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Chômage : les allocations des cadres plafonnées à la baisse, sauf celles des séniors

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Sylvia Di Pasquale

30/04/2019

La ministre du Travail a confirmé ce matin l’abaissement du plafond d’indemnisation des cadres au chômage, à l’exception des séniors. Il ne sera bientôt plus possible à un cadre de toucher jusqu’à 7700 euros bruts d’indemnités mensuelles s’il perd son emploi. Pour l’heure, Muriel Pénicaud n’a précisé ni l’âge des séniors épargnés, ni le nouveau plafond, ni la date du premier coup de rabot. Décryptage d’une mesure encore floue.

C’était l’une des deux pistes envisagées par le gouvernement Philippe et étudiées depuis février dernier pour réduire le déficit de l’assurance chômage. Le législateur devait choisir entre l’abaissement du plafond ou la dégressivité. La première mesure tenait la corde, et elle l’a emporté. Comme nous l'évoquions en février dernier :

>> Les allocations chômage des cadres sont-elles menacées ?

On se rappellera aussi le ballon d’essai, lancé en mode provocation par un député proche d’Emmanuel Macron en août dernier :

>> Limiter les allocations chômage des cadres : efficace ou démagogue ?

 

Un choix moins risqué

C’est que d’une part, la dégressivité risquait d’être retoquée par le Conseil constitutionnel, seul gardien des lois, puisqu’en France, un texte doit concerner tout le monde ou personne. D’autre part, l’abandon de la dégressivité est aussi lié à des raisons purement politiques : il est plus aisé de se mettre à dos 15 % des salariés (les cadres) que l’ensemble des actifs.

Fin du faux suspense, donc. Muriel Pénicaud vient d’annoncer dans une interview donnée aux Echos ce matin, que les indemnités chômage des cadres seront très bientôt davantage plafonnées. L’objectif étant d’inciter les hauts salaires qui préfèreraient se la couler douce entre deux emplois, à reprendre rapidement le chemin du bureau, tiraillés par un besoin urgent d’argent.

Rappelons que les droits à indemnités chômage étaient jusqu’à présent limitées à 7 700 euros brut par mois. Un plafond qui ne concernaient que 0,03% des indemnisés selon l’Unedic. Pas des millions de chômeurs donc, et une faible économie réalisée au final.

 

Des chômeurs plus rares

Mais dans ce cas, pourquoi viser les cadres en particulier ? Parce qu’ils subissent moins le chômage que les autres catégories, estime la ministre du Travail, rappelant que le taux de chômage des cols blancs ne s’élevait qu’à 3,8 % en 2017. En sous-texte, la ministre sous-entend qu’ils sont déjà privilégiés, donc autant ne pas leur faire de cadeau.

« L’assurance-chômage est un filet de sécurité entre deux emplois. Le but, c’est que cette période soit la plus courte possible. Or, plus l’indemnisation est haute dans un contexte de plein-emploi et plus la durée d’indemnisation s’allonge », explique Muriel Pénicault dans Les Echos.

 

L’exception « séniors »

Néanmoins, ce taux de chômage étant plus élevé chez les cadres plus âgés, « il y aura une mesure pour les hauts revenus qui tiendra compte de l'âge », précise la ministre.

Cette prise en compte de « l’exception séniors » fait écho à celle d’Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse du 25 avril dernier, dans laquelle il n’ignorait pas les difficultés des seniors à rester en activité aussi longtemps qu’ils le voudraient. Dans de nombreux secteurs, les quinquas et plus, sont ignorés des plans de recrutement. Dès lors, il paraît juste d’épargner les plus âgés des cadres qui retrouvent moins facilement un emploi que les autres.

Pas de précision pour le moment sur l’âge des « séniors » concernés par cette mesure. Est-ce 45 ans comme il est mentionné dans le droit de la formation professionnelle ? Un âge qui correspond également aux critères souvent en vigueur pour être traité de senior. Et pourquoi pas fixer cet âge à 23 ans comme c’est le cas de nombre de sportifs de haut niveau ?  Pour l’heure, il n’existe aucune définition juridique du sénior. Cette nouvelle mesure aura au moins le mérite de l’établir clairement.

 

Les cadres fournissent 42 % des ressources de l’assurance chômage et ne consomment que 15 % des allocations.

 

Une mesure pertinente ?

Pour juger de la pertinence d’une telle décision, deux avis s’affrontent :

-          Ceux qui espèrent « la fin des abus »

La mesure annoncée par Muriel Pénicaud vise les jeunes cadres qui abusent des largesses du système, estime Emmanuel Lechypre, journaliste chez BFMBusiness. Il raconte : « Le patron d’un cabinet de conseil me racontait récemment qu’à l’issue des entretiens annuels, malgré les primes équivalentes à une année de salaire et les augmentations accordées, certains consultants lui avaient demandé une rupture conventionnelle pour pouvoir profiter d’une période de chômage. »

Combien sont-ils dans ce cas ? Les chiffres ne sont pas connus mais rappelons que 0,03% des indemnisés perçoivent le plafond de 7 700 euros bruts par mois.

 

-          Ceux qui parlent de « spoliation » des cadres :

Pour les ralliés à ce camp, on est dans un système assurantiel défaillant. Un système qui ne respecte pas le contrat initial : celui qui, moyennant cotisation, permet d’en toucher les subsides le moment venu, sans que les règles en soient changées en cours de route. Céline Antonin, économiste à l'OFCE ne dit pas autre chose dans l’émission Les Experts sur BFMBusiness « On a tendance à dire qu’on est trop généreux en France, sauf qu’il faut rappeler que les indemnités chômage des cadres sont la contrepartie de cotisations ».

De plus, le système actuellement en vigueur faisait des cadres de gros contributeurs au système d’assurance chômage mais de petits profiteurs. C’est que, selon les estimations de 2017 – les dernières en date du syndicat CFE-CGC –, les cadres contribuent à hauteur de 42 % du total des cotisations chômage alors qu’ils n’en consomment que 15 % lorsqu’ils sont au chômage.

 

 

Ceux qui en profitent le moins en profiteront encore moins.

 

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