Ils ont décroché un CDI… à plus de 60 ans

Céline Husétowski

[témoignages] Seuls 24,7 % des cadres sexagénaires sont en CDI. Trois d’entre eux ont accepté de raconter leurs récentes expériences de recherche d’emploi. Sans cacher leurs galères, ils partagent aussi leurs secrets pour rester positifs.
Ils ont décroché un CDI… à plus de 60 ans

Ils ne sont pas faciles à trouver ces cols blancs de plus de 60 ans qui décrochent un CDI. Et pourtant ils font bien partie du marché de l’emploi. A l’âge où certains rêvent de la retraite, eux travaillent encore, par nécessité, mais aussi parce qu’ils aiment leur métier. Avec seulement 1/4 des cadres seniors de 60-64 ans* en emploi, ces derniers doivent apprendre à se vendre pour trouver un emploi dans un monde du travail qui les trouve souvent trop chers ou dépassés. Mais les mentalités des entreprises commencent à évoluer. Témoignages de trois séniors particulièrement endurants.

 

« Il faut apprendre à rassurer les recruteurs »
Didier Blouin, 62 ans, DRH chez Nielsen Franc
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Un DRH qui n’arrive pas à décrocher un entretien, ça peut faire sourire et pourtant c’est ce qui est arrivé à Didier Blouin. Au chômage à 53 ans après une fusion, il savait que ça n’allait pas être facile de retrouver un job, surtout en 2009 pendant la crise des subprimes. 

« J’ai commencé par postuler de manière traditionnelle mais je n’avais jamais de réponse », explique-t-il.

Puis un jour une recruteuse met des mots sur ces silences : « A votre âge ce n’est même plus la peine d’appeler un chasseur de têtes. » Au lieu de se laisser abattre, il trouve la force de rebondir et décide de proposer son expertise aux entreprises sous le statut d’indépendant (auto entrepreneur et portage salarial). « Le chômage peut être destructeur. Il faut absolument garder une activité quelle que soit la forme juridique, même si parfois cela passe par du bénévolat », conseille-t-il.

C’est lors d’une de ces missions qu’il décroche un CDI. « Mais avant j’ai dû convaincre et surtout rassurer mes interlocuteurs. On m’a testé sur ma pratique des outils technologiques, ma capacité à suivre un rythme de travail soutenu et surtout sur mon envie de faire partie d’une équipe multigénérationnelle. Aujourd’hui, les employeurs ne s’embêtent plus à travailler avec des gens qu’ils n’apprécient pas. Il faut convaincre par ses compétences mais aussi grâce à son relationnel », précise-t-il.

Et côté salaire ? Didier Blouin n’a pas dû baisser ses prétentions salariales pour obtenir le job et il considère même qu’il est dans ses meilleures années de rémunération. Avec son expérience, le DRH sexagénaire reste convaincu qu’il y de véritables opportunités pour les très expérimentés : « Les seniors rassurent, apportent des repères, redonnent un cadre et aident à prendre du recul. Dans les entreprises de quadragénaires, il peut y avoir un vrai besoin ». D’ailleurs, Didier Blouin trouve que les cabinets de recrutement sont plus ouverts qu’autrefois à ces profils.

En parallèle de son travail, ce DRH a tenu à s’investir dans l’associatif. Il préside le réseau Daubigny qui aide les dirigeants et décideurs dans leur carrière professionnelle et leur période de chômage. Ses conseils : rester aux aguets, maintenir ses connaissances, continuer à faire des rencontres et surtout ne pas rester seul.

Aujourd’hui, même s’il est en CDI, Didier Blouin se voit bien encore travailler pour d’autres entreprises. « Mais désormais je ne me déplacerai plus sans mon Ipad à un entretien, plaisante-t-il. Les seniors connectés sont dans la place.

>> Lire aussi : Les atouts des séniors que les autres n’ont pas

 

« Mieux vaut miser sur son réseau »
Gabrielle Delaugeas, 65 ans, Office manager chez Enderby

« Quand on se retrouve sur le marché du travail passé cinquante ans, c’est généralement qu’on s’est pris un coup », déplore Gabrielle Delaugeas, Office manager dans un cabinet conseil. Pendant vingt ans, elle a vécu de belles expériences professionnelles qui l’ont amenée à travailler pour de grands groupes. Mais à 63 ans, elle s’est retrouvée sans emploi après la fermeture de son entreprise. Partir en retraite ? Impossible car elle devait encore subvenir aux besoins de ses enfants.

Son premier réflexe pour retrouver un emploi ?  Avertir son réseau. « Répondre à une annonce à partir de 50 ans, ça peut être compliqué car on est en compétition avec des quadra qui ont des prétentions salariales moins élevées », explique-t-elle. C’est par le réseau que cette office manager expérimentée a intégré une agence de communication et d’influence de 15 personnes avec une moyenne d’âge de 33 ans. « L’âge n’est pas une barrière si l’on montre de l’enthousiasme, que l’on a envie de travailler et que l’on comprend les enjeux de la boîte. »

Aujourd’hui, Gabrielle Delaugeas se sent bien dans son travail même si elle a dû un peu baisser ses prétentions salariales. Elle apprécie tout particulièrement son rôle dans l’équipe : « Je leur apporte une stabilité émotionnelle parce que je ne m’angoisse pas. Les plus jeunes viennent me voir quand ils ont besoin de conseils. Ça me fait plaisir et ça me donne envie de me lever tous les matins »

Une inspiration pour d’autres employeurs, espère-t-elle, qui devraient davantage faire place aux séniors. « Tous les baby-boomers vieillissent, mais nous sommes encore en forme et nous avons encore des familles à gérer. » Elle ne compte d’ailleurs pas s’arrêter et pense même devenir coach ou consultante à 70 ans. « Tant que je peux être utile à une société, je continue », conclut-elle.

« Il faut défendre ses valeurs et ses compétences »
Eric Montet, 64 ans, directeur des opérations chez 3Tgroup

Eric Montet est un directeur des opérations passionné par son travail. Pendant 25 ans, il a géré des flux de marchandises et des équipes partout en France et même en Afrique.

A 63 ans, après une carrière bien remplie et des expériences en logistique dans les secteurs de l’automobile, l’industrie pharmaceutique et la distribution alimentaire, il se retrouve au chômage. « J’avais apporté des résultats positifs à la boîte, mais mon employeur a estimé qu’il pouvait faire des économies sur mon salaire », regrette-t-il. Il ne peut pas encore partir à la retraite, alors il contacte son consultant au cabinet de recrutement Michael Page Intérim management (PageGroup). Il avait déjà fait des missions de management de transition pendant des périodes de chômage.

Il passe un entretien dans un groupe de logistique pour une mission mais on lui propose à la place un CDI. « La directrice de l’entreprise cherchait quelqu’un avec de la maturité, qui sache tirer des équipes et prendre des risques mesurés. J’avais le profil mais il me manquait une casquette commerciale. J’ai dû sortir de ma zone de confort et me former sur le terrain. Il n’est jamais trop tard pour apprendre », précise le directeur des opérations.

A 64 ans, il vient donc de décrocher un CDI avec un salaire un peu plus bas que ses prétentions salariales habituelles. Mais il conseille aux seniors de ne pas se bloquer sur le salaire. « Vous pouvez très bien proposer une fourchette de salaire au lieu d’un salaire fixe et renégocier après », explique-t-il.

>> Lire aussi : Cadres seniors : comment baisser ses prétentions salariales sans perdre la face

Autre conseil cher à Eric Montet : ne pas hésiter à mettre ses valeurs et ses compétences en avant. « Lors de mes entretiens, j’ai défendu mes compétences en apportant des exemples concrets. J’ai aussi mis en avant ma valeur travail car je sais que c’est un argument efficace. Les seniors sont reconnus pour travailler parfois plus que les jeunes générations », estime Eric Montet.

Pour le directeur des opérations, ce sera le dernier CDI. Il a décidé qu’il partirait à la retraite dans quatre ans. « D’ici là, j’ai surtout envie de transmettre mon savoir et pourquoi pas à des femmes ? Elles commencent à arriver en nombre dans ce secteur encore masculin et j’aimerais les accompagner », précise-t-il.

* Etude Insee Focus du 17 juillet 2018 : L’emploi des seniors en hausse entre 2007 et 2017 : plus de temps partiel et d’emplois à durée limitée- 12 juillet 2018

À noter : découvrez les règles particulières et le régime de chômage applicable aux seniors.

Céline Husétowski
Céline Husétowski

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