Ex-entrepreneurs : ce que les recruteurs vérifient avant de vous embaucher

Publié le 29 janvier 2020 Sylvie Laidet

Entrepreneur un jour, entrepreneur toujours ? Pas vraiment ! Selon les résultats de l’Observatoire du rebond*, 60 % des chefs d’entreprise ayant liquidé leur boîte s’orientent vers un emploi salarié. Des candidats avec un profil qui n’est pas toujours de nature à rassurer les recruteurs. Trois d’entre eux ont accepté de dresser pour Cadremploi la check-list de ce qu’ils vont essayer de tester chez vous lors des entretiens. Vous voilà prévenus.
Ex-entrepreneurs : ce que les recruteurs vérifient avant de vous embaucher

Ils s’assurent que vous avez fait le deuil de votre expérience entrepreneuriale

Autrement dit que vous avez réglé vos comptes avec cette aventure qui ne s’est pas soldée de manière positive. Bref, que vous êtes capables d’en tirer des enseignements positifs pour la suite. En tout cas pour le job que vous visez. « L’une des meilleures solutions est d’arriver avec un bilan de compétences récent afin de démontrer au recruteur que vous avez su analyser vos réussites et échecs majeure, quelles compétences vous tirez de cette expérience et quel recul vous prenez », recommande Dany El Jallad, directeur des comptes stratégiques au sein du cabinet Robert Half France.

 

Ils vérifient que vous n’avez pas le melon

En tant qu’ancien entrepreneur, vous avez mené à bien un projet de A à Z souvent avec des moyens limités. Bref, le temps de cette expérience, vous avez été sur un nuage. Voire peut-être une rock star de votre secteur. De quoi parfois prendre la grosse tête. Et ça, dans le monde du salariat, c’est rarement bien perçu. « Quand on l’interroge sur les raisons de ses succès et de ses échecs, un candidat qui s’attribue toutes les réussites et rejettent la faute des échecs sur les autres, c’est mauvais signe. On attend d’un manager qu’il parle en mode « nous ». Dans une entreprise, un manager est responsable des succès et des échecs de son équipe », argumente Julia Schmitt, responsable RH de Wedoogift, une start up qui compte 2 ex-entrepreneurs parmi ses 100 salariés.

 

Ils valident que vous êtes "hiérarchie friendly"

Que vous ayez eu ou pas une équipe à gérer, le boss de la boîte, c’était vous et vous seul. Personne au dessus pour vous donner des directives, vous rembarrer si nécessaire, etc. « Certains entrepreneurs ont même choisi de se lancer pour être leur propre patron car ils rejetaient toute forme de hiérarchie », observe Emmanuel Stanislas, dirigeant du cabinet Clémentine. En entretien, vous devrez donc démontrer que les organigrammes ne vous effraient pas et que vous saurez rester à votre place. Bref, rassurer le recruteur, quitte à enjoliver un peu votre attrait pour les pyramides.

 

Ils apprécient (aussi) votre propension à penser hors du cadre

« Un entrepreneur voit toujours plus grand qu’un candidat plus classique et c’est vrai qu’il ne colle pas nécessairement à un job description. Il ne faut pas y voir systématiquement de l’arrogance. Nous, on leur fait confiance pour aller au delà de leur fonction. C’est toute la différence entre l’ambition et l’arrogance », insiste Dimitri Dugne, directeur commercial de Wedoogift.

 

Ils ciblent votre polyvalence

« En entretien, on s’attache à bien comprendre ce que le créateur d’entreprise a vraiment réalisé. C’est effectivement plus compliqué car il n’avait pas de fiche de poste ni de fonction bien définie. Donc on le questionne sur ces réalisations concrètes et sur ce qui est transposable dans le poste convoité », détaille Emmanuel Stanislas. « Si le candidat cible une TPE/PME, son côté « couteau suisse » sera davantage apprécié que dans un grand groupe où tout est déjà bien processé. Et où chacun à une fonction et une mission bien déterminées », précise Dany El Jallad de Robert Half France.

 

Ils checkent que vous pouvez travailler en équipe

Qu’ils réussissent ou qu’ils échouent, tous les entrepreneurs sont unanimes sur le sujet : ils se sentent parfois bien seuls. Pour peu que vous ayez été l’unique salarié de votre propre boîte, le collectif ne vous parle peut-être plus vraiment. Et pourtant en entretien, les recruteurs vont examiner votre capacité à vous intégrer et à travailler en équipe. Ce sera le moment de rappeler qu’en guise d’équipe, vous avez composé avec des clients, des fournisseurs, des partenaires, des investisseurs. En somme, vous maîtrisez également les relations interpersonnelles. Et justement, après cette course en solitaire, vous êtes ravi de retrouver un équipage.

 

Ils contrôlent que vous n’allez pas vous ennuyer

(Re)devenir salarié revient de fait à retrouver une vie plus calme et sereine au boulot où, malgré la pression, tout ne va pas tout le temps à 2000km/h. Après l’adrénaline de la création d’entreprise, le risque de s’ennuyer est grand. Un des moyens de rassurer votre interlocuteur est de lui préciser que sur le secteur et le poste visé, vous avez évidemment encore beaucoup de choses à apprendre. Et qu’une fois que vous maitriserez ça, vous serez sans doute disponible pour des projets plus transverses. Voire pour de l’intrapreneuriat.

 

Ils sondent votre envie de RÉ entreprendre

Et pour cause, selon les premiers résultats de l’Observatoire du rebond*, 46 % des entrepreneurs ayant échoué gardent le projet de recréer un jour une entreprise. Donc a priori, le risque pour l’employeur est grand de vous voir revoler de vos propres ailes. « La notion de fidélité des entrepreneurs en rebond est chevillée aux corps de ces ex-chefs d’entreprises car eux-mêmes ont eu à gérer des salariés. Donc, quand ils décrochent un poste, ils sont en général fidèles », constate François Naux, directeur de l’Observatoire du rebond. Pour Dimitri Dugne de Wedoogift, cette « stabilité » n’est pas une question essentielle. « Notre entreprise a tout juste 6 ans. C’est donc compliqué de bloquer un candidat sur le long terme. En l’embauchant, on lui donne les moyens de se développer sur se fonction. La suite on verra bien », conclut-il.


* L’association 60 000 rebonds a pour vocation d’aider les entrepreneurs qui ont connu la liquidation de leur entreprise à rebondir professionnellement. Etude d’impact réalisée de juin à août 2019 auprès de 360 entrepreneurs accompagnés par l’association.

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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