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Dirigeante d’entreprise : bientôt 50 % de femmes PDG dans le CAC ?

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Sylvie Laidet et Sylvia Di Pasquale

07/02/2020

Elles étaient deux en 2019, mais il n’en reste qu’une aujourd’hui. Après le non-renouvellement du mandat d’Isabelle Kocher au poste de DG d’Engie, Sophie Bellon de Sodexo est la seule femme à la tête d’une entreprise du CAC. Alors une question facétieuse, et de pure logique arithmétique, nous est venue : puisque la moitié de l’humanité est constituée de femmes, verra-t-on un jour la moitié des grandes entreprises dirigées par elles ? La rédaction de Cadremploi a demandé à trois personnalités les solutions qui leur paraissent les plus réalistes pour s’en rapprocher. Tonie Marshall (réalisatrice du film Numéro Une), Lorraine Kron du Luart (la boss du cabinet de chasse de tête Eric Salmon & Partners) et Laurent Choain (DRH de Mazars) se sont prêtés à l'exercice.

C’est prouvé et archi démontré, les femmes à des postes de direction surperforment. Selon un rapport de l’ONU datant de mai 2019 et intitulé « Femmes d’affaires et femmes cadres : les arguments en faveur du changement », près des trois-quarts des entreprises qui ont développé la mixité dans leur management ont augmenté leurs bénéfices de 5 à 20 %.

 

Pour tenter de faire progresser la place des femmes dans le top management, l’Institut Montaigne a récemment publié un certain nombre de préconisations en faveur de la mixité dans son rapport « Agir pour la parité : performance à la clé ».

 

Des quotas de femmes dirigeantes ?

Parmi les idées de l’Institut, on retrouve l’idée d’un quota de femmes dans les instances dirigeantes. « Dans l’esprit de la loi Copé-Zimmermann,[qui concernait les boards] avec les modalités de seuil et de mise en œuvre raisonnables, instaurer un objectif minimal de 40 % du sexe le moins représenté au sein des instances exécutives des sociétés du SBF 120, d’ici à 5 ans, à leur rythme », précisaient les auteures du rapport. Sans passer par la loi mais plutôt par une démarche volontaire de chaque entreprise donnant lieu à une publication annuelle.

  • Laurent Choain, DRH de Mazars, ne croit pas que ce sujet puisse évoluer en passant par la négociation collective au sein des entreprises. « On négocie avec des organisations syndicales qui comptent elles-mêmes très peu de femmes », remarque-t-il. Pour lui, pas question de faire de l’activisme sur le sujet mais d’agir concrètement et on devrait pouvoir y arriver.

 

  • Pour Lorraine Kron du Luart, qui dirige le cabinet de chasse de têtes Eric Salmon & Partners, cet objectif de 40 % de femmes dans le top management à 5 ans, est réalisable. Mais comme d’habitude, « certaines entreprises vont devancer l’appel, d’autres seront justes dans les clous et il y a aura des récalcitrants qui prendront plus de temps pour atteindre cet objectif de mixité ».

 

La mixité est une stratégie d’affaire intelligente.

Rapport de l’OIT

 

Faire de la discrimination positive ?

Nous avons demandé à Tonie Marshall, réalisatrice du film Numéro Une, avec Emmanuelle Devos ingénieure pressentie pour diriger un groupe du CAC 40, son avis sur cette épineuse question.

  • Pour celle qui a mené une enquête de deux ans pour son film qui dénonce les dérives de la misogynie bienveillante, il n’y a pas le choix : « Pour parvenir à 50 % de femmes dirigeantes dans les grandes entreprises à compétences égales, il faudrait faire de la discrimination positive. » Lors d’une précédente interview, Tonie Marshall expliquait comment elle en était arrivée à cette conviction : « Certains hommes rencontrés lors de la préparation de mon film étaient sincèrement persuadés qu’il n’y a pas de femmes à mettre à ces postes à responsabilités, qu’on les cherche mais qu’on ne les trouve pas. » Sur une ligne plus humaniste que féministe, elle reconnait aussi être « troublée » de constater que « certaines femmes décrochent des postes à responsabilités mais n’ont plus nécessairement un réflexe de solidarité avec les autres femmes ».

 

Contrer les biais inconscients

Chez Mazars, on ne badine pas avec le sujet. Le cabinet recrute environ 50 % de femmes. Au premier niveau de supervision, elles sont encore plus nombreuses que les hommes à manager. Mais quand arrive la nomination de managers de managers, elles ne sont plus que 30 à 33 %. Et 20 % parmi les associés. Pourquoi une telle déperdition ?

  • « Pour les nominations de premier niveau, les RH utilisent des outils de sélection objectifs. Mais pour la suite, on ne regarde plus ces critères objectifs. Ce sont des commissions réunissant des dirigeants qui statuent. Or, il y siège plus d’hommes que de femmes. Par des biais inconscients, ils nomment des hommes », détaille-t-il. Pour contrer ces biais et remettre de l’objectivité dans ce processus de sélection de managers de second niveau et plus, le cabinet Mazars a mis en place le programme LEAD. Les aspirants managers passent 2 jours en assessment center. « Où les femmes réussissent mieux que les hommes. Bilan, on a aujourd’hui près de 40 % de femmes dans notre réservoir de talents », illustre-t-il.

 

Combattre les stéréotypes de genre dès l’école

Pour Lorraine Kron du Luart, il faut remonter encore plus en amont pour faire décoller le nombre de femmes dans les instances dirigeantes.

  • « On ne compte que 37 % de filles dans les filières scientifiques, déplore-t-elle. Or dans certains postes de direction, il faut des compétences techniques pour appréhender une stratégie globale ». L’une des autres clés est donc d’encourager les jeunes filles à s’engager dans des filières scientifiques. Ce que nombre d’associations font déjà en leur présentant des rôles modèles féminins.

Pour lutter contre les stéréotypes de genre, dans son rapport, l’Institut Montaigne préconise d’ailleurs des « actions très concrètes ouvrant le champ des possibles – cours de code informatique dès le primaire, cours de récréation non genrées, travail de groupe mixtes, etc. » afin de créer un vivier équilibré dans les filières.

Lire aussi >> Lorraine Kron-du Luart (Salmon & Partners): "Les femmes s'autolimitent davantage que les hommes"

 

 

Femmes dirigeantes : les vrais chiffres

La litanie est désormais connue sans que rien ne bouge vraiment. Alors pour être sûr que tout le monde dispose du même niveau d’information, reposons les chiffres clés du débat :

En France, parmi les fleurons du CAC 40 :

  • Aucune femme n’occupe la fonction de PDG (Isabelle Kocher était DG et Sophie Bellon est présidente du conseil d’administration de Sodexo)
  • 12 entreprises ne comptent aucune femme au sein de leur plus haute instance de direction.*
  • 9 entreprises affichent moins de 10 % de femmes parmi leurs hauts dirigeants.*

 

Toujours en France, dans les sociétés du SBF 120 :

  • 45,1 % de femmes siègent dans les conseils d’administration (donc dépassent l’objectif de 40 % de femmes imposé par la loi)**
  • Mais seulement 17,7 % de femmes siègent dans les instances exécutives, qui sont les lieux où tout se décide

* Source : CAC 40, le véritable bilan annuel

** Source : Baromètre de la diversité dans les conseils d’administration .

 

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