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Jean-Dominique Senard : quel boss arrive chez Renault ?

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Gilles Boulot et Sylvia Di Pasquale

25/01/2019

[Video] Exit Carlos Ghosn, bienvenue Jean-Dominique Senard. Réputé humaniste, issu du sérail de l’automobile et spécialiste de l’Asie, il semble tout désigné. De quelle gouvernance le nouveau boss de Renault est-il le nom ?

Pour l’effet de surprise, c’est raté. Archi-favori, et seul en lice, Jean-Dominique Senard vient d’être désigné pour succéder à Carlos Ghosn. L’affaire a été entérinée le 24 janvier, quelques heures seulement après la démission de l’ex-PDG de Renault, toujours incarcéré dans sa prison japonaise. C’est donc un homme du sérail automobile qui en remplace un autre. Mais JDS – comme le désignent les milieux d’affaires – reste encore, jusqu’au 17 mai prochain, PDG de Michelin, le manufacturier de pneus qui était aussi l’ancienne maison de Carlos Ghosn, avant qu’il ne rejoigne Renault en 1997.

Un patron du sérail

Michelin est le deuxième fabricant de pneus de la planète derrière le japonais Bridgestone. Jean-Dominique Senard connait donc parfaitement les us et coutumes de la filière automobile mondiale. Il est notamment rompu aux négociations entre les équipementiers et les constructeurs, mais aussi entre les pétroliers et ces mêmes constructeurs (qui ont tous des accords avec l’un d’entre eux) puisqu’il travaillait chez Total, avant de rejoindre le Bibendum en 2012 et d’en prendre la tête trois ans plus tard. En revanche, cet ex-HEC n’a pas l’expérience du mode de fonctionnement d’un constructeur qui est, avant tout, un donneur d’ordres et un assembleur, puisque 80 % des pièces d’une auto proviennent d’entreprises extérieures.

Un boss humaniste

JDS a l’image d’un humaniste depuis son accession à la tête de Michelin. Il a fait entrer un représentant syndical au sein du conseil d’administration et la plupart de ses salariés le décrivent comme un homme de proximité ultra accessible. Son DRH se souvient encore de la chaleureuse accolade de son PDG venu lui remettre son trophée de DRH de l’année 2018 sur la scène du théâtre des Sablons en juin dernier :

Une personnalité qui peut rassurer les quelque 180 000 salariés du groupe Renault (Renault, Dacia, Alpine, Lada- Avtovaz et Samsung Motors), et surtout mieux convenir à ceux qui avaient fait à Carlos Ghosn la réputation d'un monarque inaccessible et froid.

Pour autant, son remplaçant n’est pas seulement un patron à la cool. Surtout selon les ex-salariés de l’usine Michelin de Joué-Les-Tours que JDS n’a pas hésité à fermer en 2013. Certes, en parallèle, il a investi 800 millions d’euros sur les autres sites de production français et a développé un centre de R&D à Ladoux près de Clermont-Ferrand qui emploie aujourd’hui 3 000 personnes.

Un décideur engagé  

Parmi les convictions que le citoyen Jean-Dominique a mises en pratique dans sa propre entreprise, le boss Senard offre un statut protégé aux salariés de Michelin qui souhaitent se lancer en politique. L'entreprise accorde ainsi 30 jours d'absence à un salarié qui souhaite faire campagne pour un mandat national au lieu des 20 jours accordés par la loi. Et elle lui garantit à son retour un poste tenant compte des nouvelles compétences acquises au cours de son mandat. Mais pourquoi inciter ses propres salariés à décrocher des mandats électifs ? « Pour rééquilibrer la représentation nationale en diversifiant l’origine professionnelle des élus », défend le co-auteur du rapport ayant donné naissance à la Loi Pacte.  Il s’en explique dans l’intervention qu’il a faite au DRH de l’année le 11 juin 2018, en présence de Jean-Christophe Fromentin, le maire de Neuilly, avec qui il travaille pour « impliquer davantage la société civile dans la vie collective » (retrouvez ici le rapport de l’Institut de l’entreprise qu’il évoque au cours de son intervention :

 

Un président mondialiste

Lorsque le nouveau président du conseil de surveillance de 66 ans prendra ses nouvelles fonctions, charge à lui d’être « l’interlocuteur principal du partenaire japonais et des autres partenaires de l’Alliance pour toute discussion sur l’organisation et l’évolution de l’Alliance » selon le communiqué publié par Renault à l’issue de sa nomination. Une charge où il se retrouvera seul face à Nissan, qui a livré à la police japonaise toutes les charges qui pèsent sur Carlos Ghosn et n’entend pas laisser Renault (qui détient 43 % des actions du constructeur nippon) mener seul la barque de l’Alliance comme Ghosn a pu le faire pendant 20 ans. Ce temps est révolu et JDS devra batailler ferme pour faire entendre sa voix au sein d’un conseil d’administration de Nissan où les rapports franco-japonais sont quelque peu tendus depuis deux mois.

Jean-Dominique Senard a une bonne connaissance de l’Asie, mais il a surtout développé la présence de Michelin en Chine, en Inde et en Thaïlande et ne dispose au Japon que d’une présence réduite. Il devra donc apprendre très vite les usages de l’archipel. Reste qu’il aura tout loisir de se focaliser sur l’Alliance, puisque la direction exécutive du groupe est désormais déléguée à son numéro deux, Thierry Bolloré. L’omnipotent Carlos Ghosn assurait les deux fonctions, tout en dirigeant également Nissan ainsi que Mitsubishi, le troisième larron de l’Alliance. Cette redistribution des rôles est aussi un signal que les temps ont changé à Billancourt.

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