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Avec le reskilling les entreprises embauchent uniquement sur la motivation

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Quentin Velluet

05/04/2016

Être embauché en CDI sans avoir 100 % des compétences pour le job, c’est comme croire au Père Noël ? C’est pourtant le principe du reskilling. Après avoir choisi des candidats sur leur motivation et leur savoir-être, les entreprises les forment gratuitement avant la prise de poste.

C’est un rêve de chercheur d’emploi. Et c’est une réalité depuis quelques années. Être embauché pour un métier que l’on ne saurait parfaitement exercer mais que l’on apprend en 50 jours, grâce à une formation de 9 500 euros tous frais payés*. Voilà ce que proposent quelques acteurs de la formation, spécialisés dans ce que les anglo-saxons appellent le reskilling, - que l’on pourrait improprement traduire par re-qualification -  et qui désigne une fusion du processus de recrutement avec celui de la formation. En France, le concept est incarné par la Préparation opérationnelle à l’emploi individuel (POEI), mise en place en 2009 par Pôle emploi. Si elle peut se targuer d’afficher un taux de reclassement dans l’emploi durable de 73 % en 2014**, la POEI n’est que peu utilisée par les chercheurs d’emploi et par les entreprises : seulement 14 000 personnes en ont profité en 2015. C’est pourquoi des acteurs de la formation ont décidé de la démocratiser.

Optimiser la POEI

« Le dispositif a été imaginé pour les personnes à qui il manque quelques compétences lorsqu’ils postulent, explique Fabien Beltrame, responsable du département formation de Pôle emploi. L’idée est qu’à la signature d’un contrat [au minimum un CDD de 12 mois, Ndlr], le candidat suive une formation de 400 heures maximum pour se mettre à niveau ». La POEI a donc tout pour elle : outre la formation payée, le stagiaire est indemnisé et peut être défrayé pour ses déplacements, ses repas et son hébergement. En pratique pourtant, rares sont les cas où elle est utilisée : « Sans notre intervention, une entreprise ne perdrait pas son temps à rencontrer des candidats qui n’ont pas toutes les compétences requises en amont », déplore Michel Sebban, co-fondateur de Fitec, une société de formation dans l’IT qui se spécialise depuis 10 ans dans le reskilling. Comme d’autres formateurs, l’entreprise a décidé d’optimiser la POEI en jouant le rôle d’entremetteur. En amont de la formation, Fitec va chercher les candidats pour le compte d’un recruteur, ce dernier faisant son choix parmi des profils qu’il n’aurait peut-être jamais accepté de rencontrer dans un processus classique de recrutement. La solution est efficace puisque Fitec affiche un taux d’insertion dans l’emploi durable de 95 %, les 5 % restant étant liés à des abandons ou à un emploi décroché en cours de route.

Une sélection drastique, des entretiens originaux

La prochaine promotion comptera 75 stagiaires. Ils étaient 3 000 au départ à avoir répondu au mail d’inscription envoyé par Pôle emploi, avec qui travaille Fitec. « En mars, nous en avons sélectionné 300, qui sont venus pour une journée d’entretien avec des spécialistes du recrutement des métiers de l’informatique. Au cours de cette première phase, nous leur expliquons le concept du reskilling, nous observons leur comportement, testons leur motivation et leur donnons des conseils pour leur candidature », explique Michel Sebban. À la fin du mois, ils n’étaient plus que 177 à rencontrer les trente entreprises présentes pour la journée. Parmi elles, de très grandes sociétés de conseil en ingénierie comme Altran, et de plus modestes PME qui font du support informatique comme Codilog. Toute la journée, recruteurs et candidats enchaînent des job dating de 15 minutes. Les échanges sont forcément différents des entretiens d’embauche habituels, puisqu’au moment de rencontrer l’employeur, aucun candidat n’est capable de pratiquer l’un des trois métiers proposés : consultant CRM Salesforce, consultant qualification logiciel ou ingénieur d’affaires.

L’enjeu de l’entretien se joue sur les soft skills, c’est-à-dire l’état d’esprit du candidat, ses valeurs, son comportement et sa façon d’appréhender le poste. « Tous ont des prérequis liés aux métiers proposés. L’idée, c’est de leur apporter par la suite les compétences qu’ils ne maîtrisent pas », explique Michel Sebban. Pour le métier d’ingénieur d’affaires par exemple, un commercial sera renforcé sur sa compréhension des systèmes d’information, et il aura les bases de certains langages de programmation afin qu’il puisse savoir de quoi il parle lors de rendez-vous client.

Encore timide, le reskilling couplé à la POEI à grande échelle n’est pas pratiqué par beaucoup d’organismes formateurs. On peut citer Evolution - Reskilling Center, basée à Boulogne Billancourt. Elle dispose de la même offre que Fitec, mais uniquement sur des métiers commerciaux. L'organisme de formation Demos y a recours également, pour des entreprises du secteur numérique. Surtout, le concept ne concerne que les métiers en pénurie de candidats : aspirants archéologues ou autres présentateurs TV, s’abstenir…

 

*La formation est prise en charge par Pôle emploi et par l’Organisme paritaire collecteur agréé (Opca) Fafiec qui finance la formation professionnelle des métiers du numérique, de l’ingénierie et du conseil, des études et de l’événement.

**Enquête Pôle emploi : Sortants de formation 2014. Les CDD de 6 mois, CDI, mission d’intérim de plus de 6 mois et créateurs d’entreprises sont considéré comme des emplois durables.

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Jean, Yalap, jean.y

15/12/2017

à 17:35

Bonjour,

Je suis tombé sur une offre de ce genre et je trouve cela très intéressant. Savez-vous quels instituts proposent cela ?

Merci,
Jean.

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Thierry Péricard

21/04/2016

à 13:50

Des initiatives de ce genre sont à encourager, fonctionnent, et permettent à certains motivés de retrouver le chemin de l'emploi. Il en faut beaucoup de motivations pour suivre ce genre de formation (2.5% de sélectionnés - 75 sur 3000 candidats de base).

J'ai quand même 2 interrogations sur la suite :
- le salairre proposé et le statut. Tous sont ils embauchés comme cadre ? A quel salaire ?
N'y a il pas un risque de baisser les salaires d'embauches ? Car les entreprises auraient embauchées de toutes les façons.

- en amont, la pré-sélection est elle bien uniquement sur la motivation ? N'y a t il pas d'autres critères de pré-sélections non dits, comme l'âge (je pense aux +de 45 ans) ou autres (sexe, apparence, etc ...) ?

Tout n'est donc pas noir, mais pas forcément tout rose non plus.

Bonne journée à toutes et à tous

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Alain HARRY

12/04/2016

à 18:51

Nous avons embauché 3 jeunes cadres en CDI mi-2015 en sortie de POEI (PMO Primavera), que nous n'aurions jamais rencontrés (et donc jamais embauchés) hors de ce schéma. Nous renouvelons l'expérience cette année avec 5 nouvelles recrues, de parcours hétérogènes.
Leur histoire est le résultat d'aléas de la vie. Nous leur donnons toute leur chance.
La seule difficulté pour nous est d'imaginer le futur cadre dans un poste qu'il n'a jamais occupé, suivant une formation de 45 jours. C'est un bon révélateur de capacité d'adaptation. Pas que pour la nouvelle recrue, aussi pour nous !
Oui, il existe encore des entreprises qui signent des CDI. Qu'on se le dise !

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Serge M.

08/04/2016

à 18:10

Le Reskilling fonction correctement et je suis un produit d'une réorientation réussie. Après une période de chômage, j'ai décidé de me tourner vers des métiers innovants qui pouvaient s'appuyer sur mes compétences métiers. J'ai été embauché sur la base de ma motivation dans mon entreprise actuelle qui a consenti a financer ma formation de 45 jours au FITEC (Juillet - Septembre 2015) à travers le POEI. J'ai intégré mon entreprise le lendemain de la fin de ma formation et je suis embauché comme cadre en CDI. De telles initiatives sont à encourager car elles ciblent réellement les besoins des entreprises. Il n'y a aucune satisfaction à tirer en étant au chômage. Aujourd'hui je me sens à nouveau utile à la société et à l'aise dans mon nouveau travail grâce aux compétences acquises au FITEC.

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Didier Papadopoulos c'est pas anonyme pour rester droit dans mes basquettes

05/04/2016

à 15:20

Quelle entreprise est capable d'embaucher en formant le candidat avec toutes les motivations du monde. Si c'était le cas sil n'y aura pas de chômage. Votre enquête si je peux me permettre c'est du bla bla je suis dans le commerce depuis 30 ans et ma carrière à été marqué par l'apprentissage mais le commerce c'est professionnalisé. Avoir des motivations ce n'est pas suffisant pour convaincre n'importe quel employeur, vous vivez dans quel monde. Les OPCA n'ont plus d'argent je sais de quoi je parle, essayé de demandé un financement par le Pôle emploi..... arrêtez de vendre du miroir aux alouettes svp et soyons sérieux, vous voulez des preuves alors contactez moi.... c'est du concret pas du bla bla.....

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Serge

08/04/2016

à 17:14

Bonjour,
Après une longue période sans emploi, j'ai voulu me réorienter vers des métiers innovants. A travers le FITEC j'ai pu accéder au monde des ERP. J'ai été embauché sur la base de la motivation et mon entreprise actuelle, où je suis embauché comme cadre en CDI, m'a fait confiance et accepté de financer ma formation de 45 jours au FITEC (de Juillet à Septembre 2015). Le reskilling est bien réel et fonctionne. Je le recommande fortement car j'exerce aujourd'hui un métier que j’apprécie et me sens utile à la société. Il n'y a aucune satisfaction à rester chomeur, donc de telles initiatives sont à encourager.

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Laurent

08/04/2016

à 16:25

Bonjour Didier,

Comme certains qui ont déjà répondu j'ai moi aussi bénéficié d'un reskilling en 2012 avec à la clé un emploi dans une grand entreprise. Oui cela fonctionne, non cela n'est pas gratuit. Tout s'est professionnalisé, vous avez raison. La formation pratiquée est nécessairement très intense et d'un très bon niveau. Il faut donc être très motivé, être psychologiquement prêt pour assimiler autant de connaissances en si peu de temps mais aussi savoir développer son adaptabilité tout autant que le travail en équipe et la cohésion de groupe.

Dans une société comme la nôtre où il est de plus en plus difficile de trouver une place professionnelle tout autant que d'évoluer, cette méthode a le mérite de mettre ou remettre rapidement dans le monde du travail les chercheurs d'emploi qui peuvent réussir ce challenge. Restons factuels, les résultats sont là pour le prouver.
Cela représente aussi une économie pour la société aussi petite soit-elle: moins d'indemnités chômage et de coûts indirects liés à cette situation, plus de contribuables qui payent leurs impôts, qui consomment, etc...

Mais au fait, que fait votre société dans le domaine de l'embauche ? Embauche-t-elle des jeunes ou des séniors ? Donne-t-elle sa chance à un candidat motivé ou commence-t-elle par faire une sélection drastique sur CV pour avoir "le meilleur profil" ?

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Shak

08/04/2016

à 16:02

Je sors de cette formation et maintenant en CDI chez CSC en tant que consultant business intelligence depuis pratiquement 1 an, et je peux attester que tout ce qui est dit dans l'article est véridique et peut être justifié.

"dans le commerce depuis 30 ans ..." apparemment vous avez raté un train, voire plusieurs et êtes en retard de plusieurs années.

Bien à vous

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Florence KELHETTER

07/04/2016

à 10:34

bonjour
pour moi en tant que DRH c'est au contraire très concret ...
je pense même qu'en tant que DRH nous sommes nombreux à le faire en interne depuis des décennies un peu comme Monsieur Jourdain nous faisons du "reskilling" sans le savoir et très probablement avant que l'action n'ait trouvé son nom ....
En effet quand nous proposons à des salariés d'évoluer dans un domaine qui n'est pas forcément le leur d'origine, que faisons nous ?????
S'épanouir et progresser dans une entreprise passe beaucoup plus par une adéquation à la culture et aux valeurs de l'entreprise et donc du SAVOIR ETRE que par des connaissances techniques et donc du SAVOIR FAIRE qui évoluent sans cesse ....
Désolée que vous n'ayez jamais croisé le chemin d'un DRH qui agit comme je le décris, pour ma part je suis dans cet état d'esprit depuis plus de 20 ans que je fais du recrutement ....
En interne vous me direz c'est "facile" ... je vous concède bien volontiers que c'est plus aisé mais en tant que DRH/recruteurs nous sommes surtout chargés de trouver des potentiels qui aident à porter les changements et mutations que toutes nos entreprises connaissent depuis fort longtemps mais dont le rythme s'accélère ...
et pour cela il faut bien d'avantage de SAVOIR ETRE que de SAVOIR ou de SAVOIR FAIRE ...

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buiguito

06/04/2016

à 18:52

Pour des cours de grammaire et de conjugaison , faut-il aussi vous contacter?

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buiguito

06/04/2016

à 18:41

Pour des cours de grammaire et de conjugaison , faut-il aussi vous contacter?

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Hugues

06/04/2016

à 14:45

J'aime les gens qui ont tout vu et tout fait... C'est surprenant, amusant... Après tout, ils "savent toujours de quoi il parlent eux"!

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Thomas

06/04/2016

à 13:12

Cher didier,

Je me permets un petit retour d experience car je viens de finir la sélection et entretiens d embauche qui se sont soldés par 4 propositions fermes d entreprises partenaires de ce système. Apres quelques mois de recherches infructueuses je trouve le résultat sans équivoque. Proposer une formation technique sur un métier cible me parait beaucoup plus pertinent que les etudes superieures qui forment a pas grand chose in fine.
Dans le climat economique actuel, nous devrions encourager de nouvelles approches d accés a l emploi pour les entreprises comme pour les candidats.

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Fitec

06/04/2016

à 10:20

Bonjour Monsieur,

Je peux comprendre votre doute sur ce dispositif qui permet un retour à l'emploi rapide. Pourtant c'est une réalité . Nous formons de nombreux candidats chaque années. Je serais de ravie de pouvoir échanger en direct avec vous et de vous présenter nos promotions en cours voir à venir. Nous prévoyons une nouvelle session de recrutement sur des métiers en "tension", vous pourriez, si vous le souhaitez assister à cette journée afin d'en comprendre le fonctionnement, ce sera pour nous l'occasion d'échanger. N'hésitez pas à revenir vers nous .

Cordialement,

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Ana

06/04/2016

à 08:35

Je suis actuellement en poste et en CDI suite à une reconversion professionnel dans le cadre d'une POEI. Donc oui ça existe et oui ça marche! Mon entreprise m'a embauché et m'a formé alors que je ne connaissais ABSOLUMENT rien au métier! Donc non ce n'est pas que du bla-bla comme vous le dites! Avoir beaucoup de motivation peut être suffisant!

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Julien

08/04/2016

à 16:24

Bonjour à tous,

Même situation que Ana. Après un cursus universitaire entier en finance d'entreprises et une expérience professionnelle de 2 ans, j'ai appris le métier de consultant PMO dans le domaine industriel auprès de Fitec.
Bientôt 1 ans que je suis en CDI et pour le moment ça roule. Il est bien de voir que des alternatives au recrutement traditionnel existent en cette période compliqué pour l'emploi.

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why

08/11/2017

à 21:44

Excellent dispositif.
Dommage que les patronymes a consonance africaine soit trop souvent éliminé même en ayant le profil et les compétences requises. fitec très bon dispositif mais réservé comme trop souvent aux caucasiens

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