Coronavirus : 4 témoignages de cadres qui continuent de travailler pendant le confinement

Publié le 27 mars 2020 Sylvie Laidet

TÉMOIGNAGES - Pendant le confinement, ces cadres nous racontent leur quotidien. Dans l’Ain, Emmanuel a réorganisé la production pour fabriquer des flacons de gel hydro-alcoolique. Pour l'agroalimentaire, François manage en télétravail une équipe de 10 commerciaux. Dans son agence de voyage, Jeanne gère le rapatriement en urgence des clients et les annulations. Dans son fablab de Montreuil, Darko ouvre ses locaux pour que les artisans puissent continuer de fabriquer.
Coronavirus : 4 témoignages de cadres qui continuent de travailler pendant le confinement

Emmanuel Perrier, responsable d’atelier Plastiques Verchère

Cela fait déjà deux semaines que la petite entreprise Verchère redouble d’efforts pour fabriquer des flacons. Pas n’importe lesquels. Ceux qui renferment le gel hydro-alcoolique tant utilisé. « A la demande d’un client, nous avons lancé la production de flacons en 75 ml et 100 ml avec bague spéciale 24415 », indique Emmanuel Perrier, responsable de 11 personnes dans l’atelier. « Nous avons retrouvé les moules fabriqués pour l’épidémie de H1N1 et les avons adaptés à nos machines actuelles ». Pour apporter ces modifications, l’entreprise s’est appuyée sur des partenaires. Une affaire réglée en moins de deux jours.

Depuis, l’atelier tourne à plein régime avec quatre machines contre une seule en temps normal. Les chefs d’équipe, opérateurs et magasinier se relaient, font les 3-8. Ils produisent 300 000 flacons par semaine répartis entre le client à l’origine de la commande, des pharmacies et même des pompiers.

« Nous travaillons 6/7 jours. Toute l’entreprise est mobilisée et s’équipe de gants, utilise du gel et des produits hydro-alcooliques ». Pour fournir les flacons dans les temps, l’équipe n’hésite pas à retarder certaines livraisons pour pallier à l’urgence de la crise sanitaire. La production ne risque pas de s’arrêter. « Enfin, tant que nous disposons des bouchons dénichés chez un fournisseur français », glisse le responsable d’atelier, « la plupart sont produits en Chine et les délais de mise à disposition sont beaucoup trop longs. » S. K.

François, directeur commercial dans une société agroalimentaire pour la GMS

François est passé en télétravail trois jours par semaine dès le 16 mars. Il gère à distance une équipe de 10 commerciaux et comptes-clés. Une nouvelle organisation a été adoptée au sein de cette société spécialisée dans l’importation de biscuits, confitures et confiserie pour la grande distribution. L’équipe de 10 commerciaux et comptes-clés sont priés de travailler chez eux. Les autres salariés – une administratrice des ventes, 2 comptables et 4 manutentionnaires – restent dans les locaux. Tous bénéficient de gants et de flacons de gels hydro-alcoolique, en attendant la possibilité d’acheter des masques.

La direction décide que François alterne télétravail et présence sur site. « Par chance, tous les contrats annuels se terminent le 28 février et ont donc été renouvelés avec les enseignes de la grande distribution », commente François.

Pour le moment, l’activité de la société, qui touche près de 600 points de vente, n’est pas plus soutenue. En attendant, le directeur commercial se concentre sur l’avenir, à savoir comment compenser la baisse du chiffre d’affaires. Il passe son temps au téléphone et à envoyer des emails.  « Je liste de nouveaux produits, les projets en cours à concrétiser avec les category managers. Ces derniers répondent évidemment moins vite que d’habitude ». Parallèlement, il chapeaute les commerciaux, leur donne des directives. « La situation se complique pour eux car les magasins refusent qu’ils se rendent sur le terrain. La vente directe est mise à mal ». Il va falloir redoubler d’efforts et d’optimisme. Mais comme le souligne François : « Nous vendons de l’alimentation plaisir ce ne sont pas des produits de première nécessité. Si la crise dure, en revanche, les consommateurs auront envie de se faire plaisir ». SK

 

Jeanne, directrice d’un réseau d’agence de voyages pour un voyagiste

Entre gestion du rapatriement en urgence des clients et annulation des voyages, Jeanne est bien occupée. Et ce n’est pas terminé. Fin février, le ministère des Affaires étrangères recommande, sur son site, aux ressortissants français de limiter les déplacements non obligatoires. « Nous avons commencé à fermer des destinations au compte-goutte : Chine, Italie du Nord, Russie et Singapour », raconte Jeanne.

Lundi 16 mars, la décision de confinement tombe dans la soirée. Le voyagiste décide alors d’annuler tous les voyages jusqu’au 30 avril – soit environ 600 000 € de perte en vente directe et 1,8 millions € via les agences – et place ses salariés en télétravail. Elle gère immédiatement le rapatriement de quelque 1200 clients dans le monde. Parallèlement, elle supervise l’annulation des achats effectués en direct, via les 17 agences qui vendent la marque, sur le site et le call center. Jeanne imprime, pour chaque chef d’agence, une liste de 200 à 250 noms avec leurs coordonnées. A chacun de les appeler, de leur envoyer un email officiel avec une proposition d’avoir, valable un an.

Pas question de faire une pause, ses journées sont bien remplies, de 8h30 à 19h. La directrice vérifie ensuite chaque dossier. « Tout est fait techniquement, reste à avancer sur la partie comptable pour connaître précisément le montant des avoirs ». Cette première semaine de confinement et de télétravail a été dense. Dès lundi, un nouveau dossier l’attend : la demande de report et/ou de remboursement. Avec, des mécontents, des impatients, des compréhensifs. Dans tous les cas, Jeanne est d’une zénitude totale. Elle pense déjà à l’après et à toutes les futures réservations.

 

Darko Zadnik, responsable développement et partenariat chez Make Ici

Dans ce fablab de Montreuil (Seine-Saint-Denis), les co-workers ont plié bagage depuis le début du confinement imposé par la crise sanitaire, mais certains artisans (4 sur 50 habituellement) continuent de polir et façonner le bois (entre autres) sur place. Pour les accueillir, le staff de Make Ici assure des permanences, à tour de rôle. « On privilégie ceux qui peuvent se déplacer autrement qu’en transport en commun. Moi, par exemple, je suis en moto et je n’habite pas très loin de Montreuil, donc je viens c’est normal. Je ne suis pas d’une nature inquiète. Je considère qu’il faut faire les choses correctement et que l’on va s’en sortir », explique Darko Zadnik. Un à deux jours par semaine, il se rend donc volontiers au bureau, tout en respectant les distances de sécurité quand il croise les artisans encore sur place.

« Je suis seul dans les bureaux et au final plus isolé qu’en télétravail chez moi avec ma famille, mais j’aime continuer à venir sur place. J’y suis plus efficace que chez moi où je dois me forcer à me mettre au travail et m’y tenir toute la journée. Ces permanences au bureau sont des soupapes qui me permettent de m’aérer l’esprit et potentiellement donc de ne pas partir en vrille à la maison », détaille-t-il. En ce moment, son activité au bureau a évidemment changé de nature. « Je fais remonter toutes les informations et annonces utiles à nos artisans afin qu’ils puissent tenir la tête hors de l’eau dans ce contexte économique mouvementé. Par exemple des informations sur l’étalement des charges, les mesures fiscales… on travaille sur l’après. Notre activité relève de l’économie sociale et solidaire, donc si nous on n’est pas solidaire, ça craint non ? », conclut-il.

 

 

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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