Cet été, 77 % des cadres français sont restés accros à leurs mails pros

Publié le 11 août 2016 Quentin Velluet

Une large majorité de cadres Français reste connectée à sa boîte mail pendant les vacances. Une hyperconnexion qui n’est pas sans dangers. Explications.
Cet été, 77 % des cadres français sont restés accros à leurs mails pros

Au rayon addiction, il y a la cigarette, l’alcool, la drogue… et maintenant les mails pros. Selon une récente étude menée par l'Ifop, en France, 77 % des cadres déclarent consulter leurs mails, SMS ou appels professionnels pendant leurs vacances*. Parmi eux, près d’un tiers le font régulièrement. Mais cela n’a rien d’anodin. Car le stress chronique entraîné par cette surconsommation des outils numériques peut avoir des conséquences lourdes sur la santé physique et mentale des salariés.

Les raisons d’une addiction

Plus d’un Français sur deux est actuellement équipé d’un smartphone**. Entre l’Internet du bureau, la 4G dans la rue et le wifi domestique, c’est dire si les Français sont des hyperconnectés en puissance. Ainsi stressés par de nombreuses sollicitations technologiques et l’instantanéité des communications, plus de la moitié des cadres qui déclarent continuer de consulter leurs messages professionnels en vacances le font principalement pour s’assurer que tout se passe bien en leur absence – ah ce fameux besoin de sentir indispensable. Et 31 % dans le but d’éviter d’être débordés à leur retour, mais l’étude ne dit pas si la pratique est efficace.

Quand bien même ils consulteraient leur smartphone pour autre chose que le travail, une étude parue en 2013*** a conclu que nous consultions nos petits écrans 150 fois par jours en moyenne. Partant d’un tel constat, un mail pro ou un sms de collègue peut difficilement passer à la trappe…

>> À lire aussi : Pourquoi vous n’arrivez pas à déconnecter de votre travail

Conscience des dangers psychiques

Comme sous l’emprise d’une véritable addiction, les cadres ont donc du mal à décrocher de leurs communications professionnelles. Ils sont néanmoins bien conscients que cette pratique leur est néfaste : 82 % concèdent que c’est une source de stress pour eux et d’agacement pour leurs proches.

Le problème c’est qu’un stress qui perdure est un stress chronique qui, à terme, peut s’exprimer physiquement, psychologiquement et même intellectuellement. Les conséquences sont connues et définies par les études de l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS) : maladies cardiovasculaires, hypertension, cholestérol, troubles musculosquelettiques ou encore dépression… Chacun réagit à sa manière. Certains choisissent l’évitement et demandent un changement de poste ou partent en arrêt maladie. D’autres expriment leurs émotions sans retenue : colère, crises de larmes ou agressivité. Les derniers réagissent mieux et cherchent des solutions par eux-mêmes ou en sollicitant leurs collègues.

Un droit à la déconnexion qui prend tout son sens

C’est peu de dire que le droit à la déconnexion inscrit récemment dans la loi travail est donc le bienvenu. Il oblige les entreprises à négocier en interne des accords organisant la déconnexion des salariés sur leur temps de repos et pendant leurs congés. Les employeurs sont incités au minimum à promouvoir les bonnes pratiques en matière d’utilisation des outils numériques hors contexte professionnel et au mieux à installer un système coupant l’accès aux mails et autres communications après les heures de travail, comme le fait Volkswagen depuis 2011. Un bon début pour la prévention des risques humains de l’hyperconnexion. Mais du côté des salariés, rien dans la loi n’impose vraiment aux accros de décrocher.

Et vous, vous sentez-vous obligé de consulter vos mails pros en vacances ? Votre employeur vous incite-t-il à la déconnexion ? Racontez-nous en commentaire !

 

*Enquête Ifop pour Securex, menée en ligne du 11 au 13 mai 2016 auprès d’un échantillon de 1001 personnes représentatif de la population cadres âgée de 18 ans et plus.

**Enquête Crédoc 2015 pour l’Arcep sur la diffusion des Techniques de l’information et de communication (TIC) en France.

***Kleiner Perkins Caufield & Byers annual Internet Trends report, 2013

Quentin Velluet
Quentin Velluet

Vous aimerez aussi :