Démissionner pendant la crise ? Même pas peur !

Publié le 23 juillet 2020 Sylvie Laidet

TEMOIGNAGES – Que l’on soit clair : l’objet de cet article n’est pas de vous inciter à démissionner à tout prix. L’idée est de démontrer, que malgré un marché de l’emploi cadres plus tendu qu’il y a quelques mois, il ne faut pas s’interdire de démissionner. A condition de limiter les risques au maximum bien sûr. C'est ce qu'a fait Sandra* après avoir été chassée. Nous avons aussi interrogé deux professionnels du recrutement, Fabrice Coudray (Robert Half) et Grégoire Conquet (Badenoch + Clark) sur ce sujet de la démission par temps de crise.
Démissionner pendant la crise ? Même pas peur !

Démissionner, instinctivement, c’est non !

Quand on interroge les cabinets de recrutement sur la pertinence de démissionner en ce moment, leur premier réflexe est évidemment de répondre par la négative. « Trop d’incertitudes », « les boites naviguent à vue », etc… « Ne pas démissionner avant que le marché ne revienne sur des zones normales. Il faut jouer la carte de la sécurité », assène Fabrice Coudray, directeur executive search chez Robert Half France. Donc pas question d’inciter les candidats à claquer leur démission en ce moment. Car si ça tourne vinaigre, ils auraient perdu sur toute la ligne : non seulement eur job, et donc leur revenu, mais aussi la possibilité de bénéficier de l’assurance chômage. Car à moins d’avoir un projet de reconversion professionnelle hyper avancé (et étayé), la démission n’ouvre pas droit à l’allocation de retour à l’emploi.

 

Démissionner, c’est gérer les risques

Sauf qu’il y a en ce moment même des postes stratégiques à saisir, comme nous l’expliquions dans un récent article sur le renouvellement des comités de direction « En ce moment, prendre un nouveau poste, revient à endosser un job à impact dans un contexte de transformation. C’est être visible et exposé. C’est une prime de risque positive », argumente Grégoire Conquet, directeur exécutif de Badenoch + Clark Paris.

 

Démissionner, en sécurisant au maximum l’opération

Autrement dit, pas question de se contenter des infos données par la boîte sur son business et son secteur. Avant de donner votre démission, vous devez investiguer sur l’entreprise et son environnement par tous les moyens. La presse est évidemment une source d’informations précieuses, mais aussi les réseaux sociaux. Checkez par exemple ce qui s’est dit sur la marque employeur de l’entreprise dans les mois passés. Poussez les consultants des cabinets de recrutement dans leur retranchement afin de connaitre les réels enjeux du poste mais aussi les jeux politiques du moment. « On doit aux candidats un maximum d’informations afin que la relation se construise pour de bonnes raisons », précise Grégoire Conquet. En fonction de tous ces éléments de contexte, à vous de voir si vous vous projetez vraiment dans cet environnement. Tout ne dépend pas de la conjoncture.

 

Démissionner en négociant des amortisseurs

Si le poste visé est stratégique pour la boîte et que vous êtes le candidat à 5 pattes, alors vous pouvez avoir quelques marges de manœuvre. Sinon, cela risque d’être plus compliqué. « Un de mes clients a par exemple annulé la période d’essai du candidat. C’est sans doute une exception mais c’est un message symbolique puissant », illustre Grégoire Conquet. Vous pouvez également vous voir proposer (ou négocier), un « golden hello », une prime de bienvenue pour montrer que c’est vous et personne d’autre. Cette prime de bienvenue pourrait vous permettre de voir venir si l’aventure tournait court. Toujours prévenir, plutôt que guérir.

 

Elle a démissionné : Sandra*, 45 ans, cadre dans un laboratoire

« Démissionner, c’est partir la tête haute pour un poste équivalent à celui de ma N+2 actuelle », lance d’emblée Sandra. Harcelée pendant 2 ans par un manager toxique, elle a donc saisi au vol l’appel d’un chasseur de tête pour évoluer professionnellement et retourner dans sa région natale. « Au départ, j’ai répondu à l’appel du recruteur par curiosité. Et puis finalement, le poste est super intéressant. C’est une prise de risque énorme car j’ai une période d’essai de 7 mois. Mais il faudrait être folle pour ne pas y aller. Si ça ne marche pas ? Pas grave. Cela aura été le coup de pied au derrière qu’il me fallait pour quitter ma zone de confort et mon manager toxique », argumente-t-elle. Avant d’ajouter, « j’ai préféré démissionner que de négocier une rupture conventionnelle car cela aurait pu passer pour un aveu d’échec. Or, je voulais leur montrer que j’allais bien et que des professionnels étaient encore prêts à me faire confiance », conclut-elle. Autre petite victoire : Sandra a carrément opté pour la remise en main propre de sa lettre de démission à son manager. Avec le sourire.

*Le prénom a été modifié

 

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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