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Brown-out : que se cache-t-il derrière ce nouveau syndrome qui touche les cadres

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Quentin Velluet

09/11/2016

Les mots barbares pour exprimer le mal-être au travail se multiplient. Après le burn-out et le bore-out, voici le brown-out. Il serait le syndrome de la perte de sens au travail. Illusion ou véritable souffrance ? Cadremploi vous dit tout.

Les êtres humains et les appareils électriques ont une chose en commun. Ils sont parfois victimes de brown-out. Empruntée au domaine de l’électricité, cette expression anglaise désigne pour les appareils électriques, une baisse volontaire ou involontaire de l’intensité pour éviter la surchauffe. Pour les êtres humains, elle exprime une baisse de l’engagement, résultat d’une perte de sens au travail. Ceux qui en sont victimes travaillent sans se préoccuper de la qualité de ce qu’ils fournissent et démissionnent mentalement de leur poste en se désengageant pour se protéger et éviter d’atteindre le stade du burn-out. C’est l’anthropologue américain David Graeber qui a développé en premier le concept dans un article paru dans la revue britannique Strike! en 2013. Il explique que le progrès technologique, à défaut d’avoir réduit le temps de travail hebdomadaire, a fini par créer plus de tâches et plus de métiers inutiles. Les premier touchés selon lui, sont les cadres dans l’industrie, les PDG ou encore les avocats d’affaires, sur qui il a basé son étude. Mais parler de brown-out en soi a-t-il vraiment du sens ?

 

Burn-out, bore-out ou brown-out : quelles différences ?

Burn-out, bore-out, brown-out… Ces mots viennent vulgariser des travaux sur lesquels psychologues et chercheurs en management planchent depuis longtemps. « Il n’y a rien de nouveau dans le phénomène du brown-out. Ne pas trouver de sens à son travail a toujours existé, encore plus au temps où la robotisation n’avait pas soulagé l’Homme des tâches répétitives », explique Jean-Denis Budin, directeur fondateur du Credir, une association qui accompagne les professionnels dans leur phase de transition.

Contrairement au bore-out, qui exprime l’ennui par sous-charge de travail, le brown-out est la perception d’un travail dénué de sens. En découle une certaine lassitude ou un cynisme de celui ou celle qui en est victime. À l’inverse du burn-out, il n’est pas un état de crise et ne se manifeste pas de façon violente sur le plan psychique ou physique. En revanche il toucherait bien plus de personnes. Une étude publiée par Corporate Balance Concepts, menée auprès de 1 000 dirigeants américains a conclu en 2013 que 40 % d’entre eux souffraient de brown-out.

>> À lire aussi : Votre métiers vos passionne ? Vous n'êtes quand même pas à l'abri d'un burn-out

Comment se manifeste-t-il ?

Le quotidien britannique The Telegraph listé dix comportements et sentiments qui vivent et ressentent les personnes en brown-out :

  • Vous travaillez sans pour autant éprouver d’intérêt pour ce que vous faites. Le travail en lui-même est une corvée et ne vous stimule pas intellectuellement.
  • Vous avez l’impression que votre to-do-list ne réduit jamais et qu’il y a toujours plus à faire.
  • Vous ne prenez plus en main votre carrière ni ne faites de décisions importantes pour vous-même.
  • En réunion, vous contribuez au minimum et voyez d’abord les risques plutôt que les opportunités.
  • Vous avancez toutes les excuses possibles pour les éviter.
  • Vous vérifiez vos mails dès le réveil et avant de dormir. Vous êtes collé à votre smartphone le week-end et même en vacances ou entre amis.
  • Vous souffrez physiquement. Vous n’êtes plus en forme, vous mangez gras, ne dormez pas assez et avez abandonné le sport.
  • Vous avez perdu votre sens de l’humour et tendez vers un comportement passif agressif. Si quelqu’un (au travail ou ailleurs) vous demande comment vous allez vous avez tendance à répondre de manière monosyllabique.
  • Votre vie de famille n’est plus ce qu’elle était. Vous rentrez le soir pour regarder la télévision et montrez peu d’intérêt pour votre époux ou votre épouse et vos enfants. Vos relations amicales s’étiolent et vous ne vous y intéressez plus.
  • Vous ne détestez pas vos boss, mais selon vous ils sont colériques et imprévisibles. Vous ne savez jamais s’ils vont apprécier ou non votre travail.

Un syndrome, mais des causes qui peuvent varier

Si vous en êtes arrivé là c’est que vous avez peut-être été victime d’une erreur de casting. En d’autres termes vous occupez un poste pour lequel vous n’êtes tout simplement pas fait. Dans ce cas, le recruteur et vous-même êtes fautifs. Le recruteur parce qu’il vous a mal jugé. Vous-même parce que vous avez mystifié le poste ou avez forcé votre enthousiasme pour être recruté à tout prix.

Chez d’autres, la cause du brown-out relève plutôt d’une négligence du corps : « Le brown-out mais aussi le burn-out, sont causés principalement par une mauvaise hygiène de vie », avance Jean-Denis Budin. Selon lui, le sommeil, primordial pour la récupération du corps et de l’esprit, est négligé par les personnes en brown-out : « Avec l’arrivée des tablettes et autres smartphones, on assiste à une hyperactivité numérique chez certains. S’ils sont utilisés jusqu’au moment du coucher, ces outils peuvent court-circuiter les cycles du sommeil », analyse-t-il. Et mener in fine vers un manque de récupération pendant la nuit, qui peut jouer sur l’humeur du lendemain.

>> Voir aussi : Cet été 77 % des cadres sont restés accros à leurs mail pro

Dans d’autres cas, le brown-out et le burn-out résultent d’une apnée du sommeil, syndrome trop peu diagnostiqué, qui touche 5 à 7 % de la population française* : « Elle pollue la phase du sommeil qui traite la mémoire émotionnelle », résume le fondateur du Credir. Les émotions de la journée sont ainsi mal traitées, ce qui selon les travaux de Gary Fireman, médecin et chercheur à l’université de Suffolk à Boston, peut entamer notre créativité et jouer sur notre capacité à percevoir les choses sous un jour nouveau. De quoi rester coincé dans une frustration certaine.

Il y a enfin des causes extérieures. Le travail lui-même s’est transformé et a vu apparaître l’instauration d’une dimension commerciale et/ou managériale dans des professions techniques : « L’ingénieur qui travaillait autrefois dans un bureau d’études sans trop de relations interprofessionnelles n’existe plus. Aujourd’hui, il doit aussi gérer la gestion d’un budget ou la prospection client », illustre Philippe Zawieja, chercheur associé à Mines ParisTech et auteur d’un Que Sais-je sur le burn-out. Des personnes autrefois expertes sur leur domaine se retrouvent à gérer d’autres domaines plus éloignées de leur cœur de métier. Parallèlement, l’évolution professionnelle rime désormais avec responsabilités managériales. Plus on est haut dans la hiérarchie plus la gestion de l’humain prends le pas sur l’expertise métier. C’est pourquoi il faut être vigilant quand on propose ou que l’on accepte une promotion : « Le désavantage, c’est de devoir assumer les autres et d’être obligé de gérer des dossiers qui n’entrent pas dans la définition des fonctions », analyse Philippe Zawieja. Le risque ici, est d’être à la fois débordé par le travail et influencé par les plaintes des autres.

Comment en sortir ?

Dans la plupart des cas, le brown-out est un mal relevant de la perception. Comme solution, Philippe Zawieja préconise un changement radical : « Une promotion, une démission ou un changement de poste dans l’entreprise », conseille-t-il. Autant de choix permettant d’intégrer un environnement nouveau et inconnu mais qui ne garantit pas une rechute quelques années plus tard.

Des cadres, choisissent une alternative encore plus radicale en reconvertissant dans l’artisanat : « Les dimension de temps, d’engagement corporel dans le produit créé et l’exigence de qualité séduisent les cadres », explique le chercheur. Mais là aussi, être artisan c’est s’assumer comme une petite entreprise et donc gérer des tâches complètement extérieures au métier au risque de retomber dans la spirale du manque de sens. Finalement, le remède parfait pour se soustraire du brown-out serait le même que celui qui soigne la lassitude : éviter la routine en préférant le changement.

Retrouvez également notre dossier sur le burn-out

*Donnée Inserm.

17

commentaires

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robert

05/12/2016

à 15:51

la satisfaction au travail est fonction de nombreux facteurs sur lesquels la gestion des ressources humaines peut agir : La multitude d'expérimentations et de pratiques empiriques en entreprise, s'accordent pour conclure que la satisfaction au travail est basée sur toute une série de conditions de travail favorables : http://www.officiel-prevention.com/formation/formation-continue-a-la-securite/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=139&dossid=464

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Coach4

24/11/2016

à 11:47

Merci pour cet article qui permet de mieux comprendre sa situation lorsqu'on s'y trouve et de déculpabiliser un peu aussi. Il existe des solutions très concrètes pour s'en sortir, évoluer et passer au-dessus des blocages !

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DASSONNEVILLE VERONIQUE

22/11/2016

à 14:58

Nous assistons à une transformation radicale de la société et plus particulièrement de l'emploi.
Toute cette analyse est exacte, percutante, mais ce que les dirigeants et les individus ne veulent pas voir, c'est que la vraie source du problème c'est d'abord soi, c'est chaque personne, à tous les échelons de la société. Il s'agit de la mauvaise image que nous avons de nous-mêmes, le refus de se remettre en question qui souvent nous fait rejeter la faute sur l'autre et rajoute de la frustration et de la jalousie. D'où cela vient-il ? Nous subissons dès l'enfance un mal bien français : le manque de reconnaissance. C'est le défaut de notre éducation où dans toutes les strates nous ne savons pointer que ce qui ne va pas. Voilà pourquoi, au pays où nous avons tout pour réussir, nous restons parmi les plus gros consommateurs d'anti-dépresseurs dans le monde.

Et aujourd'hui, on nous parle de bonheur au travail. Pour y arriver, il faut commencer par accepter de s'arrêter sur son image individuelle, changer cette fausse perception que nous avons de nous. Si elle est mauvaise, nous projetons des ondes négatives et nous sommes démotivés, démoralisés, voire dépressifs comme le montre l'article.

Pour résoudre certaines causes de ce mal-être ambiant, avant toute décision de changement de cap, je vous propose un moyen simple, rapide et efficace : VERIMAGE ! Ce n'est pas une publicité, c'est la réalité de mon accompagnement dans le conseil en image. Il est différent, plus profond que l'unique mise en valeur de son look. Mes prestations sur mesure permettent à chacun de retrouver la confiance en soi, de prendre les rênes pour choisir qui l'on veut être et donner du sens à sa vie.
Citation de GANDHI : « Sois le changement que tu veux voir dans le monde ! »

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cafesphilo

22/11/2016

à 14:48

Le Brown Out résulterait d'un manque de sommeil ?? Pour retrouver le sens de votre travail, améliorer votre sommeil ! après tout, ça ne mange pas de pain.

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Le bonze

18/11/2016

à 14:54

Résilience, seul terme à avoir en tête en entreprise.

Ne nous cassons pas la tête, ne nous creusons pas le cerveau à vouloir savoir le pourquoi du comment. Nos supérieurs n'en savent pas plus mais feignent d'avoir la science infuse et l'autorité.

COOL, ZEN.

Laissez couler.

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En réponse à Le bonze

Belard, Gilles, Voltaire

19/11/2016

à 12:48

Oui absolument :-)

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Bobby

18/11/2016

à 08:08

Mythifié, pas mystifié.

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Laurence Sirjacobs

17/11/2016

à 15:14

Aujourd'hui, force est de constater que beaucoup de personnes sont touchées par le brown-out, sans forcément basculer dans le burn-out.

Certaines entreprises ont bien intégré les conséquences et enjeux de la souffrance au travail, elles ont mis en place un plan d'action visant à attirer, retenir et fidéliser les collaborateurs. Le point de départ ? S'assurer des « bons recrutements » de concert avec les équipes en place, le management et les RH, puis définir les leviers de motivation monétaires et non-monétaires.

L'entreprise doit maintenir la cohérence entre les discours et les actions, ses valeurs et son fonctionnement, essentiels pour retenir les collaborateurs représentant le premier capital de l'entreprise !

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Jean

16/11/2016

à 08:29

Oups, je colle à sept des dix symptômes, il temps de faire quelque chose...

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Thierry

15/11/2016

à 17:54

Un sujet qui touche probablement bien de plus de personnes que l'on pense mais qui reste d'une certaine manière tabou.
Car aborder le sujet du burn-out ou du brown-out peut être perçu comme un aveu de faiblesse par sa hiérarchie. C'est peut être aussi une des raisons pour laquelle le sujet n'est pas toujours abordé, pour se mettre à l'abris de collègues ambitieux qui en pourraient en profiter pour vous écarter de leur chemin...

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En réponse à Thierry

MELON Danielle

16/11/2016

à 13:08

C'est tellement vrai !!

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En réponse à Thierry

cat

15/11/2016

à 22:16

"le collègue ambitieux..." qui pourrait être à l'origine de votre mal être : le supérieur qui vous déprécie, avec son sourire mielleux, qui vous amène à douter de vos propres capacités, avec ses paroles doucereuses, qui vous oublie dans l'agenda des réunions importantes, avec ses excuses faussement embarrassées, qui réitère ses manœuvres avec une belle discrétion, trois mois de ce traitement et tout se dérobe. Les collègues qui vous apprennent que d'autres ont souffert avant vous mais tous ont choisi le silence... Partir, fuir, sauver sa peau ! Pathologie de l'individu ou dérive de management ?

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En réponse à Thierry

madeleine

15/11/2016

à 21:04

c'est vrai, pour avoir eu cette expérience de Burn-out, il y a 12ans, C’était tabou, et surtout on ne savais pas ce qu’était cette maladie, (mème dans les hôpitaux). c’était incompréhensible et un aveu de faiblesse par et pour ma hiérarchie.

mais aujourd'hui, j'ai pu constater autour de moi que cela était beaucoup mieux compris et accepte par des hiérarchies jeunes (35 ans et moins ) .Ils ont acquis un certaine culture, plus évoluée, de l'entreprise .Ils ont une certaine notion du savoir (ou vouloir ) être ou vivre .
Ce qui n'est pas le cas des hiérarchies plus âgée ayant le culte de la jeunesse , de l’immortalité,du pouvoir sous toutes ses formes , et de la sécurité matériel.

En 10 ans, le monde de l'entreprise a évolué extrêmement vite , faisons confiance aux futurs générations de dirigeant.
Les nouveaux mouvements solidaires et sociaux vont bousculer les codes humains ,même dans l'entreprise, qui est souvent le reflet de notre société .

Il faudra que nos super hiérarchies ne loupent pas ce virage , ils seront vites dépasses.(auront ils les yeux suffisamment tourner vers l'avenir et non pas vers l'acquis? , tout est une question de notion de protectionnisme et de survie,,,)

alors soyez MODERNE et AVANT-GARDISTE!!! ,prenez des risques -c'est en parlant et en dénonçant que les choses évolues et changes

il ne faut jamais avoir peur de parler du Burn/brown ....out dans son entreprise . Cela démontre en générale de mauvaises méthodes de management . nous avons tous notre place pour s’épanouir dans son entreprise , il suffit parfois d'avoir un entretient pour repenser son positionnement . cela permettra a d'autres de mieux vivre aussi , redonnera une dynamique à votre travail et à l'entreprise.
c'est démontrer pas les experts en coaching

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evver

15/11/2016

à 15:51

Merci pour cet article clair/pédagogique qui permet :
1) de mettre des mots sur les "maux" au travail (mal-être lancinant)
2) d'aller plus loin en proposant des pistes d'action.

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Claire de la Th

15/11/2016

à 14:33

Un article très actuel. Ce partage redonne le courage de changér et donne de la distance au problème.

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En réponse à Claire de la Th

isabelle

15/11/2016

à 22:25

merci pour cet article qui redonne courage effectivement

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En réponse à isabelle

jymy

16/11/2016

à 00:16

Très intéressant et très actuel.j'en trouve certaines explications à ma situation personnelle.Cela permet de donner du sens et des pistes de solutions a ce que l'on ressent.
Merci

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