Droit à la déconnexion : ''Les top managers aussi doivent éviter les sur-sollicitations dûes au confinement''
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Droit à la déconnexion : ''Les top managers aussi doivent éviter les sur-sollicitations dûes au confinement''

Droit à la déconnexion : ''Les top managers aussi doivent éviter les sur-sollicitations dûes au confinement''

Sylvie Laidet

PODCAST ‘’PAROLE DE PRO’’ – Fatigue mentale, frustration voire burnout… Dans le contexte particulier de confinement, de télétravail et de gestion de crise, les top managers sont parfois en surchauffe. Connectés en permanence à leur direction mais aussi avec leurs équipes, ils sont bombardés de mail, SMS, visioconférences, coup de fils, messages instantanés… ça fuse dans tous les sens. Comment gérer cette sur-sollicitation digitale ? Peut-on être parfois injoignable pour sa team et son codir ? Quelles règles mettre en place ? Comment distinguer les sujets importants des urgences ? Caroline Cuny, professeure de psychologie à Grenoble école de Management, apporte des réponses concrètes et pratiques pour ces top managers aux manettes.
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Caroline Cuny est professeure et chercheuse en psychologie à Grenoble école de Management. Elle a travaillé sur ce sujet très particulier de la sur-sollicitation numérique qui mène à une fatigue mentale très spécifique au top management hyperconnecté et sur-sollicité. Elle nous éclaire sur les bornes à surveiller et les mesures à prendre pour ne pas risquer la surchauffe. Ecoutez son interview en podcast :

 

Dans le contexte actuel de confinement, que peut faire un top manager pour limiter d’être sur-sollicité à la fois par ses équipes et pas son codir ?

Caroline Cuny : le top manager hyperconnecté doit pouvoir adapter son droit à la déconnexion à ses besoins. Il est important qu'il le personnalise. Il peut garder des moments hors connexion, soit pour travailler concentré, soit pour régénérer ses ressources mentales. Mais ça ne l’empêche pas, si cela lui convient mieux, de traiter ses emails le dimanche soir pour préparer sa semaine. Dans ce cas, il doit prévenir ses équipes qu’il n’attend pas de réponses avant le lundi. 

 

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Un top manager peut-il se déconnecter pendant cette période si particulière et ne pas être en permanence joignable ?

Caroline Cuny : Oui s’il fixe des règles claires en précisant les moments où est disponible pour ses équipes : il les prévient qu’il est joignable par téléphone de 8 heures à 9 heures par exemple et ne pourra plus répondre aux appels directs le reste de la journée car il travaillera sur d’autres projets ou en réunion avec telle ou telle autre personne. On peut aussi s’adapter aux préférences des collaborateurs : quand l’un ne se vexe pas de ne recevoir qu’un SMS pour rester en contact, un autre préférera une visioconférence ou un appel téléphonique.

 

Un top manager peut-il en ce moment imposer des règles strictes concernant les échanges numériques ?

Caroline Cuny : Oui par exemple de travailler via les dossiers partagés. Il peut ainsi plus facilement répartir les tâches entre les collaborateurs. Chacun avance sur sa partie et tout le monde pour voir les avancées sur le document partagé sans avoir à se renvoyer des emails.

 

Le top manager sait distinguer l'urgent de l'important et peut ainsi ne pas répondre instantanément

 

Un top manager peut-il ne pas répondre instantanément à ses équipes ou à sa direction ?

Caroline Cuny : Oui et pour deux raisons. Le besoin de concentration d’abord : les études en psychologie démontrent depuis longtemps qu’on est plus efficace quand on peut travailler sans être interrompu. Nous ne sommes pas multitâches et les interruptions peuvent diminuer notre performance, en nous rendant moins productif ou moins fiable. La deuxième raison : l’arbitrage urgent/important dès la réception du message. Le manager pro sait reconnaître si une sollicitation nécessite une réponse d’ici 1 heure ou d’ici la fin de la semaine. Et ça change tout.  

 

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Les top managers en particulier multiplient les visoconférences pour rester en lien avec leurs équipes et leurs directions. N’est-ce pas encore plus fatiguant pour eux ? 

Caroline Cuny : La visionconférence nécessite beaucoup plus d’attention que dans une réunion physique. Il faut encore plus faire des pauses de régénération mentale : couper pendant 2 ou 3 minutes entre deux visio et laisser son esprit divaguer. Le risque, c’est la fatigue mentale, la frustration, les émotions négatives et si cela persiste, le burnout. D’autant plus qu’on est dans un climat anxiogène sur le plan sanitaire et économique.

 

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Faire des pauses, ça n’empêche pas la terre de tourner, ni le travail d’être fait, c’est bien ça ? 

Caroline Cuny : oui et le manager peut même mettre ces pauses dans son planning s’il veut montrer l’exemple. Ses équipes le verront et pourront également s’autoriser à faire ces pauses qui évitent la fatigue mentale.  

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Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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