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Les allocations chômage des cadres sont-elles menacées ?

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Sylvia Di Pasquale

28/02/2019

La réforme de l’assurance chômage est en marche et pourrait bien toucher les cadres. Les travaux ont commencé, et, sur le chantier, pour les cols blancs, le port du casque est recommandé. Décryptage des mesures de rabotage envisagées.

Ils sont moins au chômage que les autres (3,5 % en moyenne) et gagnent plus que les autres (56 000 € brut par an en moyenne, selon l’Apec). Alors, lorsqu’il s’agit de réformer l’assurance chômage, dans le but de réaliser des économies, les cadres sont tout désignés pour faire un effort. C’est en tous cas la vision du Premier ministre.

Après l’échec des négociations entre partenaires sociaux qui ne sont pas parvenus à s’entendre sur les moyens à mettre en œuvre pour renflouer l’Unedic, Edouard Philippe a repris le dossier en main et Matignon a bien l’intention d’aller au bout des changements en s’attaquant à l’indemnisation du chômage des cadres. Ce thème n’a non seulement pas été abordé par les syndicats du patronat ni ceux des salariés au cours des trois mois de négociations avortées, mais, de plus, il risque d’avoir l’assentiment d’une majorité de la population en ces temps de crise sociale sur fond de Gilets jaunes.

Deux mesures de poids

Deux pistes sont étudiées par le gouvernement qui, pour le moment, envoie ses troupes les évoquer par médias interposés, histoire de recueillir les réactions des concernés, et de leurs représentants politiques. Deux pistes, qui évidemment, ne font pas l’affaire des cols blancs et de leurs représentants, en commençant par leur syndicat, CGC-CFE qui, d’emblée, s’est dit agacé.

Alors, en attendant l’arbitrage gouvernemental qui devrait être rendu d’ici le mois de mai, passons au tamis les deux solutions envisagées :  

        1. La dégressivité : la double peine pour les cadres seniors

L’idée préférée du Premier ministre consiste à baisser au fur et à mesure les indemnités des cadres sans travail, sur le modèle de ce qui se pratiquait pour l’ensemble des salariés jusqu’en 2001 et que le gouvernement Jospin avait supprimée. L’argument d’Édouard Philippe en faveur de cette mesure est simple : malgré un taux de chômage ultra-faible, les cols blancs restent plus longtemps au chômage que les autres. Gilles Legendre, président du groupe La République en marche à l’Assemblée s’est déclaré, sur RTL, plutôt favorable à cette dégressivité des allocations.

Sauf que la grande majorité des allocataires en question sont les laissés pour compte du plein emploi des cadres : les seniors. Selon une étude conjointe menée par Pole emploi et l’Unedic fin 2016, ce sont eux qui se retrouvent sans emploi, et qui, après cinquante ans ont beaucoup de mal à retrouver un job. Ils seraient donc les premiers concernés, et punis, par cette dégressivité.

De plus, d’après une étude Pôle emploi publiée en août 2017, seuls 4 % des cadres indemnisés ne recherchent pas activement un emploi – c’est le cas de 8 % de l’ensemble des indemnisés.  Cette étude démontre que la grande majorité des demandeurs d’emploi cadres ne "profitent" pas du système.

>> Lire aussi : Qui sont les cadres au chômage

        2. Le plafonnement : une mesure pas très rentable

De son côté, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a évoqué, aux côtés du Premier ministre, un 2e dispositif et son éventuelle remise en question, au cours d’une conférence de presse donnée mardi. L’un des députés LREM, Aurélien Taché, avait d’ailleurs déjà lancé un ballon d’essai en août dernier à ce sujet.

Ce dispositif consiste à abaisser le plafond maximum autorisé pour les allocataires. Il est aujourd’hui fixé à 7 700 euros. Ainsi, un cadre qui gagnait 10 000 euros par mois lorsqu’il était en poste ne touche pas plus au chômage que son collègue qui émargeait à 25 000 euros par mois : tous deux sont indemnisés à hauteur de 7 700 euros mensuels.

Le plafonnement de ces indemnités permettrait-il à l’Unedic de faire des économies substantielles ? On peut s’interroger car le nombre de cols blancs touchant le plafond n’est pas assez élevé pour donner de l’air à l’Unedic. A titre d’exemple, en 2017, le précédent plafond, fixé à 6417 euros par mois, n’était octroyé qu’à 400 personnes, selon les chiffres de l’Unedic. Le taux de chômage des cadres a baissé depuis et le plafond a augmenté. Pas sûr que les quelques chanceux qui touchent ce maximum d’indemnités soient suffisamment nombreux pour combler le déficit de l’Unedic, qui devrait atteindre, pour l’an passé, 35 milliards d’euros.

Entre les deux mesures, le gouvernement balance

Abaissement du plafond ou dégressivité ? Tout le monde se demande vers quelle mesure va pencher la décision gouvernementale. Côté économies à réaliser, il est certain que la dégressivité est la plus intéressante. Reste un problème que risque de soulever le Conseil constitutionnel. Nombre de textes de loi et de décrets ont été retoqués par les sages par manque d’égalité.

Une loi, en France, doit concerner tout le monde ou personne. Or, sauf à généraliser la dégressivité à tous les chercheurs d’emploi, une manière de revenir au système d’avant 2001, l’anti-constitutionnalité guette. Politiquement, dans une période troublée, une telle mesure généralisée risque d’être terriblement impopulaire.

Reste le plafonnement des indemnités. Pour qu’il soit efficace en termes d’économies, il doit être fixé à un montant beaucoup plus bas pour concerner un maximum de cadres. En invoquant à plusieurs reprises le Danemark, Muriel Pénicaud et Edouard Philippe donnent peut-être un indice de ce qu’ils comptent mettre en place au mois de mai. Dans ce pays scandinave, le plafond est fixé à 2 700 euros.

>> Lire aussi :Limiter les allocations chômage des cadres, efficace ou démagogue

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