Coronavirus Covid-19 : quelles mesures prendre en entreprise ?

Publié le 13 février 2020 Sylvie Laidet

Coronavirus Covid-19 : quelles mesures prendre en entreprise ?

Quelles sont les obligations d’un employeur vis-à-vis de ses collaborateurs ?

Un employeur a une obligation de résultat en matière de protection de la santé et de la sécurité de ses collaborateurs. Donc à lui de tout mettre en œuvre pour les protéger de ce virus durant leur temps de travail. Et ce, avant même une éventuelle épidémie.

Rien d'obligatoire.

 

Philippe Wagner, co-fondateur de Captain Contrat, explique : « Un employeur peut tout d’abord rédiger un document recensant les recommandations voire obligations en lien avec le risque d’épidémie. Par exemple : 

  • Stipuler qu’il est recommandé de suspendre les activités de groupe comme les réunions, les séminaires, etc. au profit d’échanges par téléphone ou visioconférence;
  • Limiter les contacts physiques comme le serrage de main;
  • Encourager les salariés à se laver davantage les mains, par exemple avec des solutions hydro-alcooliques tenues à disposition. »

Ce document peut également prévoir :

  • un espacement plus grand des postes de travail;
  • mais aussi des procédures spécifiques pour évacuer des salariés touchés par le virus.

« Il s’agit de recommandations mises à disposition des employeurs par les ministères de la Santé et du Travail. Mais rien d’obligatoire. A chaque entreprise de recommander ou d’imposer ce qui lui paraît le plus pertinent par rapport à sa situation particulière », ajoute-t-il.

 

Puis-je exercer mon droit de retrait à cause du coronavirus ?

Pour faire jouer votre droit de retrait, vous devez avoir un motif légitime de penser que votre situation de travail présente un danger grave ou imminent pour votre santé. Donc si votre employeur veut à tout prix que vous assuriez un déplacement professionnel dans une zone touchée par le coronavirus, dans ce cas, oui vous pouvez opposer votre droit de retrait. Signifiez-le par mail ou courrier à votre employeur. A noter que vous serez payé normalement durant votre période de retrait.

 

Si je suis placé en quarantaine ou à l’isolement, puis-je continuer à bosser ?

  • Si votre médecin traitant ou mieux encore la médecine du travail, vous place en quarantaine, vous pouvez tout à fait faire du télétravail. Et ce, à condition que votre job le permette, que vous soyez équipé en conséquence (ordinateur, réseau, etc.) et que votre employeur soit d’accord.
  • Si vous ne cochez pas toutes les cases, vous pouvez bénéficier d’un « arrêt spécial coronavirus » depuis un décret du 1ᵉʳ février dernier. Ce type d’arrêt doit être délivré par un médecin de l’Agence régionale de santé (ARS). C’est à l’employeur d’informer la médecine du travail qui, elle, se chargera, de contacter un praticien de l’ARS. « Vous êtes alors indemnisé par la Sécurité sociale sans délai de carence, à hauteur de 50% du salaire journalier. Et ce, pendant 20 jours maximum. En fonction des conventions collectives, certains employeurs sont tenus de compenser les 50% restants », détaille Philippe Wagner. Durant la quarantaine, votre contrat de travail est suspendu. Votre boss ne peut donc pas vous demander de rattraper plus tard les jours passés à l’isolement. Enfin, notez bien que si des symptômes de la maladie venaient à se déclarer, cet arrêt de quarantaine se transformerait en arrêt maladie classique.
  • Si vous avez un enfant qui doit être placé en quarantaine suite à un séjour dans une zone à risque ou qui a été en contact avec une personne touchée par le coronavirus, vous pouvez aussi bénéficier de l’arrêt "spécial coronavirus" afin de rester à ses côtés. Vous pouvez prétendre à des indemnités de Sécurité sociale mais elles ne sont pas systématiques.

Qu’est-ce que je risque si je brave les recommandations de confinement ?

Si vous allez à l’encontre d’une telle recommandation du médecin du travail et venez quand même au bureau, vous risquez d’exposer vos collègues. Ce qui serait une faute professionnelle. En effet, le Code du travail indique « qu’il incombe à chaque travailleur de prendre soin, en fonction de sa formation et de ses possibilités, de sa santé et de sa sécurité ainsi que de celles des autres personnes concernées par ses actes ou ses omissions ». Donc, si vous passez outre l’avis du médecin du travail, vous vous exposez à des sanctions disciplinaires.

En tant que manager, dois-je parler du coronavirus avec mon équipe ?

En tant que manager - et tant que votre direction et la DRH n'imposent aucune mesure de prévention particulière -  vous devez à tout prix rassurer votre équipe. En France, il n’y a, pour l’heure [au 13/2/2020], pas d’épidémie de coronavirus. « La probabilité la plus importante est que quelqu'un ait contracté une infection virale sans gravité. Il peut aussi s'agir d'une véritable grippe qui est une infection toujours sérieuse. Qu'il s'agisse d'un cas de coronavirus relève de la plus faible probabilité pour le moment », insiste le docteur Philippe Rodet.

Donc rassurer, en vous appuyant par exemple sur les informations communiquées par :

« Si vous ne trouvez pas les réponses adéquates aux questions de vos collaborateurs, vous pouvez également les transmettre à la médecine du travail », suggère William Dab, professeur titulaire de la chaire Hygiène & Sécurité au Cnam.

Comment dois-je réagir quand l’un de mes collaborateurs chambre son collègue d’origine asiatique ?

C’est simple : tolérance zéro. « En tant que manager, vous ne pouvez pas tolérer de tels dérapages. Donc, mettez le hola immédiatement en rappelant à l’ordre l’émetteur de la blague », recommande fermement William Dab. Il s’agit effectivement de propos discriminants et donc intolérables. Vous devez également essayer de décrypter ce qui s’exprime derrière ce type de blague. « Si votre collaborateur agit de la sorte parce qu’il a peur, invitez-le avec d’autres membres de l’équipe à s’exprimer sur le sujet. S’il s’agissait de se moquer, il va rapidement, grâce à votre intervention, s’apercevoir du ridicule de son attitude », décrypte-t-il. En ne disant rien, vous prenez le risque que votre équipe éclate en vol et qu’il vous soit impossible par la suite de recoller les morceaux. Donc, mieux vaut agir dès les premières manifestations des blagues limite.

Dois-je limiter les déplacements professionnels de mes collaborateurs ?

« Compte tenu de la situation incertaine en Asie [au 13/2/2020], si des contacts devaient être pris avec des partenaires, clients, fournisseurs… de ces pays, privilégiez de préférence les relations à distance », recommande William Dab. Et si les déplacements sont indispensables, au retour, invitez votre collaborateur à télétravailler pendant 14 jours. Le temps de l’incubation du virus.

 

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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