Entretien avec Jérôme Andrieu, Responsable du département technologies, Futurestep France

Publié le 08 juillet 2007 La rédaction Cadremploi

 

 

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre cabinet ?
Jérôme Andrieu : Futurestep, cabinet du Groupe Korn/Ferry International, est un leader mondial dans le domaine des solutions de recrutement modulables et innovantes dédiées au « middle management ». Pour mieux répondre aux exigences de ses clients partout dans le monde, Futurestep conçoit et met en place des solutions de recrutement sur mesure : Approche Directe, Recherche par Annonce, Projets de Recrutement, Externalisation du Processus de Recrutement (RPO) et Assessment & Development.
Au sein de Futurestep, notre Département Technologies a pour vocation initiale d'accompagner nos clients des secteurs des Hautes Technologies, Informatique et Télécommunications (Constructeurs, Editeurs de logiciels, Opérateurs, Intégrateurs de Systèmes, etc.) dans le recrutement et l'intégration de leurs collaborateurs, sur l'ensemble des fonctions de l'entreprise : experts techniques, commerciaux, ou encore managers d'équipes.
Forts de cette expertise, nos consultants spécialisés ont développé un savoir-faire qui nous permet aujourd'hui d'intervenir également pour l'ensemble de nos clients, quel que soit leur secteur, dans le cadre de leurs recrutements de profils informatiques. Avec une demande croissante de la part de nos clients, cette activité tend d'ailleurs à devenir prépondérante pour Futurestep.
Professionnels de notre secteur, nous intervenons avec une réelle dimension de conseil auprès d'un large éventail d'entreprises de toutes tailles - de la start-up aux plus grands groupes internationaux - quels que soient leurs enjeux : d'un recrutement spécifique sur une région à un projet de recrutement en volume sur plusieurs pays.

 

 

Comment se porte le recrutement dans le secteur Informatique/SSII aujourd'hui et quel est son avenir ?
J. A.
: Si l'on analyse les missions que nous confient nos clients, trois grandes tendances semblent émerger en matière de recrutement.
Tout d'abord, nous avons pu observer une reprise de l'activité IT au sein des entreprises, avec notamment le « re-démarrage » de certains projets gelés ces dernières années. Il ne s'agit donc pas à proprement parler pour nos clients de nouveaux investissements destinés à un développement mais plutôt d'un « dégel » lié à une reprise de la croissance, parfois accompagnée de fusions/acquisitions et donc de réorganisations. Dans ce contexte que nous qualifions de « classique », nombre de projets d'implémentation de SAP ont ainsi notamment repris, générant un accroissement de la demande sur ces profils.

 

Ensuite, il existe un certain nombre d'attentes, que je qualifierais de conjoncturelles. Pour les appréhender, il faut mesurer l'impact de l'importance accrue du « Shareholder Value » : gain de compétitivité, recherche de profitabilité, maîtrise des coûts, ROI..., font émerger de nouveaux concepts, tels que l'Asset Management, la transversalité des projets, la gouvernance IT, l'application de méthodologies CMMI et ITIL. Toujours du fait de la conjoncture, on assiste également à une évolution des process et des méthodes avec, par exemple, les problématiques de conformité aux normes SOX, IFRS, IAS, Bâle II, etc., sans parler du développement de l'outsourcing IT et de « l'offshorisation ».
En bref, nous sommes à une époque où la rationalisation des systèmes d'information, fortement liée à la volonté d'en maîtriser toutes les facettes, fait apparaître de nouveaux métiers informatiques : Capacity Manager, IT Compliance Specialist, Directeur de projet Offshore...

 

De plus, nous sommes de plus en plus consultés pour des recrutements liés à l'émergence de nouveaux marchés basés sur la technologie. Parmi ceux-ci, je soulignerais notamment le nouvel essor du E-business B2C, probablement lié au renouvellement de la confiance (cryptage, paiement sécurisé) et à l'évolution culturelle des ménages, aujourd'hui mieux équipés (PC, ADSL). Dans ce courant technologique, nous assistons également à l'apparition de nouveaux concepts, tels que SaaS (Software as a Service) ou SOA (Service Oriented Architecture). Enfin, il est intéressant de remarquer un renforcement quasi-général des fonctions de « Product Management » chez un grand nombre de nos clients éditeurs de logiciels, souvent lié à la nécessité de faire évoluer leur stratégie du global vers le « glocal ».

 

CADREMPLOI.fr : Quels sont actuellement les profils que vous recherchez lors de vos recrutements ?
J. A. : Une grande majorité de nos recherches concerne des profils plutôt expérimentés (généralement à partir de 4 ans d'expérience, voire beaucoup plus pour des postes de Direction de Projet ou de Sales Managers par exemple), car c'est sur notre capacité à identifier, évaluer et attirer ces profils que réside principalement la valeur ajoutée que nos clients attendent de nous.

 

Toutefois, notre rôle de Conseil nous permet d'être réellement force de proposition auprès des entreprises et de dépasser les stéréotypes qui associent de manière parfois trop rapide formation et nombre d'années d'expérience dans une fonction donnée à une compétence ou un savoir-faire spécifique. Nous nous attachons beaucoup à mettre notamment en relief le potentiel et la motivation des candidats, critères qui sont paradoxalement assez souvent « zappés » car impossibles à mentionner sur un simple CV.

 

A ce sujet, il faut souligner que Futurestep est fortement impliqué dans la lutte contre les discriminations à l'embauche et la valorisation de la diversité dans l'entreprise. Le Cabinet applique d'ailleurs à la lettre les grands principes que l'on retrouve aujourd'hui synthétisés dans la Charte de Déontologie de Syntec Recrutement. Au-delà de notre volonté de respecter scrupuleusement les règles déontologiques de la profession et d'assurer à nos clients une application stricte de la loi, nous nous donnons pour objectif "d'évangéliser" nos clients en nous efforçant, à notre niveau, de contribuer à faire évoluer les mentalités.

 

De manière générale, les connaissances sectorielles (acquises dans les différents secteurs de la finance, de l'industrie, des services...) sont de plus en plus valorisées et tendent désormais à prendre le pas sur les compétences purement techniques.

 

Quelles sont les particularités de l'emploi dans ce secteur ? qu'est-ce qui y attire les candidats ?
J. A. : Les règles étant sensiblement les mêmes pour tous (conjoncture économique et politique, innovations technologiques, etc.), il va de soi - et ce n'est pas propre à ce secteur - que beaucoup d'entreprises sont souvent amenées à chercher au même moment les mêmes profils, créant ainsi régulièrement des « appels d'air » qui influencent les futurs jeunes diplômés dans leurs orientations. On peut notamment citer, pour illustrer cela, l'engouement - toujours d'actualité - pour les compétences SAP, qui a poussé nombre de chimistes, biologistes ou autres étudiants en sciences, inquiets du peu de débouchés dans leur spécialité, à se réorienter.

 

De plus, malgré des politiques de recrutement particulièrement frappées par des alternances « stop and go » et un niveau de chômage qu'il ne faut pas sous-estimer, l'opinion publique reste généralement convaincue qu'il s'agit d'un secteur d'avenir, en perpétuelle pénurie de main-d'oeuvre, sans chercher à analyser quelles sont les compétences réellement recherchées.

 

Dans le même registre, beaucoup de fausses idées circulent quant aux niveaux de rémunération pratiqués dans ce secteur, contribuant à générer des frustrations chez certains et à amplifier le niveau de turnover - déjà plus important dans les sociétés IT que n'importe où ailleurs.

 

Enfin, quels derniers conseils donneriez-vous aux internautes de CADREMPLOI.fr qui désireraient travailler dans ce secteur ?
J. A. : Les « informaticiens » sont encore trop souvent assimilés à des passionnés de technique, mal à l'aise dans les contacts sociaux et incapables de communiquer pour se mettre en valeur. Ce préjugé perdure d'autant plus facilement qu'il faut reconnaître un certain attentisme de la part de beaucoup d'entre eux, dans la gestion de leur carrière notamment : ouvrez-vous au monde, soyez proactifs ! Lorsque vous êtes en poste, n'hésitez pas à proposer vos idées, à prendre des risques dans la façon d'orienter vos projets, à partager vos retours d'expérience ; lors de vos périodes de recherche d'emploi, ne vous contentez pas de déposer votre CV sur des sites emploi, faites jouer votre réseau, entretenez des relations dans le temps avec les recruteurs que vous avez déjà rencontrés, rendez-vous visibles...

 

Un autre conseil concerne les choix de carrière : choisissez bien le secteur d'activité dans lequel vous évoluerez. Peu de passerelles existent entre la finance et l'industrie, par exemple : efforcez-vous d'anticiper vos évolutions, d'avoir une vision à long terme, de capitaliser sur vos acquis techniques et métiers, de vous mettre en situation d'apporter de la valeur à l'entreprise en vous intéressant à son cœur de métier. Quand vous vous remettez sur le marché, ne focalisez pas sur le « gap » de salaire : trop de candidats donnent l'impression de vouloir faire « payer » à leur futur employeur l'incapacité dans laquelle ils ont été de faire évoluer leur rémunération durant leur dernière expérience... Soyez raisonnables et faites preuve de hauteur de vue : les comportements « mercenaires » ne sont rentables que sur le court terme.

La rédaction Cadremploi
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