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Isaac Getz : « Même pendant la crise du coronavirus, certaines entreprises se montrent solidaires »

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Propos recueillis par Sylvia Di Pasquale

22/03/2020

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[Interview] Isaac Getz, professeur, chercheur et auteur* de renom, observe que, même pendant les pires crises, certaines entreprises ont su rester humaines et solidaires envers leurs employés, leurs clients et leurs fournisseurs. Il estime que, même pendant cette terrible crise provoquée par le coronavirus, ces comportements altruistes pourraient perdurer.

Cadremploi : Le pays est en train de traverser une grave crise sanitaire provoquée par l’épidémie de coronavirus, qui pourrait se doubler par une grave crise économique.  Pourtant, vous restez optimiste et vous observez des entreprises qui se comportent bien avec leurs fournisseurs et leurs salariés. Avez-vous des exemples à nous donner ?

Isaac Getz : Oui, tout récemment, le directeur industriel d’un grand groupe (qui préfère rester anonyme) a annoncé à ses fournisseurs qu’il n’allait pas répercuter l’ensemble de la baisse de 15% des commandes que l’entreprise subit. Concrètement, l’entreprise achète 50% de ses produits à ces fournisseurs extérieurs et fabrique le reste sur place. Donc, il aurait  parfaitement pu dire : « Moi, je baisse de 30% les achats chez vous et je garde mes usines qui tourneront à plein régime », mais il ne l’a pas fait. A la place ; il a dit : « On va partager le fardeau, je vais subir aussi ».

Est-ce cela que l’on appelle des « solidarités nouvelles » ?  

Oui, c’est notre président qui les a baptisées ainsi mais pour ces fournisseurs, ce n’était pas de nouvelles solidarités, car elles étaient déjà en place et c’est comme ça que cette entreprise fonctionnait depuis le début avec les fournisseurs en leur disant ; « Vous n’êtes pas des fournisseurs, vous êtes de vrais partenaires ».

Cela rappelle le comportement de certaines entreprises lors de la crise de 2008 ?

Oui comme celui de SEW-USocome, cette grosse PME industrielle du nord de l’Alsace.  Lors de la grande crise de 2009, c’était la seule entreprise industrielle de la région qui n’a pas procédé au chômage partiel. Elle a pourtant subi une baisse de 10% puis de 30% de son carnet de commandes. La direction a préféré baisser les salaires, en commençant par les plus hauts, ceux des dirigeants, des managers et des commerciaux. Ils ont informé en permanence l’ensemble des salariés sur de grands tableaux, comme dans les aéroports, dans lesquels étaient affichés chaque jour par rapport à l’année précédente ou ils en étaient. En même temps, ils ont appelé l’ensemble des salariés à vivre sur l’essentiel et des initiatives ont commencé à fleurir.

Revoir aussi l'émission du 16 octobre derner : Générosité, confiance, gratitude… et s’il existait des entreprises altruistes ?

Pensez-vous que des compagnies aériennes vont pouvoir dire à leurs clients qu’ils peuvent reporter leurs voyages ?

Il y a déjà des messages en ce sens. Une compagnie a déjà dit : « vous pouvez reporter votre voyage sur les 12 prochains mois, quelle que soit la date et quelles que soient les conditions tarifaires ». Certains clients d’autres compagnies sont en train de perdre leur billet non modifiables ou non remboursables faute de réponses de leur compagnie. Elles vont regarder si leur modèle économique leur permet de faire le nécessaire pour s’en sortir. Certains vont dire, c’est complétement fou, ils vont faire faillite ! Mais le modèle économique avec lequel ces compagnies fonctionnaient est caduque. On entre dans quelque chose de complètement nouveau qui n’a pas de logique. Comment garder les clients ? On peut aussi se dire : comment servir tous les clients que les autres vont laisser tomber ? Car les clients s’en souviendront !

 

Et pour les entreprises qui ont des difficultés financières et que leurs banques lâcheront, pourront-elles aller dans d’autres banques ?

C’est une question que nous avons étudié avec Laurent Marbacher dans notre livre*. En 2009, une banque Suédoise qui s’appelle Handelsbanken qui est une des trois principales banques suédoises, a ouvert les robinets aux TPE et PME qui avaient besoin d’argent alors que les autres banques les lâchaient. Après la crise, tous ces clients se sont souvenus de ce geste et sont restés chez Handelsbanken. Pendant 7 ans, cette banque a été la banque la plus admirée des Suédois.

Par leur comportement altruiste, ces entreprises peuvent donc en tirer une santé économique ?

J’insiste sur le fait que c’est une logique, et que le modèle économique d’il y a encore un mois est caduque et juste penser qu’aujourd’hui on fait tout pour nos clients et aussi pour les autres qu’on laisse tomber, c’est un pari, mais un pari bénéfique.

 

Ces entreprises font-elles de la philanthropie ?

Pas vraiment car elles ne font pas des dons désintéressés. Elles ne signent pas des chèques, elles ne donnent pas aux autres, elles ne lancent pas une activité à côté pour aider quelqu’un. Elles transforment la façon dont elles travaillent.

Quel est leur intérêt ?

Sauver des fournisseurs de la faillite, c’est important pour la supply chain. Etre souples avec les clients, cela les rend plus fidèles. Ne pas traiter ses salariés comme une variable d'ajustement mais au contraire comme des êtres humains, c’est préserver son cœur de métier. D’ailleurs, C’est plus facile si vous avez commencé à vous comporter de cette manière-là bien avant, mais ce n’est jamais trop tard. C’est peut-être le moment de se saisir de cette crise et de transformer la façon dont vous vous comportez vis-à-vis de vos salariés, de vos clients et de vos fournisseurs.

* L'entreprise altruiste, paru le 17 octobre 2019 chez Albin Michel, est le fruit de 5 années de recherche, signé Isaac Getz et Laurent Marbacher.

 

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