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Ils ont décroché un CDI… à plus de 60 ans

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Céline HUSETOWSKI

07/08/2018

[témoignages] Seuls 24,7 % des cadres sexagénaires sont en CDI. Trois d’entre eux ont accepté de raconter leurs récentes expériences de recherche d’emploi. Sans cacher leurs galères, ils partagent aussi leurs secrets pour rester positifs.

Ils ne sont pas faciles à trouver ces cols blancs de plus de 60 ans qui décrochent un CDI. Et pourtant ils font bien partie du marché de l’emploi. A l’âge où certains rêvent de la retraite, eux travaillent encore, par nécessité, mais aussi parce qu’ils aiment leur métier. Avec seulement 1/4 des cadres seniors de 60-64 ans* en emploi, ces derniers doivent apprendre à se vendre pour trouver un emploi dans un monde du travail qui les trouve souvent trop chers ou dépassés. Mais les mentalités des entreprises commencent à évoluer. Témoignages de trois séniors particulièrement endurants.

 

Didier Blouin DRH« Il faut apprendre à rassurer les recruteurs »
Didier Blouin, 62 ans, DRH chez Nielsen France

Un DRH qui n’arrive pas à décrocher un entretien, ça peut faire sourire et pourtant c’est ce qui est arrivé à Didier Blouin. Au chômage à 53 ans après une fusion, il savait que ça n’allait pas être facile de retrouver un job, surtout en 2009 pendant la crise des subprimes. 

« J’ai commencé par postuler de manière traditionnelle mais je n’avais jamais de réponse », explique-t-il.

Puis un jour une recruteuse met des mots sur ces silences : « A votre âge ce n’est même plus la peine d’appeler un chasseur de têtes. » Au lieu de se laisser abattre, il trouve la force de rebondir et décide de proposer son expertise aux entreprises sous le statut d’indépendant (auto entrepreneur et portage salarial). « Le chômage peut être destructeur. Il faut absolument garder une activité quelle que soit la forme juridique, même si parfois cela passe par du bénévolat », conseille-t-il.

C’est lors d’une de ces missions qu’il décroche un CDI. « Mais avant j’ai dû convaincre et surtout rassurer mes interlocuteurs. On m’a testé sur ma pratique des outils technologiques, ma capacité à suivre un rythme de travail soutenu et surtout sur mon envie de faire partie d’une équipe multigénérationnelle. Aujourd’hui, les employeurs ne s’embêtent plus à travailler avec des gens qu’ils n’apprécient pas. Il faut convaincre par ses compétences mais aussi grâce à son relationnel », précise-t-il.

Et côté salaire ? Didier Blouin n’a pas dû baisser ses prétentions salariales pour obtenir le job et il considère même qu’il est dans ses meilleures années de rémunération. Avec son expérience, le DRH sexagénaire reste convaincu qu’il y de véritables opportunités pour les très expérimentés : « Les seniors rassurent, apportent des repères, redonnent un cadre et aident à prendre du recul. Dans les entreprises de quadragénaires, il peut y avoir un vrai besoin ». D’ailleurs, Didier Blouin trouve que les cabinets de recrutement sont plus ouverts qu’autrefois à ces profils.

En parallèle de son travail, ce DRH a tenu à s’investir dans l’associatif. Il préside le réseau Daubigny qui aide les dirigeants et décideurs dans leur carrière professionnelle et leur période de chômage. Ses conseils : rester aux aguets, maintenir ses connaissances, continuer à faire des rencontres et surtout ne pas rester seul.

Aujourd’hui, même s’il est en CDI, Didier Blouin se voit bien encore travailler pour d’autres entreprises. « Mais désormais je ne me déplacerai plus sans mon Ipad à un entretien, plaisante-t-il. Les seniors connectés sont dans la place.

>> Lire aussi : Les atouts des séniors que les autres n’ont pas

 

Gabrielle Delaugeas« Mieux vaut miser sur son réseau »
Gabrielle Delaugeas, 65 ans, Office manager chez Enderby

« Quand on se retrouve sur le marché du travail passé cinquante ans, c’est généralement qu’on s’est pris un coup », déplore Gabrielle Delaugeas, Office manager dans un cabinet conseil. Pendant vingt ans, elle a vécu de belles expériences professionnelles qui l’ont amenée à travailler pour de grands groupes. Mais à 63 ans, elle s’est retrouvée sans emploi après la fermeture de son entreprise. Partir en retraite ? Impossible car elle devait encore subvenir aux besoins de ses enfants.

Son premier réflexe pour retrouver un emploi ?  Avertir son réseau. « Répondre à une annonce à partir de 50 ans, ça peut être compliqué car on est en compétition avec des quadra qui ont des prétentions salariales moins élevées », explique-t-elle. C’est par le réseau que cette office manager expérimentée a intégré une agence de communication et d’influence de 15 personnes avec une moyenne d’âge de 33 ans. « L’âge n’est pas une barrière si l’on montre de l’enthousiasme, que l’on a envie de travailler et que l’on comprend les enjeux de la boîte. »

Aujourd’hui, Gabrielle Delaugeas se sent bien dans son travail même si elle a dû un peu baisser ses prétentions salariales. Elle apprécie tout particulièrement son rôle dans l’équipe : « Je leur apporte une stabilité émotionnelle parce que je ne m’angoisse pas. Les plus jeunes viennent me voir quand ils ont besoin de conseils. Ça me fait plaisir et ça me donne envie de me lever tous les matins »

Une inspiration pour d’autres employeurs, espère-t-elle, qui devraient davantage faire place aux séniors. « Tous les baby-boomers vieillissent, mais nous sommes encore en forme et nous avons encore des familles à gérer. » Elle ne compte d’ailleurs pas s’arrêter et pense même devenir coach ou consultante à 70 ans. « Tant que je peux être utile à une société, je continue », conclut-elle.

eric-montet« Il faut défendre ses valeurs et ses compétences »
Eric Montet, 64 ans, directeur des opérations chez 3Tgroup

Eric Montet est un directeur des opérations passionné par son travail. Pendant 25 ans, il a géré des flux de marchandises et des équipes partout en France et même en Afrique.

A 63 ans, après une carrière bien remplie et des expériences en logistique dans les secteurs de l’automobile, l’industrie pharmaceutique et la distribution alimentaire, il se retrouve au chômage. « J’avais apporté des résultats positifs à la boîte, mais mon employeur a estimé qu’il pouvait faire des économies sur mon salaire », regrette-t-il. Il ne peut pas encore partir à la retraite, alors il contacte son consultant au cabinet de recrutement Michael Page Intérim management (PageGroup). Il avait déjà fait des missions de management de transition pendant des périodes de chômage.

Il passe un entretien dans un groupe de logistique pour une mission mais on lui propose à la place un CDI. « La directrice de l’entreprise cherchait quelqu’un avec de la maturité, qui sache tirer des équipes et prendre des risques mesurés. J’avais le profil mais il me manquait une casquette commerciale. J’ai dû sortir de ma zone de confort et me former sur le terrain. Il n’est jamais trop tard pour apprendre », précise le directeur des opérations.

A 64 ans, il vient donc de décrocher un CDI avec un salaire un peu plus bas que ses prétentions salariales habituelles. Mais il conseille aux seniors de ne pas se bloquer sur le salaire. « Vous pouvez très bien proposer une fourchette de salaire au lieu d’un salaire fixe et renégocier après », explique-t-il.

>> Lire aussi : Cadres seniors : comment baisser ses prétentions salariales sans perdre la face

Autre conseil cher à Eric Montet : ne pas hésiter à mettre ses valeurs et ses compétences en avant. « Lors de mes entretiens, j’ai défendu mes compétences en apportant des exemples concrets. J’ai aussi mis en avant ma valeur travail car je sais que c’est un argument efficace. Les seniors sont reconnus pour travailler parfois plus que les jeunes générations », estime Eric Montet.

Pour le directeur des opérations, ce sera le dernier CDI. Il a décidé qu’il partirait à la retraite dans quatre ans. « D’ici là, j’ai surtout envie de transmettre mon savoir et pourquoi pas à des femmes ? Elles commencent à arriver en nombre dans ce secteur encore masculin et j’aimerais les accompagner », précise-t-il.

* Etude Insee Focus du 17 juillet 2018 : L’emploi des seniors en hausse entre 2007 et 2017 : plus de temps partiel et d’emplois à durée limitée- 12 juillet 2018

 

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commentaires

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Evelyne

10/08/2018

à 15:21

Bonjour, Félicitation à vous . J'ai 60 ans et en tant que femme c'est une difficulté supplémentaire pour décrocher un poste qui correspond aux compétences . Je note que les employeurs n'ont pas intégré qu'il y a des stades dans la prise de poste qui sont inutiles pour un sénior et d'autres qui sont indispensables . En province et pour les TPE et PME le chemin est encore long pour intégrer des séniors CDD CDI homme et Femme...

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Sam

08/08/2018

à 04:26

Entierement d'accord. Malheureusement en France, meme l'ANPE ne semble pas convaincu ni concerne. La preuve; quand j'ai eu 57 ans; on m'a fait la meme remarque sur mon age et que c'etait inutile que je cherche. J'ai eu un poste en CDI une semaine apres et ai prit le plaisir de remettre en mains propres une copie de mon contrat a la personne qui m'a accueillie a l'ANPE. Aujourd'hui j'ai 66 ans et toujours en activite et en CDI. D'autres pays en Europe montre l'exemple et ils n'ont pas peur des eniors qui ont tant a apporter et transmettre. Mes collegues des pays nordiques ou Asiatiques ont entre 68 et 75 ans et toujours en forme. Ils ne prennent la place a personne comme ils ont tous une expertise a transmettre que ce soit dans la vie courante, administrative ou une specialite particuliere. Il est temps de se reveiller.....

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lotus

09/08/2018

à 09:26

Bonjour Sam et bravo pour votre parcours!

Je voulais juste vous faire observer que l'ANPE n'existe plus depuis le 19 décembre 2008, attention à ne pas trop se connoter 'ancien monde'! ;-)

Etant conseillère à Pôle emploi et moi-même senior , j'ai animé durant plusieurs années des groupes de cadres seniors pour casser les représentations et les préjugés qui les pénalisent parfois. Il est vrai que quelques agents de Pôle emploi peuvent, comme dans n'importe quelle autre catégorie professionnelle, être conditionnés par ces images d'un autre temps.

Ce que j'ai observé au cours de mes expériences, c'est hélas que les recruteurs seniors ne sont pas les plus tendres avec les candidats seniors. Les qualités professionnelles qu'ils s'attribuent, ils ont parfois du mal à les reconnaître pour leurs pairs. Le recrutement est une activité où plane l'irrationnel...

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Sam

09/08/2018

à 11:22

Bonjour Lotus et merci pour votre eclaircissement. Je me rendu effectivement en juin 2008. Je souhaite qu'il y ait davantage de gens comme vous pour donner de l'elan et changer les mentalites. Nous avons tellement a donner et je pense sincerement que la France a enormement de talents et que nous pouvons certainement faire mieux. Au lieu du cliche malheureux d'eternels grevistes et d'assistes qui nous colle a la peau...partout ou on va....

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patrice

07/08/2018

à 21:28

Je partage totalement la volonté de continuer à "exister" sans brader toute cette expérience professionnelle acquise tout au long des années. Aujourd'hui je développe encore et toujours mes compétences, parce qu'il le faut mais aussi parce que j'aime ça. Après 36 années de Distribution, je n'ai pas attendu les éventuelles réponses aux multiples courriers que j'ai envoyés. Je me suis pris en charge n'attendant rien de personne et me suis formé au métier de formateur, aujourd'hui j'ai créé mon organisme de formation, certifié et datadocké, et ne compte pas en rester là. J'aime bâtir et entreprendre, à 60 ans et plein d'idées en tête, j'ose!

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Alain

07/08/2018

à 19:23

Nous seniors avons les compétences, la maturité et l'énegie suffisante.

C'est bien ce qui fait peur aux recruteurs qui ne peuvent plus nous contrôler car nous n'avons plus d'ambition hiérarchique et qui nous voient comme un concurrent pour leur propre poste.

La seule manière de s'en sortir est de rester en poste (trop cher pour être licencié après 20 ans dans la société) ou d'accepter un poste en dessous de ses capacités (j'étais ingénieur d'affaires et je suis maintenant chauffeur).

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