Décrocher une promotion : comment agir dès cet été ?

Publié le 23 juillet 2020 Mis à jour le 22 juillet 2020 Gwenole Guiomard

TEMOIGNAGES – Rester au chaud et progresser quand même ? C’est possible selon Laura, jeune banquière, qui a été augmentée de 5000 euros cette année après avoir élargi son périmètre de poste. Julien, quant à lui, a vu son salaire annuel grimper progressivement de 45 à 70 000 € au fil des prises de poste en interne. Dans sa dernière étude sur les progressions professionnelles*, l’Apec prévient que les cadres devront se contenter de la mobilité interne si les offres d’emploi continuent à manquer. Qu’à cela ne tienne. Cadremploi vous aide à préparer le coup d’après avec Nathalie Le Sassier, Joëlle Planche-Ryan et Cindy Triaire, trois coachs en stratégie de carrière. Définir ses priorités, communiquer, se former, étendre son réseau… des travaux à mener dès cet été pour un repositionnement cet automne !
Décrocher une promotion : comment agir dès cet été ?

Dans sa dernière étude sur les mobilités professionnelles post-confinement*, l’Apec prévient les cadres qui ont des fourmis dans les jambes : « Alors que la vitalité du marché de l'emploi cadre avait boosté la mobilité professionnelle ces dix dernières années, la mobilité interne, moins soumise aux aléas conjoncturels, pourrait constituer une alternative aux velléités de changement ».

En clair, faute d’offres d’emploi, il va falloir rester en poste et avancer ses pions en interne. Mais alors, comment progresser ? Voici 5 stratégies testées et approuvées :

 

Laura : « élargir son périmètre de poste »

Laura, jeune cadre d'un département finance d'une banque, a eu l’aval de son manager pour dépasser son périmètre de poste. Elle détaille : « J’ai organisé des formations pour les nouveaux arrivants. Comme cela a donné de bons résultats, j’ai demandé à gérer la finance verte. En parallèle, j’ai monté des réunions de networking. Cela se fait beaucoup à Londres. Tous les trimestres, dans un bar, nous nous réunissons pour aborder, autour d’un verre, un sujet bancaire. Cela m’a permis de me faire connaitre dans la banque, à Paris, mais aussi dans toutes nos succursales à l’étranger. Autre initiative que j’ai proposée : je m’occupe de réduire les déchets et de pratiquer le tri sélectif au sein de notre établissement. Je vais également travailler les questions de diversité.

Je me fais connaitre. Je m’informe sur les métiers qui pourraient m’intéresser. Résultat : j’ai été augmentée de 5000 euros cette année.
Laura, cadre dans le département finance d'une banque

En développant ces actions, j’ai rencontré pas mal de monde dont des membres du comité de direction. Je me fais connaitre. Je m’informe sur les métiers qui pourraient m’intéresser. Résultat : j’ai été augmenté de 5000 euros cette année. Et un chef de département m’a proposé un autre poste ».

Julien : « prendre des responsabilités commercialo-opérationnelles en vue du coup d'après »

Julien ne jure que par la promotion interne. Il s’est fait embaucher dans un grand groupe en 2014 dans lequel il a été identifié comme un potentiel. Et depuis, il monte patiemment les échelons.

En 6 ans, mon salaire est passé de 45 000 à 70 000 euros brut par an.
Julien, cadre dans un grand groupe

« J’évolue tous les deux-trois ans. A chaque fois, je prends l’initiative sur le thème « aide-toi, le ciel t’aidera ». Ma méthode :  prendre les devants en faisant des propositions. En 6 ans, mon salaire est passé de 45 000 à 70 000 euros brut par an. Mon prochain poste – ce sera ma future demande –, consistera à acquérir des responsabilités commercialo-opérationnelles afin de viser une direction de filiale. Du haut de mes 31 ans, je me suis aperçu que mes meilleures chances étaient en interne ».

Etre plus que jamais force de proposition. Les entreprises ont besoin d’éléments positifs qui tirent les équipes vers le haut.
Cindy Triaire, consultante en stratégie de carrière.

Une stratégie que soutient et promeut la consultante en stratégie de carrière Cindy Triaire, du cabinet Tremplin carrière. « Il faut être proactif et refuser d’attendre le projet de repositionnement, recommande-t-elle. Les cadres doivent être plus que jamais force de proposition. Les entreprises ont besoin d’éléments positifs qui tirent les équipes vers le haut ».

Passer un bilan de compétences

Préparer son évolution de carrière en interne quand le mercato des cadres est en pause ? C’est la reco de Nathalie Le Sassier, responsable de l’activité des dynamiques de carrières chez Oasys consultants, un cabinet d’accompagnement des transitions professionnelles. « C’est à mettre en place pendant l’été, insiste-t-elle. On peut se faire aider en suivant un bilan de compétences. L’idée est de mettre en place un projet de carrière réaliste. Il faut bien sûr identifier ses points forts, ses points à améliorer et suivre une formation sur ces questions, tout en menant l’enquête en interne sur les évolutions probables pour décrocher ces opportunités quand elles vont apparaitre ».

Préparer son positionnement pendant l’été. Quand le poste sera ouvert, on sera prêt.
Nathalie Le Sassier, responsable de l’activité des dynamiques de carrières chez Oasys consultants.

Il est alors important de bucher les questions de travail en équipe, des notions d’expérience client, d’agilité, d’analyse des big data ou d’outils de productivité comme la suite Google, les logiciels de prise de note, Trello et tout ce qui permet d’améliorer la productivité. « On sera alors repéré comme un cadre soucieux d’évoluer et de faire évoluer son environnement, ajoute Nathalie Le Sassier. Quand un poste s’ouvrira en interne, on sera prêt. C’est une étape à préparer pour l’automne »

 

Etablir sa "cartographie politique"

Reste que l’entreprise peut s’avérer un monde impitoyable voire insupportable. « Personnellement, je conseille de quitter son employeur si c’est la meilleure solution, explique Joëlle Planche-Ryan, coach, responsable développement au pôle carrière des anciens d’Arts et métiers Alumni et auteure de « Boostez votre parcours professionnel avec le mind mapping » (éditions Eyrolles).

Mais il faut s’assurer que l’on a des bonnes raisons de quitter sa boîte. « Il faut donc les lister afin de ne pas partir pour un mirage. Cela renforce aussi le cadre lors d’une éventuelle négociation. Il connait les intérêts de son poste et ses désagréments. »

Il est alors possible de définir pourquoi rester plutôt que partir. C’est-à-dire définir sa « date de péremption » où l’on calcule sa valeur professionnelle, le bénéfice que l’on a à rester et la durée ad hoc pour continuer à se former. « Ensuite, le cadre, pour progresser, déterminera sa cartographie politique : ses sujets à travailler, ses alliés, ses détracteurs et le ventre mou du bureau, conclut la coach Joëlle Planche-Ryan. Le cadre identifie aussi les sujets intéressant son dirigeant. Il devra enfin travailler la notion de permission. Il faut demander l’autorisation de prendre un nouveau poste. »

 

Il est toujours mieux d’avoir fait que d’avoir à faire quand on change d’employeur
Joëlle Planche-Ryan, coach et responsable développement au pôle carrière des anciens d’Arts et métiers Alumni

Transformer son potentiel en expérience en interne

Autre stratégie, indirecte : démontrer ses capacités sur un sujet pour ensuite y postuler. « Ce peut être un thème dont personne ne veut, précise Joëlle Planche-Ryan. Le risque est grand mais le gain est important en cas de réussite. Bref, l’idée globale sera d’agrandir son poste, aller là où personne ne vous attend. Et si, actuellement, il pourra être difficile d’être augmenté pour cette nouvelle tâche, le cadre aura transformé son potentiel en expérience. C’est cela qui se vendra plus tard sur le marché du travail. Il est toujours mieux d’avoir fait que d’avoir à faire quand on change d’employeur ».

 

* Etude Apec « Panorama 2020 des mobilités professionnelles des cadres », 8 juillet 2020

Gwenole Guiomard
Gwenole Guiomard

Je suis journaliste spécialisé dans les questions de formation et d’emploi. L’un ne doit pas aller sans l’autre et la compréhension des deux permet de s’orienter au mieux. Je rédige aussi, tous les deux ans, le Guide des professionnels du recrutement. Je suis aussi passionné d’histoire et amoureux des routes de la soie.

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