Macron-Le Pen : leurs mesures pour changer la vie des cadres

Publié le 24 avril 2017 Sylvia Di Pasquale

En vue du second tour de la présidentielle, et afin que vous ayez toutes les cartes en main, la rédaction de Cadremploi vous propose un récapitulatif des propositions d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen qui impacteraient la carrière des cadres. Entre augmentation du salaire net ou suppression du RSI pour le candidat d'En Marche !, et le rejet du travail dominical ou la retraite à 60 ans pour la candidate du Front National, cette check-list fait le point sur les promesses emploi et formation des deux finalistes à l’élection présidentielle 2017.
Macron-Le Pen : leurs mesures pour changer la vie des cadres
  1. Les propositions des deux candidats sur les salaires des cadres
  2. Leurs propositions sur le temps de travail des cadres
  3. Leurs proposition sur l'accès au chômage
  4. Leurs propositions sur la formation des cadres
  5. Leurs propositions sur le contrat de travail des cadres
  6. Leurs propositions sur l'accès au premier emploi pour les jeunes dip'
  7. Leurs propositions pour créer de l'emploi

 Retrouvez les propositions d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen dans les huit thèmes ci-dessous. 

 

Les propositions des deux candidats sur les salaires des cadres

Marine Le Pen

La défiscalisation et majoration des heures supplémentaires

Un récent tract distribué fin mars 2017 par la candidate du FN est allé plus loin que son programme en proposant de majorer les heures supplémentaires « à 25 % ou 50 % », de les défiscaliser et d’en baisser les cotisations salariales. Les cadres au forfait jour ne sont pas concernés par cette proposition. Pour les autres en revanche, cela signifierait le retour du système mis en place durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy : exonération de cotisations salariales et défiscalisation totale de ces heures travaillées en plus.

Égalité salariale entre les femmes et les hommes

Sans plus de détail, Marine Le Pen indique dans son programme son souhaite de « mettre en place un plan national pour l’égalité salariale entre les femmes et les hommes ».

Emmanuel Macron

Augmenter les salaires nets

Le patron d’En Marche !  veut réduire l’écart entre le brut et le net de toutes les feuilles de paie. Pour y parvenir, il compte supprimer les cotisations chômage et maladie des salariés (-3,15 points) qu’il compenserait par une hausse de la CSG (+1,7 points) sur tous les revenus, hors retraites modestes et indemnités chômage. Quel impact sur le salaire net des cadres ? Mécaniquement, comme pour tous les salariés, il augmenterait d’environ 1,48 point. Un cadre touchant 5 000 euros bruts/mois gagnerait donc 800 euros de plus par an. En revanche, les très gros salaires seraient moins gagnants. À partir de 13 076 euros par mois – correspondant à 4 fois le plafond de la Sécurité sociale – le cadre serait même perdant : les cotisations chômage ne sont en effet prélevées que jusqu'à ce niveau de rémunération brute ; et la CSG est prélevée sur 100 % du salaire au-delà de ce plafond.

Des parlementaires payés « comme des cadres sup »

Emmanuel Macron souhaite attirer à la vie politique des entrepreneurs et des cadres du privé. Pour devenir parlementaires, ils devront mettre leur carrière ou la gestion de leur entreprise entre parenthèses pendant 5 ans pour éviter tout conflit d’intérêt, estime le candidat. Pour compenser ce probable manque à gagner, il propose une rémunération « entre 7 et 9 000 euros », a-t-il déclaré lors d’une interview. Si l’on considère qu’il s’agit d’une rémunération brute, les députés y sont déjà : depuis le 1er février 2017, le salaire mensuel brut d'un député est de 7 185,60 euros brut (soit autour de 5 000 euros net par mois) auquel s’ajoute une indemnité de frais d’un montant de 5 840 euros bruts mensuels. Les deux indemnités cumulées représentent donc 13 025,60 € bruts.

Suppression du RSI

Emmanuel Macron souhaite supprimer le Régime spécial des Indépendants (RSI) pour les rattacher au régime général de la Sécurité sociale. Les exonérations et les réductions de cotisations actuellement en vigueur seraient préservées. Mais les indépendants auraient la possibilité de cotiser davantage pour avoir la même couverture que les salariés. Cette mesure concerne les cadres qui envisagent de quitter le salariat afin de devenir indépendants, ou ceux qui l’ont fait sous la contrainte, faute de retrouver un contrat salarié. Le financement de cette mesure n’a pas été évalué.

 

Leurs propositions sur le temps de travail des cadres

Marine Le Pen

Rejet du travail dominical

Pas de proposition dans son programme. La candidate du FN s’était néanmoins exprimée contre, fin 2014 lors d’un entretien vidéo au Figaro où elle déclarait que « chaque jour de la vie d’un homme ne doit pas être réservé à la consommation ou à la production. Le dimanche est aussi une tradition française qui permet de s’attacher à sa famille, de se garder un peu de temps pour soi ». Elle était alors en faveur d’une autorisation d’ouverture pour les petits commerces.

La retraite à 60 ans

Si l’on suit le raisonnement de la candidate du Front National en ce qui concerne les retraites, on se prépare à partir plus tôt tout en ayant travaillé moins longtemps. La candidate souhaite abaisser l’âge du départ à la retraite à 60 ans. Marine Le Pen inclut également dans cette proposition, une baisse de la durée de cotisation qui passerait de 41 ans à 40 ans pour percevoir une retraite pleine, le tout, financé « par le plein emploi » comme elle l’a expliqué dans plusieurs médias. Un argument que conteste Jacques Bichot, un économiste proche du parti Les Républicains : « Il n'y a aucune corrélation entre l'âge de départ et le chômage ; la Suède par exemple à un taux de chômage inférieur à 5 % et pourtant dans ce pays la moitié de la population est encore au travail à 70 ans... », explique-t-il à BFM Business. Le programme ne fait par ailleurs aucune mention de l’évolution des pensions de retraite, qui pourraient être dans ce cas revues à la baisse.

Emmanuel Macron

Les RTT seront-elles remises en cause ?

Emmanuel Macron ne veut pas toucher à la durée légale du travail de 35 heures. Mais il laisse la possibilité à chaque branche professionnelle de négocier des « accords majoritaires » ou de faire un référendum d’entreprise de façon à assouplir cette durée uniforme. Dans les entreprises concernées, les RTT des cadres au forfait jour devraient mécaniquement diminuer ou augmenter. Mais Emmanuel Macron ne détaille pas cet effet. Ces jours de repos supplémentaires, que les cadres au forfait peuvent prendre en plus des cinq semaines de congés payés, compensent le fait de travailler plus de 35 heures. Selon la toute dernière étude de la Dares, les cadres à temps complet ont déclaré en moyenne la durée hebdomadaire la plus longue (42,2 heures).

Permettre progressivement de choisir son âge de départ en retraite

Avec Emmanuel Macron, l’âge légal du départ en retraite restera à 62 ans durant tout son quinquennat. Mais il compte mener une réforme profonde d’ici 2022 afin d’instaurer progressivement un régime de cotisation par point avec les mêmes droits par euro cotisé, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé. Les droits seront donc calculés à partir du 1er euro cotisé et non plus sur les 25 années de référence ou les 6 derniers mois. Le système par répartition où les actifs financent les retraités est préservé mais il veut fusionner les 37 régimes et faire disparaître les régimes spéciaux. Qui perd, qui gagne ? Cela dépend des situations : ceux qui étaient dans un régime spécial seront perdants ; ceux qui touchent un fixe faible avec des primes seront gagnants. Globalement, ce système permettrait aux cadres ayant une carrière accidentée d’être moins désavantagés que dans le système actuel. Ainsi, un changement de statut (indépendant, entrepreneur, commerçant, etc) en cours de carrière ne ferait pas perdre ses droits à la retraite. De plus, chacun pourra choisir son âge de départ en retraite en fonction de la pension qu’il souhaite toucher. Une application et un site Web permettront de connaître ses droits à tout moment.

Leurs proposition sur l'accès au chômage

Emmanuel Macron

Élargissement des droits au chômage aux non-salariés

Emmanuel Macron souhaite garantir une sécurité professionnelle pour tous, quel que soit son statut. L’assurance-chômage universelle couvrirait donc tous les actifs, quels que soient leur statut  – salariés, artisans, commerçants indépendants, entrepreneurs, professions libérales ou  agriculteurs.  Ce nouveau fonctionnement pourrait tout particulièrement intéresser les cadres qui quittent le salariat pour se lancer dans une activité d’indépendant ou de création d’entreprise. Il leur faciliterait la transition d’un statut à un autre en les protégeant contre la perte d’emploi. L’Institut COE-Rexecode (proche des organisations patronales) chiffre à 1 milliard le coût de cette mesure.

Les démissionnaires aussi pourront toucher le chômage

Avec Emmanuel Macron, même les démissionnaires auront le droit de percevoir des indemnités chômage. Ce droit ne sera utilisable qu’une fois tous les cinq ans. Les cadres souhaitant changer d’activité ou se lancer dans la création d’entreprise n’auront plus à passer par une rupture conventionnelle. Selon lui, « ceci incitera les entreprises à investir pour améliorer la qualité de vie au travail afin de conserver leurs salariés. » Le candidat évalue cette mesure à 1,44 milliard d’euros, tandis que les instituts Montaigne (à tendance libérale) et COE Rexecode (proche des organisations patronales), évaluent chacun le coût annuel de cette extension aux salariés démissionnaires entre 2,7 et 2,8 milliards d’euros.

Possibilité de refuser un emploi mais pas deux

En cas de refus de deux offres d’emplois « décents », c’est à dire n’impliquant pas de baisse de salaire supérieure à 20 %, le candidat d’En Marche ! compte suspendre les allocations chômage. « Les périodes d’inactivité doivent devenir des périodes de rebond », explique-t-il à la revue Wedemain. L’Institut COE-Rexecode, (proche des organisations patronales) estime que cette mesure permettrait de diminuer progressivement le nombre d’emplois vacants de 150 000 postes.

Plafonner les indemnités prud’homales pour les hauts salaires

C’est une vieille idée d’Emmanuel Macron qu’il n’a jamais réussi à faire passer du temps où il était ministre, les juges et les syndicats s’y opposant. Elle consiste à plafonner les indemnités supralégales auxquelles a droit un salarié qui gagne face à son employeur aux prud'hommes. Elle figure dans son programme mais sans plus de précision sur les modalités de mise en place.

Leurs propositions sur la formation des cadres

Emmanuel Macron

Priorité aux formations pour changer de qualification

Emmanuel Macron prévoit une grande réforme du système de formation professionnelle afin que le système bénéficie prioritairement à ceux qui en ont le plus besoin, c’est-à-dire les travailleurs au chômage et les moins qualifiés. Jusqu’à présent, le système bénéficiait surtout aux cadres : 68 % d’entre eux ont suivi une formation contre 37 % des ouvriers selon l’Insee. Le candidat veut donner plus de droits à ceux « qui doivent apprendre de nouveaux métiers » car c’est la « clé de la réduction du chômage ». Il souhaite accompagner les travailleurs des anciens secteurs aux nouveaux. Pour ce faire, il compte investir 15 milliards pour le volet « compétence » sur 5 ans. Si les entreprises jouent le jeu, seuls les cadres dont les métiers sont menacés de disparaître devraient continuer à bénéficier de formations.

Accès direct aux organismes de formation sans intermédiaires

À terme, dans le cadre de sa réforme de la formation professionnelle, le candidat d’En Marche ! veut permettre à chacun de choisir sa formation directement auprès des prestataires de formation, selon ses besoins. Cette mesure sera précédée d’une labellisation obligatoire de chaque organisme par l’État. « Plus personne ne s’engagera dans une formation sans savoir à quoi elle mène ni quelle est sa qualité. Le système sera transparent », promet Emmanuel Macron.

Leurs propositions sur le contrat de travail des cadres

Emmanuel Macron

Bonus malus afin de favoriser les CDI

Afin de favoriser les entreprises embauchant en CDI plutôt qu’en CDD, Emmanuel Macron prévoit un système de bonus-malus sur les cotisations salariales des entreprises. Celles abusant des contrats courts paieront davantage de charges et celles créant des emplois stables en paieront moins. Les embauches de cadres devraient atteindre les barres de 212 000 en 2017 et 222 000 en 2018 selon l’Apec. Une minorité de contrats concernerait les CDD de plus d’un an. Les catégories de cadres les plus fragiles (jeunes diplômés et seniors) devraient néanmoins décrocher plus facilement un contrat long si cette mesure était appliquée.

 

Leurs propositions sur l'accès au premier emploi pour les jeunes dip'

Marine Le Pen

Un dispositif premier emploi

L’idée est d’exonérer totalement de charges les entreprises lors de la première embauche d’un jeune de moins de 21 ans pour une durée de deux ans maximum.

Une idée qui n’est pas neuve. Le think tank l’Institut de l’entreprise pointe le fait que cette proposition n’a en réalité rien de nouveau : « Il peut être considéré que la proposition est d’ores et déjà mise en œuvre au travers de dispositifs existants auprès de la grande majorité des jeunes de moins de 21 ans embauchés pour la première fois. Ces dispositifs correspondent aux allègements généraux de charge au niveau du SMIC ou à son voisinage ainsi qu’aux dispositifs ciblés d’exonérations de charge réservés aux apprentis, aux stagiaires ou aux personnes ayant signés un contrat de professionnalisation. »

 

Leurs propositions pour créer de l'emploi

Marine Le Pen

La préférence nationale

Dans son objectif de créer 1,7 million d’emplois en 3 ans, Marine Le Pen ne  précise pas ses mesures concernant les emplois qualifiés. Mais rappelons qu’un des arguments forts de son programme est d’inscrire la préférence nationale dans la Constitution. Sur le volet emploi, la candidate d’extrême droite souhaite donc mettre en place une taxe additionnelle aux entreprises en cas d’embauche de salariés étrangers. En réalité, cette taxe d’un montant de 70 à 300 euros existe déjà pour les profils non européens ayant signé un contrat de 3 à 12 mois. Marine Le Pen veut l’étendre aux employés de l’Union Européenne.

 

 

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

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