4e semaine de confinement : pourquoi les recherches d’emploi reprennent

Publié le 09 avril 2020 Sylvie Laidet

Six cadres sur dix sondés par Cadremploi sont en train de refaire leur CV et de mettre à jour leur profil. Profitant de cette période de confinement, 42% d'entre eux continuent de postuler malgré le contexte. Pourquoi ? Comment ? Avec l’économiste Géraldine Rieucau, spécialiste du marché du travail et de la recherche d’emploi, nous avons analysé les 5 raisons qui expliquent cette « job mobilisation ».
4e semaine de confinement : pourquoi les recherches d’emploi reprennent
  1. Peur de perdre son emploi actuel
  2. Envie de changer après
  3. Complément de chômage
  4. L’Internet, canal privilégié
  5. S’actualiser sur Pôle emploi

 

A part dans les secteurs économiques réputés prioritaires pour sortir de la crise, les offres d’emploi se réduisent comme peau de chagrin. Dans l’incertitude, la majorité des employeurs ont gelé, reporté, voire annulé, les embauches prévues. Mais dans le même temps, le marché de l’emploi n’est pas complètement en sommeil. Certaines entreprises n’ont pas voulu stopper leurs recrutements de cadres car elles préparent l’après-crise sanitaire (lire cette enquête), notamment pour des métiers pénuriques. Les processus de recrutement se poursuivent pour 23% des cadres interrogés par Cadremploi dans son récent sondage*. Des cadres sont en cours d’intégration ces jours-ci dans des entreprises qui continuent de tourner malgré la crise (lire ces témoignages).  Il faut dire que le marché des cadres est traditionnellement moins sensible aux crises, ce que vient de préciser l’Apec (Association pour l’emploi des cadres) : sur ce marché, le besoin de compétences perdure structurellement. Nous avons voulu analysé ici les raisons pour lesquels les candidats continuent d’être actifs dans leur recherche d’emploi en ligne.

1. Des recherches d’emploi par peur de perdre son emploi actuel

41 % des personnes interrogées par Cadremploi dans son dernier sondage* craignent de perdre leur emploi après la crise. Pour ne pas se retrouver sur le carreau à ce moment-là, certains candidats anticipent en activant (ou réactivant) leur recherche d’emploi en ligne. Et ils ont raison, car même si les services RH sont à 200% concentrés sur la gestion de la crise, les cabinets de recrutement et autres chasseurs de tête sont toujours dans les starting blocks notamment pour des profils pénuriques et des secteurs non concernés par le confinement. D’ailleurs, 22 % des cadres déclarent avoir été chassés depuis le début du confinement.

 

72% des personnes interrogées par Cadremploi maintiennent leur souhait de changer de job après la crise

 

2. Des recherches d’emploi qui s’expliquent par davantage de temps disponible pour scruter le marché et sans doute aussi une nouvelle quête de sens


Confinés chez soi, en activité partielle ou pas, les candidats ont désormais davantage de temps disponible et restent toujours open au changement. 72% des personnes interrogées par Cadremploi (51% oui tout à fait, 21% oui plutôt) maintiennent leur souhait de changer de job après la crise. « Les candidats prospectent plus qu’ils ne recherchent un nouvel emploi. Soit parce qu’ils évoluent actuellement dans un secteur en grande difficulté, soit parce qu’à la fin de la crise, ils réfléchissent d’ores et déjà à donner plus de sens à leur travail. Par exemple en changeant de métier ou de secteurs », souligne Géraldine Rieucau, enseignant chercheur à Paris 8 et chercheur affiliée au Centre d’études de l’emploi et du travail. L’occasion de préparer votre monde de demain mais si, ne nous leurrons pas, la reprise va prendre du temps. Et alors !  

 

3. Des recherches d’emploi pour trouver un complément de revenu pendant son chômage partiel

On le voit, pendant que des pans entiers de l’économie sont à l’arrêt, d’autres secteurs manquent de bras pour faire face à la demande urgente des consommateurs et des autorités. L’agroalimentaire, la grande distribution (mais aussi les commerces de détail), le transport, la supply chain, l’industrie pharmaceutique, l’énergie… cherchent à staffer leurs équipes pour répondre à la surdemande de produits et services. Sans doute de bonnes occasions de décrocher des contrats courts, voire de palier une activité partielle, ou encore de tester le prêt de salariés entre entreprises.

 

4. Des recherches d’emploi digitales boostées par la suspension des autres canaux de candidatures

« Du fait du confinement, les canaux physiques permettant de mener à bien sa recherche d’emploi, se sont en fait atrophiés. Impossible pour les candidats de se déplacer pour remettre leurs candidatures en main propre. Plus question également pour eux de réseauter en face à face dans des clubs et associations professionnelles par exemple. Donc il est normal que les recherches d’emploi sur internet décollent », observe Géraldine Rieucau, enseignant chercheur à Paris 8 et chercheur affiliée au Centre d’études de l’emploi et du travail.

 

5. Des recherches d’emploi obligatoires pour les demandeurs d’emploi

Même si Pôle emploi a annoncé qu’il suspendait les contrôles (pouvant jusqu’alors déboucher sur des radiations) pendant la crise sanitaire, il n’empêche que si vous êtes inscrit comme demandeur d’emploi, vous devez continuer vos démarches actives de recherche d’emploi. Donc, vous êtes encouragés à poursuivre vos envois de candidatures en réponse à des offres d’emploi, notamment dans les secteurs qui recrutent pour parer à l’urgence sanitaire et économique du pays. Et ne négligez pas non plus les candidatures spontanées. 

* Les processus de recrutement à l’heure du confinement, mars 2020, 5880 cadres interrogés le 26 mars 2020.

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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