Indépendant : 70 % des cadres sont tentés par ce statut

Publié le 15 décembre 2017 Gilles Boulot

Devenir son propre patron tente une majorité de cadres en CDI mais seule une minorité a sauté le pas à ce jour. Une récente étude de l’Apec éclairent les motivations des uns et les freins des autres
Indépendant : 70 % des cadres sont tentés par ce statut

Ils sont attirés par la lumière. Mais ils ont peur de s’y brûler. L’Apec a interrogé les cadres salariés* pour leur demander ce qu’ils pensaient des nouvelles formes d’emploi, puisque c’est ainsi que l’Agence pour l’emploi des cadres désigne tout ce qui relève du régime des indépendants et plus marginalement du portage salarial et de la multi-activité. Il en ressort que pour 70 % des cols blancs interrogés, ces nouveaux statuts « suscitent un intérêt », comme le dit l’étude. Pour autant, le travail indépendant ne représenterait que 12 % de l’emploi global (la proportion de cadres devenus indépendant n’est pas connue). C’est peu et beaucoup, puisque ce chiffre est en constante évolution depuis quelques années et surtout depuis l’instauration de la loi Novelli en 2009 qui a ouvert la voie à l’auto-entreprenariat. C’est en interrogeant ceux qui ont franchi le pas que l’enquête met en exergue ce qui pourrait freiner tous les autres. Cette étude peut aussi servir de bréviaire aux DRH pour leur éviter de voir leurs troupes s’envoler.

Pour un meilleur équilibre entre vie pro et vie perso

La volonté de redevenir acteur de ses temps professionnels et personnels. C’est ainsi que l’Apec définit la motivation numéro un de ceux qui ont choisi l’indépendance. Pourtant, ce désir est quelque peu antinomique avec la surcharge de travail, et les horaires à rallonge que les nouveaux indépendants connaissent. Mais que les cadres toujours en poste peuvent redouter.

La reconnaissance de l’autonomie

C’est l’autre motivation généralement avancée et, du coup, bien partagée par ceux qui n’ont pas encore sauté le pas. Quand la maturité professionnelle et l’expertise métier ne semblent pas suffisamment reconnues, et pour peu que les perspectives d’évolution soient nulles, ils préfèrent reprendre leur liberté.  Afin de gagner en autonomie. Peut-être un message aux DRH qui devraient davantage valoriser cette attente s’ils veulent éviter à leurs meilleurs éléments de fuir en solo.

L’acquisition de nouvelles compétences

C’est un point que soulignent les interrogés. « L'entrepreneuriat peut en effet permettre de valoriser ses compétences, de les faire évoluer dans un rapport au travail renouvelé, notamment par une relation client plus engagée ». Encore un regret que les responsables des ressources humaines devraient entendre. Le cadre du salariat semble freiner l’évolution des compétences selon les cols blancs. Tandis que l’entrepreneuriat offrirait davantage de latitude pour innover dans les relations de travail avec les clients et proposer des services plus personnalisés. Peut-être en ont-ils assez de ne proposer que des solutions catalogue, hyper processées, alors que leurs clients attendent autre chose ? Peut-être rêvent-ils de s’installer chez eux le temps de mener à bien un projet comme le font les free-lance ? Une manière de développer de nouvelles compétences.

Le soutien familial

Les nouveaux indépendants le reconnaissent : s’ils ont pu se lancer, c’est grâce au soutien de leurs proches. Et l’étude d’évoquer « un environnement favorable, susceptible d’amortir la prise de risque inhérente au choix d’une nouvelle forme d’emploi ». En décryptant la langue Apec, on se rend compte que, pour les jeunes cadres, le soutien de papa-maman est primordial surtout si ces derniers peuvent héberger le jeune entrepreneur ou l’aider financièrement. Et parmi les cadres plus âgés qui sont devenus indépendants, ils ont pu quitter le salariat car leur conjoint(e) y était toujours et surtout, était capable d’absorber le choc financier d’un possible échec. Il semble donc que les cadres qui restent dans les entreprises accordent une importance vitale à la sécurité pécuniaire offerte par le CDI.

Le rétropédalage de l’actuel gouvernement sur l'assurance-chômage des indépendants, qui ne sera finalement pas financée par le régime général, ne devraient pas encourager le passage à l’acte de ces cadres.

* Etude qualitative « Nouvelles formes d’emploi : enjeux et vécu des cadres » N° 2017-42, décembre 2017, réalisée auprès d’une trentaine de cadres, expérimentant ou ayant expérimenté ces formes d’emploi au cours des trois dernières années. Ils ont été interrogés par téléphone (entretiens semi-directifs),  de  juillet  à  septembre  2017

Gilles Boulot
Gilles Boulot

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