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Coronavirus stade 3 : qu’est-ce qui change pour les salariés et leurs managers ?

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Barbara Leblanc

05/03/2020- réactualisé le 09/03/2020

Le « stade 3 » est sur toutes les lèvres et les autorités n’en font plus un mystère : la France pourrait passer prochainement au stade le plus élevé dans le plan de lutte contre l’épidémie de coronavirus. Une étape qui devrait bousculer le fonctionnement des entreprises pendant plusieurs semaines mais aussi – et c’est pour cette raison que Cadremploi a enquêté – modifier le rôle de ceux qui encadrent les équipes, à savoir les managers et cadres dirigeants, jusqu’à la fin de la crise. Quels changements dans les entreprises ? Quelles conséquences pour les salariés ? Et comment manager en stade 3 ? Interviews de Benoît Serre (ANDRH), maître Nicolas Chenevoy (cabinet Fidere), Maître Laetitia Ternisien (cabinet Jeantet), Ségolène Delahalle (Maison du management), Yannick Charron (DRH SAS Institute) et le coach Thierry Chavel (CEO Companions).

Le stade 3, c’est quoi ?

Le stade 3, c’est le stade dit de l’épidémie ou de la pandémie. « C’est le stade au cours duquel vous faites le constat que le virus circule et qu’il est transmissible sur l’ensemble du territoire », a expliqué ce mardi 3 mars le ministre de la Santé Olivier Véran. La question n’est alors plus de freiner la propagation du virus comme au stade 2, dans lequel la France se trouve depuis samedi dernier, mais d’en atténuer les effets. 

Quels changements pour les entreprises et les salariés par rapport au stade 2 ?

Le coronavirus a déjà et aura un «un impact sévère» sur l'économie française  a confirmé le ministre de l'Économie Bruno Le Maire lors d'une conférence de presse ce lundi 9 mars.  L'employeur a des obligations vis-à-vis de ses collaborateurs comme nous le détaillions dans les mesures à prendre en stade 1.

Les entreprises risquent d'annuler tout type de regroupements.

Benoît Serre

 

En cas de phase 3, les entreprises devront se plier aux futures nouvelles règles* établies par le gouvernement et seront appelées à mettre en œuvre des mesures de protection comme :

  • le travail à distance et les téléconférences
  • la limitation des réunions
  • l’annulation des déplacements
  • l’annulation de tout événement occasionnant des regroupements de personnes

 

Benoît Serre, vice-président délégué de l’Association nationale des DRH (ANDRH), confirme que « si des entreprises ont déjà limité les réunions à un nombre de personnes défini ou interdit les voyages en avion, elles risquent d’annuler tout type de voyages et tout type de regroupement en phase 3 ».

Une constatation faite aussi par Ségolène Delahalle, associée à la Maison du management, qui reçoit des circulaires d’entreprises demandant à leurs salariés de « limiter les réunions à moins de 15 personnes, d’éviter tout déplacement à l’étranger et toute présence dans des rassemblements confinés, précise-t-elle. A tel point que la Maison du management a décidé de reporter son salon initialement prévu en avril à l'automne ».

 

  • Fermetures préfectorales

Selon Maitre Nicolas Chenevoy, avocat associé au cabinet Fidere, le stade 3  pourrait surtout engendrer des fermetures préfectorales d’entreprises. « Pour une entreprise, la fermeture, c’est le pire scénario », assure-t-il. 

 

  • Des établissements scolaires pourraient aussi être fermés

L'impact de cette mesure pourrait être importante dans les entreprises avec l’absence des parents dans l’impossibilité de venir travailler. Et même en cas de possibilité de télétravail, il risque d’être compliqué de continuer à assumer ses responsabilités avec des enfants confinés à la maison.
 

Qu’est-ce que mon entreprise peut décider ou être contrainte de décider concernant mon travail ?

  • Le chômage partiel

Face à l'épidémie de coronavirus, 900 entreprises ont déjà fait une demande d’activité partielle pour quelques 15 000 salariés, a indiqué Muriel Pénicaud, la ministre du Travail ce week-end. Une situation qui pourrait s’étendre encore.

Cette solution apparaît comme la plus extrême pour les entreprises car elle signifie l’arrêt temporaire d’activité et l’arrêt du paiement des salariés. Pour autant, d’autres scénari sont envisageables, selon le profil des entreprises.

  • Le 100% télétravail

Pour les entreprises dont l’activité le permet, le 100% télétravail apparaît comme la solution la plus aisée. « Encore faut-il être en capacité de fournir le matériel adéquat aux salariés, qui refuseront peut-être d’utiliser leur ordinateur personnel pour travailler, souligne Maitre Laetitia Ternisien, avocate à la Cour pour le cabinet Jeantet. Et encore faut-il avoir un réseau suffisamment solide pour supporter un télétravail massif ».

 

Sur ce plan, chez SAS Institute, le DRH Yannick Charron est confiant. « En cas de phase 3, nous suivrons les recommandations du gouvernement, mais nous avons la chance d’avoir la possibilité de télétravailler. Les collaborateurs ont quasiment tous un ordinateur portable, nous passons par Skype pour les appels, on peut partager des écrans et nous sommes dans une culture de responsabilisation des collaborateurs ». 

Reste que, selon Benoit Serre, les entreprises ne sont pas toutes prêtes comme SAS Institute, et « surtout pas à gérer des périodes de télétravail massif pendant plusieurs semaines, car les organisations du travail ne sont pas encore assez modernisées pour cela, malgré l’avancée du digital. Et surtout parce qu’il y a de très nombreux métiers qui ne sont pas adaptés au télétravail ».

 

  • Congés payés imposés

Pour les sociétés de production ou les magasins de grande distribution par exemple, impossible d’instaurer des mesures de télétravail. Pour Maitre Nicolas Chenevoy, les solutions consistent « alors à imposer aux salariés ayant déja pris des congés validés par la direction à cette date de les décaler sur la semaine de fermeture de l'entreprise. »

Et pour les entreprises qui fonctionnent avec des rythmes d'activité variables? « Pour le cas des entreprises en modulation, elles peuvent décider de stopper la production durant une ou deux semaines pendant la pandémie et rattraper le travail plus tard, lorsque la crise sera passée », estime l'avocat. Si la modulation est prévue dans l'accord collectif, les salariés reçoivent en principe leur salaire normal; ils seront amenés à travailler par la suite au delà de 35h sans bénéficier d heures supplémentaires en compensation.

 

Comment manager en stade 3 ?

  • Rester présents

Le rôle du manager est central dans la gestion d’une crise comme celle-ci car outre l’éventuelle fermeture de site et le management en télétravail, il peut être confronté à des collaborateurs ayant décidé de faire jouer leur droit de retrait.

 

La situation est très difficile pour les managers qui sont confrontés à des situations inédites.

 Benoit Serre.

 

Yannick Charron anticipe déjà l’éventuel télétravail généralisé dans ses équipes et l’impact sur les managers : « Nous communiquerons avec eux pour leur rappeler les grands principes de gestion d’équipes à distance. L’objectif est avant tout de rester présents et qu’ils ne se sentent pas lâchés dans la nature ».

 

  •  Faire preuve d'exemplarité

Thierry Chavel, coach et associé de CEO Companions, préconise l’exemplarité tant sur les comportements que sur le réalisme face aux situations, afin d’éviter toute psychose dans les entreprises.

 

Les managers doivent résister à la propagation du virus le plus dangereux, celui de la panique.

Thierry Chavel

 

  • Rester aligné avec les décisions de l'entreprise

Le coach insiste : « il faut traiter les situations au cas par cas ». Les managers auront à arbitrer les priorités et à être en capacité de repousser certaines décisions de plusieurs mois. Le tout en étant aligné avec les décisions de l’entreprise. Car selon le coach, « une ligne de conduite unique est essentielle pour être crédible dans la gestion de la phase 3 ».

  • Se concentrer sur les personnalités en attente de consignes

Reste que le manager devra jongler avec différents comportements de collaborateurs :

  • les autonomes
  • les anxieux
  • ou les personnes un peu paralysées par la situation en attente de consignes.

 

Pour Thierry Chavel, « c’est sur ces derniers 70 à 80 % de personnes qu’il faudra concentrer son attention de manager. La fréquence des contacts téléphoniques et pas seulement par mail, avec chaque membre de l’équipe, sera un facteur majeur pour maintenir toute l’équipe engagée dans l’entreprise ».

 

Quelles conséquences sur la cohésion d’équipe ?

Difficile de savoir à l’avance comment peut se dérouler une telle situation car elle est inédite. Pour autant, même si le contexte apparaît comme anxiogène, Thierry Chavel se montre optimiste.

 

On peut aussi s’attendre à un effet positif, car c’est dans la tempête qu’on reconnaît les braves.

Thierry Chavel

 

« Les équipes resserreront les rangs autour de leur chef sur un sujet aussi fort que la santé publique, » estime-t-il. Tout dépendra alors de la durée de cette crise.

 

 

* Règles du 28/2 et Document du 20/2 : « préparation aux risques épidémiques Covid-19

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