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Le télétravail progresse mais les managers freinent les dirigeants

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Sylvia Di Pasquale

22/02/2019

Presque 30 % des salariés français pratiquent désormais le télétravail selon la dernière étude Malakoff en date. Mais cette progression se heurte notamment aux réticences de leurs managers.

Ses défenseurs ont de quoi se réjouir. Plus de 5,5 millions de Français, soit 29 % des salariés français déclarent télétravailler, selon la 2e édition de l'étude Malakoff Mederic Humanis (MMH) réalisée auprès de salariés, de managers et de dirigeants*. C'est 4 points de plus qu'en 2017. Le télétravail est donc bel et bien en marche.
Rien à voir avec le parti présidentiel, même si les ordonnances Macron, qui devaient simplifier la mise en place de ce système, commencent à faire effet un an et demi après leur adoption, puisque c'est bien le télétravail contractuel qui augmente le plus (+50%), celui qui fait l'objet d'un accord collectif ou d'un avenant au contrat de travail favorisé par ces fameuses ordonnances.
Problème pour la continuité de ce vaste mouvement : le nombre d'entreprises qui proposent du télétravail n’augmente pas, ou très peu : ce sont celles qui le pratiquaient déjà qui l'ont ouvert à davantage de salariés, tout simplement. Des convaincues qui continuent. « Les entreprises qui ont commencé par le plus facile, et qui sont en train d'étendre à d'autres catégories de salariés, » estime Anne-Sophie Godon, qui a dirigé cette étude pour MMH.

Les cadres premiers concernés par le télétravail

Sans surprise, les cadres sont les premiers bénéficiaires du télétravail. « Leur statut les reconnait comme autonomes et ayant la capacité à organiser leur temps. Le télétravail leur convient donc très naturellement », rappelle Anne-Sophie Godon. La moitié des télétravailleurs sont des cadres et ils sont même 72 % chez les cadres managers d'équipe. On les retrouve majoritairement dans les services (et plutôt les bureaux d'études techniques et le conseil).
Reste que si l’habitude de travailler en dehors du bureau se propage, elle est loin de se généraliser tout au long de la semaine. La moyenne, ne dépasse pas 7 jours par mois chez l'ensemble des télétravailleurs. La majorité (58%) ne la pratique que quatre jours, voire moins, par mois; 22 % sont absents du bureau plus d'un jour par semaine, et 20 % sont intégralement en télétravail. On est toujours loin des chiffres étrangers, et notamment des Etats-Unis.

Le domicile premier lieu de télétravail

Mais où se déroulent ces journées de boulot hors les murs ? 92% des télétravailleurs travaillent à leur domicile, dont 61% dans un espace dédié. Mais certains salariés pratiquent plusieurs lieux : 35% d'entre eux bossent dans un bureau satellite mis à disposition par l'entreprise à l’extérieur. Tandis que seuls 21 % investissent les fameux " tiers lieux" (espaces de co-working, café) qui pullulent à Paris. On n'en est pas encore au boom de ces endroits qui devaient, à leur création, révolutionner les manières de travailler. Enfin, 15 % des sondés travaillent au moins une fois par semaine chez un client, et 11 % dans leur voiture, entre deux rendez-vous et deux déplacements.

 

Les bénéfices reconnus du télétravail


Pour 79 % des dirigeants sondés, le télétravail améliore l'engagement des salariés et leur productivité. Tandis que deux tiers d'entre eux y voient aussi un gain d'image employeur (69 %) et une occasion de renouveller des pratiques managériales (64 %). « Sur ce point, le télétravail est perçu comme un levier pour que les managers apprennent la délégation, le management par la confiance, la responsabilisation etc. », anayse Anne-Sophie Godon. Quant au gain d'espace immobilier, il n'est évoqué que par 38 % d'entre eux.


De leur côté, les salariés en télétravail estiment qu'il les rend plus autonomes (90 %), plus efficaces (89 %), moins fatigués et avec un meilleur équilibre de vie pro/perso (85 %) ou encore leur permet de faire des économies notamment le midi (84 %). «  Eliminer ce gros point noir dans la vie qu'est le temps de trajet domicile-travail est une forte motivation surtout en Ile-de-France », rappelle la directrice de l'innovation chez MMH.


Les réticences des big boss


Restent toujours plus de 20 % de patrons réfractaires au télétravail. En éliminant l’incompatibilité de certains postes, estimés à 50 % des emplois en France, il reste néanmoins 20 % d’emplois à conquérir et de dirigeants à persuader du bien-fondé du télétravail. Ces derniers avancent aujourd’hui quatre raisons de ne pas y céder, et, en premier lieu, les risques liés à la sécurité des outils informatiques pour 45 % de ces résistants. Ils ont également tendance, pour 31 % d’entre eux, à rejeter la faute sur les managers. Enfin, ils sont 28 % à redouter les contraintes administratives, malgré la simplification des dispositifs. Enfin, la crainte de la remise en cause du lien hiérarchique est mise en avant par seulement 22 % d'entre eux.

>> Lire aussi : Les clés pour convaincre votre employeur de télétravailler


Des managers réticents


La résistance des managers arrive donc en 2e position dans les motifs anti-télétravail. Et il semble que ce soit la raison déterminante qui freine sa progression en France. En effet, seuls 55 % des managers interrogés se disent favorables au télétravail dans leur entreprise. Pourtant, parmi ceux ayant déjà encadré des télétravailleurs, 83 % sont ravis de l’expérience tandis que ceux n'ayant jamais télémanagés sont seulement 45 % à être favorables.
Ces derniers avancent plusieurs arguments pour justifier leurs réticences. Et en premier lieu, ils craignent les difficultés de gestion de leur service (67 %), mais aussi, au même niveau, la complexification des échanges entre les collaborateurs. Ils redoutent également de perdre une partie de leurs responsabilités de managers, pour 55% d’entre eux. Mais ils pensent aussi à leur troupe au-delà de leurs propres difficultés. C’est ainsi que 56 % des anti ont peur de l’empiètement de la vie pro sur la vie perso de leurs collaborateurs. 55 % craignent que ces derniers tombent dans une forme d’addiction au boulot, et qu’ils n'arrivent pas à se déconnecter.


Les vraies raisons des managers favorables au télétravail


Evidemment, les managers qui ont testé le télétravail y sont plus favorables que les autres. Et ils en forcément entrevu les avantages, comme la plus grande autonomie des collaborateurs (93 %), le management par la confiance (89 %) et une meilleure efficacité des collaborateurs (86 %). Parmi ces managers pratiquant, seuls 18 % d'entre eux ont rencontré des difficultés dans la mise en oeuvre du télétravail.
Parmi ces complications, on trouve les difficultés à répartir la charge de travail (40 %) ou des obstacles pour détecter des collaborateurs en difficulté (40 %). Sans compter les difficultés à maintenir l'esprit d'équipe (38 %). « Ce qui est compliqué pour les managers intermédiaires, c'est l'opérationnel comme  la planification des réunions pendant le TT, la délégation au quotidien ou la communication à distance » souligne Anne-Sophie Godon.


Il est urgent de former les chefs d'équipes à distance


En fait, les managers, réticents ou non, souhaitent avant tout que leur entreprise ne mette pas la charrue avant les boeufs. Manager à distance ne s'improvise pas et ils appellent de leurs vœux des actions de formation/sensibilisation aux spécificités du télétravail. Mais ce n'est pas tout : 84 % d'entre eux lancent l'alerte et estiment qu’il faut d'urgence repenser le maintien des liens d'équipe pour éviter l'isolement.
Aux dirigeants d'écouter les besoins de ceux qui vont encadrer le télétravail, sous peine de créer une nouvelle forme de stress chez les managers d'équipe. Et sous peine de les voir persévérer dans leurs réticences et de se heurter à leurs collaborateurs qui réclament de plus en plus souvent ce nouveau type d'organisation.

 

* Etude "Télétravail : regards croisés  salariés et dirigeants", consultable sur le site du Comptoir de la nouvelle entreprise, le site dédié aux études de Malakoff Médéric Humanis sur les grands enjeux RH, publiée le 20 février 2019. Etude de perception réalisée avec l’IFOP du 30/11/2018 au 11/12/2018 auprès d’un échantillon représentatif de 1 604 salariés (dont 581 managers) et 401 dirigeants d’entreprises d’au moins 10 salariés.

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