Emmanuelle Germani, DRH de Kaporal : « Nos fournisseurs chinois nous alertaient depuis janvier »

Publié le 29 mars 2020 Sylvia Di Pasquale

TEMOIGNAGE CORONAVIRUS – La DRH de cette PME marseillaise du secteur du jeanswear revient sur la quinzaine éprouvante qu’elle vient de vivre. Depuis la décision de placer les 120 collaborateurs du siège en télétravail, à la fermeture de l’intégralité des boutiques de la marque, avec, à la clé, le chômage partiel de 500 salariés. Heureusement, ses contacts en Chine – qu’elle avait pris au sérieux – l’avaient décidé à accélérer à préparer l’entreprise au passage au télétravail massif. Des actions d’urgence et des complications parfois, où les ressources humaines se retrouvent en première ligne.

Cadremploi : A quel moment avez-vous pris la décision de fermer les boutiques Kaporal ?

Emmanuelle Germani : ça s’est fait du jour au lendemain, dès le samedi soir après l’allocution présidentielle. Comme certaines de nos boutiques en propre sont ouvertes le dimanche, nous avons dû prévenir tous leurs salariés et leur demander de rester chez eux. Ensuite, les magasins multimarques ont suivi.

Et comment la décision de placer les 120 salariés du siège en télétravail a-t-elle été prise ?

Assez naturellement, dès le lundi 16 mars, la décision a été prise d’évacuer tout le monde et nous nous sommes donné jusqu’au lendemain mardi à midi, dernier délai. Etant également DSI de Kaporal, j’ai pu préparer cette opération en amont. Mais c’est un sacré challenge à mettre en place.

Une préparation qui a pris quelle forme ?

Nous travaillons avec des fournisseurs chinois qui nous alertaient depuis le mois de janvier. Avec le responsable informatique, nous avions décidé 10 jours avant l’annonce du confinement d’augmenter la capacité du VPN de l’entreprise et de préparer des PC portables. Chez Kaporal, le télétravail est institué pour un certain nombre de salariés depuis longtemps. Pour autant, la pression au dernier moment s’est faite sentir.

De quelle manière ? En raison de résistances syndicales ?

Pas du tout, bien au contraire. Nous sommes assez peu syndiqués et les relations avec les représentants du personnel sont très bonnes. Ils nous ont beaucoup aidé, notamment pour nous remonter les demandes, et parfois les angoisses compréhensibles, des 500 personnes placées en chômage partiel.

Comment s’est déroulée l’évacuation du siège mardi dernier ?

A midi, plus personne n’était présent, sauf moi. Les équipes ont toutes joué le jeu et il y a eu un peu de système D. Certains sont partis avec leur PC portable sous le bras, d’autres ont dû emporter leur poste fixe, comme les informaticiens, et d’autres encore, comme les graphistes et les designers, qui ont besoin de matériel pour travailler, ont emporté des cartons à dessin. En plus, je suis responsable des services généraux et des bâtiments, et on ne se doute pas du nombre de détails à gérer en pareil cas. Il faut veiller au courrier, au standard téléphonique ou aux renvois des différents numéros. Ensuite le télétravail effectif a commencé pour moi et les 120 salariés rentrés chez eux.

Quelles sont les tâches d’une DRH dans une période telle que celle-ci, une fois tout le monde a la maison ?

Elles sont multiples. Car il s’agit d’ouvrir les dossiers de toutes les personnes placées en chômage partiel, de solliciter les aides de l’Etat, mais aussi de veiller à apporter des réponses à tous ces collaborateurs légitimement inquiets et qui se demandent parfois s’ils vont être payés à la fin du mois, et comment. On a installé une hotline pour cela. En plus, il faut s’occuper des allées et venues dans l’entreprise, pour récupérer et parapher des courriers, ou ramasser des affaires oubliées. Pour y parvenir, nous avons mis en place des horaires précis pour que les salariés ne se croisent pas, ou s’ils le font, qu’ils ne soient pas plus de deux ou trois personnes en réunion. Et puis, au-delà de ces problèmes concrets et immédiats, il faut veiller, avec le comité de direction, à la continuité de l’entreprise, car l’e-commerce, qui représente 10 % de l’activité de Kaporal fonctionne toujours, de même que nous devons préparer la reprise.

Vous n’avez donc pas songé à fermer complètement l’entreprise le temps du confinement ?

A aucun moment, et pour plusieurs raisons. Nous avons un vaste projet de migration IT qui doit être opérationnel dès la fin du confinement. Et lorsque les magasins ouvriront à nouveau, nous devons être prêts à proposer de nouvelles collections. C’est indispensable. Les designers sont sur le pont. Evidemment, ils sont sensibles à leur environnement du moment. Vont-ils créer des vêtements tristes comme l’air du temps ? Ou peut-être qu’au contraire, leurs nouvelles créations vont être gaies et colorées pour conjurer le mauvais sort et nous permettre de nous projeter vers l’après.

Lire aussi
le portrait d’Emmanuelle Germani sur Figaro Recruteur

C’est l’une des rares DRH en France qui cumule les sujets ressources humaines et systèmes d’information au sein d’un même poste. Emmanuelle Germani pilote la transformation digitale et la mue éco-responsable de cette PME marseillaise depuis six ans. Sa triple casquette DRH-DSI-RSE – et sa personnalité –  lui permet de toujours prioriser l’humain sur la techno chez Kaporal. Elle a également pris les rênes de l’association des DRH de Provence.

L’ANDRH Provence sur le front

Membre active de l’ANDRH (Association nationale des directeurs des ressources humaines), Emmanuelle Germani anime et intervient souvent au nom de la section Provence de cette structure. Surtout en ces moments difficiles ou elle est ravie de partager, via un groupe Whatsapp qui réunit une trentaine de ses confrères de la région, ses bons plans, bonnes idées et bons outils plus que nécessaires dans cette période.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

Vous aimerez aussi :