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Femme et surdouée : comment l'assumer en entreprise ?

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Propos recueillis par Véra Octave

07/10/2019

[Podcast] Investie, curieuse, efficace, passionnée, la femme surdouée en entreprise a besoin de nouveauté et de défis. A l'occasion de la parution de son nouveau livre*, Monique de Kermadec, psychologue et psychanalyste, explique leurs différences par rapport aux hommes. Et cherche humblement à permettre aux femmes douées de surefficience intellectuelle de se reconnaître. Et donc de mieux vivre en entreprise sans passer pour des illuminées.

Ecoutez l'interview intégrale :

A quoi reconnait-on une femme surdouée en entreprise ?

Monique de Kermadec : C’est avant tout la passion, le dynamisme, l’ampleur de l’investissement qui les fait remarquer.Elles sont d'abord curieuses. Elles parlent avec passion des sujets qui les intéressent, analysent très rapidement et font des propositions aussi sec. Ce qui peut aussi frapper, c’est leur besoin d'autonomie. Tout employeur doit savoir qu’elles ont besoin de variété dans leurs missions mais d’une évolution rapide aussi car, une fois la tâche accomplie, elles sont pressées de passer à autre chose. Leurs solutions déroutent parfois, car leurs pensées et leur créativité sont souvent originales. On peut toujours compter sur elles pour chercher une solution à chaque situation.

 

Sont-elles différentes des hommes surdoués ? 

Ils ont des points communs mais la singularité de la femme surdouée tient au regard que la société porte sur elles depuis l'enfance. Arrivés à l’âge adulte, au moment d'entrer dans le monde du travail, certains traits que l’on voit chez les surdoués en général sont plus particulièrement exacerbés chez les femmes. Notamment la sensibilité. Bien sûr, nous sommes tous sensibles et les hommes le sont aussi, mais les femmes le sont particulièrement. Elles sont capables d’empathie, sensibles à la douleur d’autrui même dans le cadre du travail. La différence que le surdoué peut ressentir est accrue chez la femme. Ce sentiment est lié à ses capacités intellectuelles mais aussi parce qu’elle se démarque des attentes classiques.

Je remarque qu’elles ont un plus grand manque de confiance en elle que les hommes et ressentent plus souvent le fameux syndrome de l’imposteur (« suis-je vraiment à la hauteur du nouveau poste que l’on va me proposer »).

Une autre différence est liée à l’hyperactivité cérébrale et l’hyper émotivité chez la femme surdouée. La quête de sens, de vérité et d’absolu est particulièrement marquée chez elles.

On peut aussi évoquer la tendance au perfectionnisme de la femme surdouée qui a toujours le sentiment que l'on devrait en faire plus. Quand je parle avec des femmes chercheuses par exemple, elles reconnaissent faire le double de leurs collègues parce que pour exister, pour se faire reconnaître, elles ont  toujours ce sentiment qu'elles doivent donner plus. 

Sont-elle perçues comme les hommes ?

Non, elles subissent le poids des stéréotypes. Un homme surdoué peut être perçu comme un homme sûr de lui, la femme, comme arrogante. Quand on le dit tenace dans sa manière de fonctionner, la femme sera plutôt perçue comme têtue. Il est impétueux, elle sera jugée impulsive. Et quand l'homme va peser le pour et le contre, on dira de la femme qu'elle a du mal à se décider.

 

Comment ne pas s'ennuyer en entreprise quand on est surdouée, sans pour autant passer pour une arriviste ?

Il est vrai que les surdouées se plaignent souvent d’ennui en entreprise. Répétitivité des tâches, missions sous-dimensionnées, possibilités d’évolution trop lentes à leur goût... Heureusement, il existe de nombreuses manières de satisfaire sa curiosité, ses besoins de nouveauté et de défis. Nombre de femmes surdouées ont réussi à obtenir le soutien de leur hiérarchie pour élargir leur champ d'action. Si certaines sont obligées de changer d’entreprise pour obtenir de nouvelles responsabilités, d’autres vont obtenir la création de nouveaux postes

 

Comment dire en entretien d'embauche qu'on est surdouée sans passer pour une illuminée ?

Le désir de faire savoir qu’on est surdoué me semble bien naturel. A partir du jour où l’on découvre cette différence que l’on perçoit depuis longtemps, que cette différence n’est pas négative mais qu'elle est une part fondamentale de notre identité, alors  tout naturellement nous avons envie de le partager. J’ai envie de mettre en garde tout autant les femmes surdouées que les hommes surdoués. Il n’est pas question de le dire systématiquement lors d’un entretien d’embauche. Nous avons par contre l’option de parler de ces particularités de notre fonctionnement, de parler de ce qui est important pour nous, de l’intensité avec laquelle nous travaillons, du défi que nous ressentons, du plaisir que l’on a à gérer des situations complexes. En fait, nous pouvons évoquer tous ces traits de personnalité qui sont propres aux surdoués et à la femme surdouée sans mettre le mot. Et laisser l'interlocuteur le poser. Mais si l’interlocuteur risque d’être mal à l’aise, on a intérêt à ne pas le dire, on a intérêt à ne pas susciter une réaction négative à un moment où ce qui compte c’est de faire connaître qui nous sommes, comment nous fonctionnons, plutôt que de partager une étiquette.

 

Ecrire sur les femmes surdouées, est-ce une démarche féministe ?

Je ne crois pas. Ces femmes sont porteuses de richesses dont le monde a besoin. Il est important qu’elles en aient conscience et qu’elles aident le monde à en prendre conscience. Mon objectif est de permettre aux femmes de se reconnaître et de se connaître au travers de références qui les concernent, qui sont les leurs et pas seulement soumises à des valeurs sociétales et masculines. Être une femme surdouée est une richesse et il est important de le savoir pour qu'elle porte ses fruits.

 

La femme surdouée, Monique de Kermadec, Albin Michel, Octobre 201.

En se fondant sur les dernières études sociologiques et scientifiques, et sur de nombreux exemples de patientes, Monique de Kermadec met en lumière les nombreuses barrières sociales et professionnelles auxquelles se heurtent ces femmes qui se sentent en décalage. Elle leur donne des clés pour optimiser leur potentiel afin d’arriver à assumer le rôle qu’elles pourraient avoir dans notre société pour le bénéfice de tous.

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