Passées à la semaine de 4 jours payée 5 jours, ces entreprises ne le regrettent pas

Sylvie Laidet

REDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL - Travailler moins pour gagner autant, est-ce que ça marche dans la durée ? Et faire le même boulot en moins de temps, est-ce que ça a des inconvénients pour les salariés ? Voici deux entreprises françaises qui étaient déjà passées à la semaine de 4 jours sans baisse de salaire l’an passé, et deux autres qui viennent de la mettre en place en 2021. Les unes font le bilan de cette répartition révolutionnaire du temps de travail et les autres expliquent pourquoi elles ont basculé.
Passées à la semaine de 4 jours payée 5 jours, ces entreprises ne le regrettent pas

LDLC passe ses salariés à 32 heures hebdo sur 4 jours

Laurent de la Clergerie

L’activité : acteur du commerce informatique et high tech. Soucieux de soutenir la lutte contre le dérèglement climatique, le groupe vient de verser 200 000 euros au fonds non lucratif Time for the Planet.

Quel est le jour off ? Depuis le 25 janvier 2021, les salariés de LDLC ne travaillent plus que 4 jours sur 5. Un jour « off » qu’ils ont déterminés en fonction de leurs besoins et des impératifs de service.

J’ai la conviction que sur 4 jours on est dans de meilleures conditions qu’en travaillant 5 jours. Cela permet à chacun de prendre les rendez-vous qu’on n’arrive jamais à caler, de faire des courses, du sport ou des tâches du quotidien.
Laurent de la Clergerie, président fondateur du Groupe LDLC, à l’origine de ce changement interne de paradigme.

Comment compenser ? « Le contrat de 32 heures n’existe pas en France, il y avait un risque de réduire les retraites des employés, j’ai donc été contraint de mettre tout le monde à temps partiel en augmentant le taux horaire », explique le président de LDLC à nos confrères du Figaro.

Chez IT Partner, 4 journées de travail plus longues mais 47 jours off

 L’activité : ESN, société spécialisée dans l’infogérance et la prestation de services informatiques.

Abdénour Ainséba

Quel est le jour off ? En place depuis janvier 2021, la semaine des 4 jours n’impose pas de jour "off" fixe. Les salariés sont passés de 35 heures à 32 heures hebdomadaires après la signature d’un accord collectif. Ils auront surtout 47 jours de repos supplémentaires par an, en contrepartie d'un allongement de la durée de travail de 30 minutes par jour. 

Cela nécessite d’aller à l’essentiel. C’est un challenge pour tous mais je pense qu’au final, chacun va faire plus et mieux avec davantage de bien-être et d’engouement.
Abdénour Ainséba, fondateur de l'entreprise, à nos confrères de Brefeco.

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Yprema, un pionnier satisfait de la semaine de 4 jours depuis… 23 ans

L’activité : entreprise industrielle écolo spécialisée dans le recyclage de matériaux de déconstruction .

 

Le jour off est tournant et les postes sont polycompétents

 

C’est en 1997 que cette petite entreprise industrielle passe 80 % de ses employés à 35 heures sur 4 jours. A l’époque, la loi de Robien permet aux entreprises de réduire le temps de travail des salariés en contrepartie d’allègement de cotisations pendant 7 ans. Banco, les collaborateurs de la PME francilienne, pionnière dans ce qu’on n’appelait pas encore l’économie circulaire, se mettent alors à bosser 8h45 par jour… sur 4 jours par semaine.

Quel est le jour « off » ?

Pas question de fermer la société le lundi, ni n’importe quel autre jour de la semaine. L’entreprise reste ouverte toute la semaine, mais le jour « off » est tournant. Certains sont absents le vendredi, d’autres le mercredi, etc.

Susana Mendes

Comment compenser ?

« Pour optimiser les absences, nous avons mis en place des postes « polycompétents ». Des salariés ont été formés afin d’être capables d’assurer 4 postes différents sur une semaine. Sur les fonctions support, on est organisé en binôme avec des jours de repos différents », détaille Susana Mendes, secrétaire générale d’Yprema.

Les commerciaux, tenus par un engagement qualité de répondre aux clients dans la demie journée, sont passés à la semaine de 4,5 jours (+10 jours de congés supplémentaires). Idem pour la direction.

Quel bilan ?

23 ans après ce passage aux 4 jours hebdo, pas question de faire machine arrière. L’entreprise tourne au final 5 jours, 44 heures par semaine. Les salariés ont gagné en compétences afin de pouvoir assurer en l’absence de leur binôme et profitent d’un jour de repos supplémentaire. Et last but not least, ils se déplacent moins donc ils participent à réduire les émissions de CO2. Une boîte verte et vertueuse, qui dit mieux ?

 

Voir aussi

- une interview de Susana Mendes dans l'émission BSmart du 13 novembre 2020

- une video sur la semaine de 4 jours produite par Yprema en février 2021

Chez Love Radius, on passe 4 mois par an à 4 jours par semaine

L’activité : TPE fondée à Paris en 2007, spécialisée dans le porte-bébé physiologique.

On ne travaille pas le vendredi de mai à fin août.

 

Quel est le jour off ?

En ce moment, vous pouvez encore joindre les salariés de cette PME toulonnaise le vendredi, mais cela ne pas durer. De mai à fin aout, les 20 collaborateurs de Love Radius, spécialiste dans la vente de porte-bébés, passent en mode estival et ne travaillent pas le vendredi. A eux le rythme idéal de 4 jours de boulot, et 3 jours de repos. Le tout sans perte de salaire.

Olivier Sâles

Pourquoi ce choix ?

Une aubaine qui est en effet un peu le fruit du hasard. « A la faveur d’un mois de mai riche en ponts, j’avais l’impression que ces semaines raccourcies étaient compliquées à vivre pour les salariés obligés de faire le même boulot en moins de temps. Or, leur retour était positif. Ils s’étaient organisés pour absorber le volume de travail sur moins de jours », se souvient Olivier Sâles, PDG de Love Radius. Et les collaborateurs en redemandaient. Après avoir épluché la littérature sur cet épineux sujet de la réduction du temps de travail avec maintien de salaire, le boss décide d’étendre cette néo-organisation de mai à fin août.

Comment compenser ?

« Concrètement, les salariés s’auto régulent. On fait moins de pauses, on est plus concentrés sur le résultat, donc la productivité augmente, etc. Et le vendredi, c’est repos pour tous. Un réel principe d’égalité », détaille-t-il.

Les changements d’organisation adoptés

Pour pérenniser cette organisation, Love Radius a dû veiller au fractionnement des tâches à l’échelle de la semaine. Et ce, afin que chacun puisse quitter l’entreprise le jeudi soir, avec le sentiment du devoir accompli. En termes de management, ce système impose des réunions moins fréquentes mais plus denses. « Avant chaque passage à la semaine de 4 jours, je fais une piqure de rappel sur cette période particulière de l’année afin que chacun anticipe bien la modification de sa propre organisation », souligne-t-il.

Et pourquoi pas toute l’année ?

Satisfait de ce processus émanant de son équipe, Olivier Sâles n’entend pourtant pas le généraliser aux 8 autres mois de l’année. « On perdrait ce contraste entre les périodes. Et ce serait dommage. Travailler un 5ᵉ jour par semaine nous donne du temps pour prendre du recul sur certains dossiers, de solder notre to do list… On respire », argumente-t-il.

Donner du temps plutôt que de l’argent

Au final, ce système permet à la vingtaine de salariés de profiter de 17,3 jours de temps libre en plus durant lesquels ils sont en fait dispensés de boulot. « Un avantage hyper concret», ajoute-t-il. Et une alternative à de la reconnaissance financière. Ce dirigeant qui détonne dans le paysage économique français reconnait que de toute façon, son entreprise n’aurait pas les moyens de payer des primes et surtout les charges sociales qui s’y rapportent. Cette semaine des 4 jours tombe donc à point nommé.

A étudier et à partager sans modération si votre employeur réfléchit à répartir différemment le temps de travail pour ses employés et cadres…Ou si vous cherchez à changer de vie.

Article publié

Ça y est, la semaine de 4 jours est en test en Espagne

L’Espagne vient de sauter le pas et devient ainsi la pionnière mondiale dans la semaine de 4 jours de travail. Malgré la crise, le gouvernement de Pedro Sánchez vient d’approuver un projet pilote qui permettra aux entreprises qui le souhaitent de mettre en place la semaine de 4 jours, soit 32 heures de travail hebdomadaire réparties sur quatre jours. Ce projet test concernera environ 200 entreprises (entre 3000 et 6000 salariés) qui recevront environ 250 000 euros chacune pour couvrir les frais occasionnés.

En France, on n’en est pas encore là dans les entreprises, ni dans les négociations entre partenaires sociaux. En revanche, les Français semblent prêts à franchir le pas. Selon une étude Citrix, 84% des Français choisiraient volontiers la semaine de 4 jours si on la leur proposait. Et 71% seraient d’accord uniquement si le niveau de salaire était maintenu. Eh oui, sinon, cela reviendrait à faire du temps partiel.

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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