthologue qui utilise les neurosciences cognitives, spécialiste des comportements en milieu urbain, fondateur du cabinet d'étude Lab Retail basé en Belgique.
  • Thierry Chavel, dirigeant de CEO Companions , coach et auteur de « Trouver sa voie » (L’Harmattan, 2020)

ERREUR N°1 : siffler la fin de la ‘’récré’’

Adrien Fender

« Bon allez, on revient au boulot » , sous-entendu, le télétravail était une promenade de santé vu que les enfants étaient cette fois à l’école et plus dans les pattes des salariés. « Certes les enfants sont de retour à l’école mais après 8 ou 9 mois de télétravail, les salariés sont épuisés. Donc suggérer qu’ils se la sont coulé douce, voire qu’ils n’auraient pas besoin de vacances de fin d’année, serait une grosse erreur de management », insiste Adrien Fender, manager senior au sein du cabinet Stimulus. Et puis, il ne faut pas perdre de vue, qu’ils vont pouvoir revenir au bureau mais avec un masque, en respectant les gestes barrière et sans doute une jauge. Donc, rien à voir avec un retour à la normale.

ERREUR N°2 : continuer à imposer le télétravail à 100%

Même si les autorités recommandent vivement de continuer à télétravailler à 100%, il est possible de retourner bosser au bureau au moins un jour par semaine depuis le 7 janvier.

Si certains des membres de votre équipe en éprouvent le besoin (appartement trop petit, isolement, sentiment de solitude,…), ne pas accéder à leur demande serait la pire des stratégies.

Jean-Louis Rossignon

« L’être humain est avant tout un animal social qui a besoin de liens et de voir les gens en vrai. Les circuits de neurones miroir permettent à chacun de s’auto évaluer par rapport aux autres. Et ils ne fonctionnent pas de la même manière quand les gens sont en 3D en chair et en os que derrière un écran », explique Jean-Louis Rossignon, spécialiste des comportements. En tant que manager, mieux vaut n’obliger personne à télétravailler quand la situation sera revenue à la normale. Proposez du télétravail partiel avec le plus de flexibilité possible.

Ne pas zapper le temps de la réconciliation. Ce n’est pas un retour de vacances. Mieux vaut laisser le temps au temps
Thierry Chavel, coach de dirigeants

ERREUR N°3 : surcharger les agendas

Thierry Chavel

Avec le retour progressif des uns et des autres au bureau, même sous forme de roulement, la tentation peut être grande pour un manager de vouloir à tout prix resserrer les liens dans son équipe et pour cela, de remplir les agendas à outrance. « Il faudrait au contraire assumer la peur du vide. Ne pas zapper le temps de la réconciliation. Ce n’est pas un retour de vacances. Mieux vaut laisser le temps au temps », recommande Thierry Chavel , coach de dirigeants.

ERREUR N°4 : aborder son équipe comme une seule et même entité

Quand le gouvernement aura sifflé le début du nouveau déconfinement, n’espérez pas que tous vos collaborateurs reviennent la fleur au fusil. Vous allez devoir composer avec 4 types de population :

  • ceux qui ont encore peur de la maladie
  • ceux qui vont être négligents face aux gestes barrière
  • les boulimiques de travail, qui après ce confinement, espèrent bien pouvoir mettre les bouchées doubles
  • et enfin, les boulimiques de relations sociales. 

« Ne pas être précautionneux sur l’état d’esprit de chacun des collaborateurs, c’est à coup sûr prendre le risque de provoquer des conflits. Un manager a tout intérêt à proposer à ses collaborateurs de verbaliser leur état d’esprit afin d’inviter chacun à ajuster son comportement », conseille Adrien Fender. Un négligent qui entendrait que son collègue est toujours très flippé par le virus, devrait sans doute veiller à mieux porter son masque en sa présence.

Au premier déconfinement, les gens avaient besoin d’information. Cette fois, ils sont besoin d’écoute, de félicitations et de feed back sur le travail accompli durant ces 9 derniers mois
Thierry Chavel

ERREUR N°5 : relancer le business comme si de rien n’était

C’est arrivé lors du dernier déconfinement. On a vu des managers essayer de rattraper le temps perdu, notamment le chiffre d’affaires non réalisé, recaler des objectifs de dingue… sans tenir compte de la gueule de bois 2020 et des angoisses sur l’avenir notamment sur la situation de l’emploi en 2021. « Un manager doit au contraire rassurer les uns et les autres. Prendre le temps de perdre son temps autour de la machine à café. Écouter plus que parler. Au premier déconfinement, les gens avaient besoin d’information. Cette fois, ils sont besoin d’écoute, de félicitations et de feed back sur le travail accompli durant ces 9 derniers mois », recommande Thierry Chavel. Et puis, mieux vaut fixer des performances durables. « Au lieu d’être moins exigent sur tous les sujets, un manager a plutôt intérêt à rester exigent sur un nombre de sujets limités », précise Adrien Fender.

Être explicite sur les valeurs et les principes qui vous guident, réduit les dilemmes à traiter par vos équipes.
Adrien Fender

ERREUR N°6 : laisser chacun s’organiser comme il veut


Non au contraire, un manager doit donner des repères de stabilité. « Par exemple en mettant en place des rituels ‘’covid proof’’. Soit des rituels – point téléphonique, meeting hebdo, etc. – capables de perdurer quelle que soit la situation en télétravail, au bureau, confiné ou pas. Objectif : faire du travail un pôle de stabilité », illustre Adrien Fender. En tant que manager, vous devez également traiter les injonctions paradoxales rencontrées par votre équipe. Par exemple, « dois-je me rendre chez mes clients au risque de les contaminer même masqué ? Ou dois-je tout traiter à distance au risque de perdre en qualité de relation client ? ». « Être explicite sur les valeurs et les principes qui vous guident, réduit les dilemmes à traiter par vos équipes », soutient-il.

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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