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Indiens Kogis, cathédrales, philosophie… 3 autres inspirations pour managers en quête de sens

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Céline Husétowski

11/12/2018

Et si au lieu d’inventer de nouvelles méthodes, il suffisait de s’inspirer de celles qui font leurs preuves depuis des décennies ? Plongée au cœur de remèdes anciens pour management moderne.

Au Salon du management les 13 et 14 novembre dernier, trois ateliers aux intitulés un peu bizarres figuraient au programme : 

- « Histoire des cathédrales du XIIe au XIVe siècle ».

- « Les 9 principes de management des indiens Kogis ».

- « Philosophie et management ».

Une erreur de casting ? « Pas du tout », répond Arnaud Fimat, l’organisateur du salon et associé à la Maison du management. « Avec ces ateliers, nous voulons aider les managers à s’ouvrir l’esprit sinon ils auront tous les mêmes méthodes de management », explique-t-il. Mais comment peut-on s’inspirer concrètement de la philosophie, de la sociologie et de l’histoire pour trouver du sens à son management ? 

S’inspirer de l’intelligence collective de l’époque médiévale

Des cathédrales médiévales qui attirent des managers du XXIe siècle ?  Même l’intervenant de l’atelier n’en revenait pas : « Je ne pensais pas que vous alliez venir si nombreux », a lancé Yann Harlaut, consultant culture chez Traits d’unions, aux managers.
On ne les voit plus, on passe parfois à côté sans se rendre compte mais la France compte plus de 154 cathédrales. Parmi ces chefs d’œuvre, Notre-Dame de Paris avec sa nef haute de 33,5 mètres, une prouesse technique pour une époque sans technologie.

Commencée en 1163, sa construction s’est achevée 160 ans plus tard. « En tout, 6 générations, 111 corps de métier et plus de 20 équipes se sont relayées pour achever l’œuvre », détaille l’historien avec passion. Comment souder des êtres humains sur une période aussi longue ?  « Celui qui intégrait le chantier savait qu’il avait peu de chance de voir l’œuvre achevée, il devait donc transmettre la vision du projet et son savoir », explique l’historien.

Transposé au XXIe siècle, cela donne : permettre aux salariés eux-mêmes de transmettre leur savoir et leur savoir-faire. Ce qui est loin d’être naturel dans toutes les entreprises. Concrètement, sur une mission récente dans le secteur du luxe, l’expert a observé « qu’il y avait un fort besoin de main-d'œuvre à cause de la demande. Pour pérenniser leur savoir et le sens du projet de l’entreprise, nous avons expliqué que les ouvriers déjà experts pouvaient devenir des formateurs », explique-t-il.

Le rôle du manager du XXIe siècle, c’est de devenir « cet accompagnateur du développement de l’intelligence collective », conclut l’historien

Dialoguer comme les Indiens Kogis

On parle beaucoup des pratiques insolites des tribus dites « primitives » qui vivent en dehors de la société industrielle, mais jamais de leur rapport au management. A l’atelier « les 9 principes de management des Indiens Kogis », Éric Julien, consultant et auteur était venu partager ses découvertes, extraites de son dernier ouvrage Le Choix du vivant*.

Sa première rencontre avec ce peuple remonte à 1985. Alors qu’il escalade une montagne en Colombie, il est victime d’un œdème pulmonaire et est soigné par les Indiens Kogis. Dans cette communauté d'environ 20 000 âmes dont l'origine remonte à plus de  4 000 ans, on vit en totale harmonie et dans la paix avec la nature. Particularités de leur civilisation : le mot guerre n’existe pas dans leur langage et la femme est considérée comme sacrée et participe à chaque décision.

Dans leur organisation, le dialogue est primordial. « Dialoguer, c’est comprendre ce qui emporte les esprits et essayer de réfléchir ensemble à une solution globale », décrit Éric Julien. Ils prennent énormément de temps avant de décider pour que leur décision ne lèse
personne », décrit l’auteur.

Mais comment font-ils ? « Ils pensent de l’égo à l’écho. Autrement dit, ils co-construisent pour agir tous ensemble. L’entreprise c’est comme un corps, si l'énergie donc la communication ne circule pas, elle tombe malade », commente Éric Julien.

Un retour au source pas forcément évident à mettre en place dans des sociétés à l’organisation pyramidale. A noter tout de même que l’équivalent du manager chez eux c’est plutôt le chamane qui veut dire guérir. Et son rôle c’est de soigner toutes les relations de la communauté. Le manager serait-il un guérisseur qui s’ignore ?

 

* Eric Julien, Le choix du vivant, M.H. Strauss, Editions Les Liens qui libèrent, Paris, 2018

La philo pour questionner le sens des mots

L'atelier sur la philosophie et le management animé par Marion Genaivre, philosophe, et Flore Bernard, manageuse de l’agence Thaé a attiré beaucoup de monde. Pour y assister, il ne fallait pas obligatoirement se rappeler de ses cours de philo du lycée, mais « juste avoir l’envie de s’interroger sur les mots ». Bon, les cours de philo pouvaient quand même un peu aider à comprendre plus vite les références de l’atelier…

D’ailleurs, connaissez-vous la racine étymologique du mot manager ? Selon l’Oxford English Dictionnary, il proviendrait du vieux français mesnager et signifierait « l'art d'administrer un ménage ».  « Donc travailler ce n’est pas que produire, c’est aussi vivre ensemble sous le même toit et s’occuper du sens des tâches de façon judicieuse », reformulent les deux philosophes. Mais le mot manager vient aussi de l’italien maneggiare qui signifie « tenir en main les rênes d'un cheval ».

Le sens que l'on donne au mot a donc de l’importance. « Cela permet de donner du pouvoir à ce que l'on pense et à mieux expliquer une décision de management », souligne Marion Genaivre. « Et quand on n’a pas tous la même définition, ça bloque », expliquent les co-fondatrices de Thaé. Il n’y a pas longtemps, elles ont ainsi accompagné un comité de direction qui n’arrivait pas à travailler de façon optimale. Leur problème : « ils n’avaient pas la même définition du mot coopération », racontent-elles.

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