CV certifié par la Cnav : est-ce utile de prouver que vous n’avez pas pipoté votre CV ?

Publié le 10 février 2020 Barbara Leblanc

Grâce aux data qu’elle détient, la Caisse nationale d’assurance vieillesse propose depuis un an la certification en ligne du parcours professionnel. Une solution qui s’offre aux candidats en recherche d’emploi pour prouver que leur CV n’est pas bidonné. Est-ce un véritable gage de qualité ? Est-ce utile pour les cadres en particulier ? Cadremploi a demandé l’avis de quatre professionnels qui en recrutent. Leurs avis divergent.
CV certifié par la Cnav : est-ce utile de prouver que vous n’avez pas pipoté votre CV ?

Dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Pour séduire votre recruteur, mieux vaut lui donner toutes les informations nécessaires dans votre CV. Car une fausse déclaration pourrait bien vous pénaliser. Selon une étude du cabinet Robert Half, 47% des recruteurs auraient déjà reçu un CV mensonger.

Renaud Villard, directeur de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav), est même allé plus loin début février en évoquant deux tiers de CV contenant des informations mensongères. Un chiffre qui a poussé l’organisme, avec l’aide des étudiants de l’école numérique 42, à proposer un outil pour faire certifier son CV.

Lancé en douceur fin 2018, le service gratuit dédié aux moins de 45 ans fait la chasse aux CV bidonnés et tente ainsi de soulager les entreprises dans cette quête de vérité. Pour les candidats, c’est surtout l’opportunité de faire la différence avec ses concurrents qui ont pu inventer une expérience, mentir sur leurs diplômes ou encore jouer sur les durées pour transformer un CDI raté en CDD.

Une preuve de transparence

« Ce système a le mérite d’exister et peut être corrélé avec des informations réclamées par l’entreprise ou le cabinet de recrutement, précise Franck Cheron, associé capital humain chez Deloitte. C’est important dans un univers où les compétences évoluent de plus en plus vite et où on ne reste plus 40 ans dans la même entreprise ». Un avis partagé par Pauline Lahary, fondatrice de myCVfactory, qui estime que « cette démarche est louable, car elle favorise la transparence entre candidats et employeurs ».

Pour faciliter la tâche des candidats, la Cnav propose un outil simple et gratuit, basé sur les données dont elle dispose (nom de l’employeur, périodes travaillées). Chaque assuré peut se connecter via son espace personnel sur le site de l’assurance retraite et sélectionner les expériences professionnelles qu’il souhaite faire certifier et partager avec les recruteurs. Un lien internet ou un QR code est alors généré et le candidat peut alors le copier sur son CV.

Une certification qui est essentielle pour les cadres, assure Yohan Zibi, fondateur et patron d’EveryCheck, spécialisée dans la vérification des CV pour les entreprises. « Le risque que prend l’entreprise en embauchant des cadres est plus important, car on leur confie des responsabilités qui touchent au cœur du fonctionnement du groupe. Les recruteurs ont plus à gagner à vérifier leur CV que celui d’un non-cadre ».

 

Cet outil ne va pas assez en profondeur dans les informations communiquées.

 

Une solution limitée

Pourtant, l’initiative de la Cnav ne convainc pas tout le monde. Côté technique, si certaines expériences ne relèvent pas du régime général ou qu’elles n’ont pas pu être identifiées par la base, le parcours est indiqué comme incomplet. L’outil possède d’autres limites : seuls sont certifiés les noms des entreprises et la durée des contrats.

« Un pas en avant jugé insuffisant » par Yohan Zibi : « Cet outil ne va pas assez en profondeur dans les informations communiquées ». Rien sur l’authenticité des diplômes, sur les missions précises effectuées par le candidat ou encore sur ses expériences à l’étranger. « Les informations dont dispose la Cnav ne suffisent pas en l’espèce, complète le patron d’Everycheck. Pour valider un recrutement, il est nécessaire d’avoir du verbatim des personnes avec qui le candidat a travaillé. L’information factuelle est trop brute ».

 

L’essentiel est ailleurs

Emmanuelle Marchal, directrice de recherche au CNRS et à Science Po, ne voit aucune utilité dans cette certification. Selon elle, « l’essentiel dans un CV réside dans son déroulé, dans l’histoire que le candidat raconte, dans sa dimension narrative. Si un cadre oublie de mentionner un ou deux mois de mission, est-ce vraiment important pour le recruteur ? Je ne crois pas ».

D’autant plus qu’aujourd’hui les process de recrutement des cadres sont très élaborés, avec le passage de tests et plusieurs entretiens d’embauche. Peu de chances qu’une omission ou une erreur dans le CV constitue forcément un motif de rejet.

Peu d’inquiétude à avoir si vous n’avez pas la certification, selon Pauline Lahary de MyCVFactory : « Peu d’entreprises proposent aujourd’hui de véritables systèmes de vérification des informations en interne. Rares sont celles qui demandent une copie du diplôme lorsqu’elles embauchent en CDI ».

 

Si les avis divergent sur l’utilité de cet outil, le digital pourrait bien apporter une réponse tranchée à la question. « De plus en plus de cadres sont aujourd’hui recrutés via des plateformes ou des formulaires, rappelle Emmanuelle Marchal. La certification du CV n’a alors que peu d’intérêt ».

 

Barbara Leblanc
Barbara Leblanc

Journaliste indépendante, je m'intéresse au monde du travail et notamment à ses évolutions dans un monde en pleine mutation. Impact du digital, arrivée de nouvelles générations, management innovant sont autant de sujets qui me passionnent.

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