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Le nucléaire cherche à attirer des cadres d’autres secteurs

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Gilles Boulot

20/11/2018

Pas vraiment en bout de course, le nucléaire voudrait recruter comme jamais, y compris dans d’autres branches. 5000 postes seront à pourvoir au cours d’un forum de l’emploi cette semaine, 16 000 d’ici 2020. Mais pourquoi faudrait-il postuler dans un secteur à l'avenir incertain ? Interviews croisées de recruteurs.

La vie est mal faite. Il est des secteurs qui bénéficient d’une excellente image mais ne recrutent pas. Et puis il y a le nucléaire dont l’avenir est incertain, dont le présent fait peur, et qui voudrait embaucher 16 000 personnes d’ici deux ans, principalement des techniciens et ingénieurs, qu’ils soient jeunes diplômés ou expérimentés. Alors, du CEA (commissariat à l’énergie atomique), à Orano (ex-Areva) en passant par Framatome, les 20 plus grosses entreprises de la branche vont tenir salon et proposer, le temps d’une journée, pas moins de 5 000 postes.

Le premier salon dédié aux recrutements du nucléaire

Ce NuclearJobday, c’est Eric Vial qui l’organise. Et il reste prudent quant au succès qu’il va rencontrer. « C’est une première », avance, modeste, le commissaire général du salon qui se déroulera à la Grande Arche de La Défense ce vendredi. Pourtant, avec un tel plateau, et autant de postes de techniciens et d’ingénieurs proposés, du jeune diplômé au très expérimenté, le doute ne devrait pas être permis. « D’autant que le secteur est très ouvert aux diplômés de formations extérieures, comme l’automobile, le BTP, l’informatique ou l’aéronautique : 80% des recrutements se font en dehors de la filière ». Sauf que l’on n’est ni chez Bouygues, ni chez Airbus, ni chez PSA, mais dans le nucléaire, un univers où il est question de démantèlement de certaines centrales, voire d’un démantèlement de tout le secteur à long terme.

Le nucléaire, un empire en vert

Alors Eric Vial, comme les décideurs des entreprises recruteuses tentent de rassurer, et de s’assurer la présence des candidats à leur forum dans un premier temps, et dans leurs entreprises dans un second. Elles mettent notamment en avant le côté « écologique » de leur activité (le nucléaire étant, c’est un fait, totalement décarboné). Mais ces entreprises jouent aussi de la quête de sens des éventuels candidats, en insistant sur l’intérêt général et le service public, puisqu’il représente 75% de l’énergie électrique française.

Des carrières à l’international

Une prudence et un greenwashing peut-être pas si indispensable que cela. Cyrille Molina lui, ne se réfugie pas derrière un environnementalisme forcené. Il a créé un bureau d’ingénierie conseil, travaille uniquement dans le nucléaire, et l’assume. Son entreprise, Oakridge, emploie 48 ingénieurs et docteurs et il en cherche 15 autres. « Des gens qui assument, comme moi ». Des gens qui ont une première expérience, et à qui il propose de travailler sur des systèmes différents, dans tous les pays où les réacteurs civils existent déjà, ou sont en cours de construction. « En Corée du Sud, en Chine, ou en Afrique du Sud ». Pour autant, les salaires qu’il propose, et les autres entreprises du secteur avec lui, ne sont pas plus importants que dans d’autres branches, « même si on s’aligne ». Sauf que cette confiance qu’il garde dans son pouvoir d’attractivité, n’empêche pas certains des postes qu’il veut pourvoir d’être ouverts depuis des mois, sans candidats. La faute à la pénurie d'ingénieurs sur le marché : « Il y a plus de postes d’ingénieurs à pourvoir que de candidats ».

Des techniciens propulsés ingénieurs

Chez Thierry Nourdin, peu importe la rareté des ingénieurs. Pour le président d’Alcadia, une autre PME qui travaille pour les grands opérateurs du nucléaire, « un bon technicien supérieur et expérimenté, on fait tout pour le garder. On en fait un ingénieur maison avec un statut cadre ». Il veut recruter 40 personnes d’ici un an pour son entreprise qui compte 130 salariés. « C’est dire si le secteur est en croissance ». Quant à la réticence de travailler dans le nucléaire, il ne la voit pas. « Les candidats des grandes écoles d’ingénieurs, Centrale ou Supelec sont pragmatiques et savent que c’est une formidable technologie ». Ces ingénieurs, Thierry Nourdin les recherche dans plusieurs spécialités, l’électricité bien sûr, « mais aussi l’électronique, le digital et la construction. » Notamment des spécialistes des matériaux résistants à de très hautes températures qui officient souvent dans le domaine spatial.

On se demande même pourquoi c’est la première fois qu’on organise un tel salon.

Orano, kezako ?

Mais si Alcadia n’a pas de souci d’image, il est une autre entreprise, beaucoup plus importante, qui en souffre, mais pas à cause du nucléaire qui sent le souffre, plutôt en raison d’un nom de marque inconnue et d’un passif pas vraiment sexy. Areva, en faillite, a été scindé en deux. Framatome a repris une part des activités et le reste est aux mains d’une nouvelle entité baptisé Orano, mise en place il y a moins d’un an. Jean Cassingena en est le directeur emploi & formation et la pénurie de cadres et ingénieurs il connaît. « Je dois recruter 800 CDI en 2019, dont 45 % d’ingénieurs ». Et ses concurrents ne sont pas dans son secteur, mais dans l’aéronautique, le naval, ou l’automobile, des entreprises qui recherchent les mêmes candidats que lui. « Et qui ont des noms plus connus que celui d’Orano pour l’instant. » Pour autant, il ne désespère pas. Car si des ingénieurs formés dans les prestigieuses écoles lui viennent à manquer, il sait qu’il peut compter sur les techniciens qu’il a fait monter en grade, à coups de parcours de formation parfaitement au point chez Areva hier et chez Orano aujourd’hui.

Le nucléaire moins attractif que le spatial

Mais la montée des compétences en interne et une attitude totalement décomplexée par rapport au débat sociétal sur le nucléaire ne suffisent pas pour autant à générer suffisamment de candidatures pour combler les besoins des entreprises qui seront présentes au Nuclearjobday, puisqu’elles ont toutes répondu à l’invitation sans lésiner. « On se demande même pourquoi c’est la première fois qu’on organise un tel salon, » s’interroge Thierry Nourdin. C’est que, malgré tout, le secteur est moins sexy que le spatial, l’automobile ou l’aviation. Un désintérêt plus qu’une véritable répulsion qui se double de la pénurie d’ingénieurs et de scientifiques qui sévit partout.

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commentaires

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Xiong, Mao, Xiongmao

23/11/2018

à 09:09

Ça va être explosif!

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olivier Femenias

21/11/2018

à 08:32

Le nucléaire, comme le spatiale ou la défense, est un secteur qui m'intéresse. En tant que commercial, j'ai été Sales Manager, Directeur Commercial de sociétés de 1000+ employés. Je cherche à changer de secteur d'activité et mettre à profit mon expérience en France et à l'international. Je reste persuadé que le nucléaire a un bel avenir et que le savoir-faire français est une référence à l'export. Je viens de déménager sur Toulouse et il se trouve que le marché de l'emploi local, basé sur l'aéronautique et le spatial, recrute dans un vivier de profiles déjà spécialistes de ces domaines. C'est dommage, car, vendre à de grands comptes, à des gouvernements un réseau TNT (ce que j'ai déjà fait), des Airbus ou des réacteurs est la même démarche.
Aussi, je suis ouvert à toute opportunité dans le nucléaire....

> Répondre

En réponse à olivier Femenias

Xiong, Mao, Xiongmao

23/11/2018

à 09:08

Dans la définition de bullshit jobs, on commence à inclure les jobs socialement irresponsables. Trader, publicitaire, marketer, etc.
Pensez-vous que travailler dans le nucléaire et prendre le risque, suite à un accident de fermer pour des siècles des régions entières comme à Tchernobyl et Fukushima est socialement responsable?
Sans compter que cette industrie qui produit depuis un demi siècle ne sait toujours pas quoi faire de ses déchets...

> Répondre

En réponse à olivier Femenias

Nuclearjobday

22/11/2018

à 23:16

@Olivier Femenias Venez au Salon demain ! Vous ferez de belles rencontres professionnelles!

> Répondre

En réponse à olivier Femenias

Nuclearjobday

22/11/2018

à 23:11

@Olivier Femenias Venez au Salon demain ! Vous ferez de belles rencontres professionnelles!

> Répondre

En réponse à olivier Femenias

Sylvia Di Pasquale, rédactrice en chef Cadremploi

21/11/2018

à 17:24

Bonsoir Olivier, pensez-vous vous rendre sur ce salon ? Si oui, venez nous raconter si vous avez trouvé une entreprise ouverte à des profils de commerciaux comme le vôtre. Merci pour votre message. Bien cordialement.

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