1. Accueil >
  2. Actualités >
  3. L'actualité de l'emploi >
  4. Les drôles d’indiscrétions de nos notes de frais

Les drôles d’indiscrétions de nos notes de frais

les-droles-dindiscretions-de-nos-notes-de-frais

Gilles Boulot

08/06/2018

Selon deux études récentes, les notes de frais des salariés français échappent au low cost et à l’économie partagée en marche dans la société. Sauf Uber qui a supplanté le taxi.

Une grosse somme pour les uns, une poussière pour les autres. Selon deux enquêtes réalisées par l’éditeur de logiciels Expensya, les Français établissent chaque mois à l’usage de leur employeur, 193,50 euros de notes de frais, soit 2 322 euros par an. « C’est une moyenne prenant en compte les ouvriers comme les cadres dirigeants », précise Yosra Troudy, responsable marketing en charge de l’étude. Entre un col blanc toujours entre deux avions et un ouvrier toujours entre deux chantiers, l’écart est forcément important.

Quel usage font les uns et les autres de ce pécule ? C’est ce qu’Expensya s’est demandé de façon tout à fait intéressée puisque la maison édite un logiciel de gestion de ces fameuses notes et a interrogé 1 000 entreprises qui en usent, dont 30% de grands groupes, et 70% de PME-TPE. Et les enseignes qui récoltent le plus de clients « business » ne sont pas vraiment celles que l’on imagine.

Air France et Accorhotels, chouchous des voyages d’affaires

Ainsi, pour les transports, qui représentent 622 euros par an et par salarié, si l’on passe sur les inévitables billets SNCF ou RATP et que l’on s’attarde sur les frais d’avion, Air France est loin devant les compagnies low-cost. Comme si Ryanair, Vueling et autres discounters de l’air n’étaient pas dans leur radar, et pas moins chers que la compagnie nationale. Les hébergements ? Très peu d’Airbnb. La palme revient aux bons vieux hôtels, et notamment ceux d’AccorHotels.

Qu’est-ce qui peut bien inciter les boites à privilégier des prestataires traditionnels, parfois plus chers que les nouveaux arrivants ?

Quant aux repas remboursés par l’entreprise, ils s’établissent à 32 euros par note. Une moyenne qui doit comprendre quelques pics, puisque les établissements le plus souvent cité ne sont autres que McDo, et les boulangeries industrielles Paul. Des établissements où l’addition atteint rarement ce montant. La moyenne est donc compensée par des notes de restaurant autrement plus gastronomiques. L’étude des déplacements en taxi est toute aussi intéressante. Car c’est le seul domaine où la nouvelle économie a gagné. Uber l’emporte, grâce peut-être à son système de facturation ultra-rapide par mail.

Les notes de frais, miroir de la bataille entre les économies

Alors, pour tous les autres domaines, qu’est ce qui peut bien inciter les boites qui préréservent les voyages de leurs salariés, à privilégier des prestataires traditionnels, parfois plus chers que les nouveaux arrivants ?

Pour les transports ferroviaires, c’est d’une logique que ne démentiraient pas les grévistes de la SNCF. L’ouverture à la concurrence n’est pas de mise donc le choix de la SNCF est inévitable. En revanche, pour l’aérien et la prédominance d’Air France et de sa filiale Hop, comme pour la domination d’Accor par rapport à AirBnB, Yosra Troudy avance une explication. « Les entreprises travaillent la plupart du temps avec des agences de voyages qui en passent par ces compagnies. L’open booking n’est pas très souvent de mise. »

Le doux chant des privilèges

Par open booking, la responsable du marketing entend un autre anglicisme, le do it yourself qui permet au cadre en déplacement de réserver lui-même ses avions et son hôtel. Mais si ces salariés étaient amenés à gérer eux mêmes leurs déplacements, pas sûr qu’ils s’y prendraient autrement, et qu’ils en passeraient par des vols low-cost et des locations de particuliers à particuliers, « car ils perdraient de la praticité et de la régularité pour les vols ».

>> Lire aussi : Notes de frais, comment se faire bien rembourser

Mais aussi, peut-être, conserveraient-ils leurs habitudes pour des raisons beaucoup plus vénales. Car les miles collectés sur Air France, autant que les points accumulés à chaque passage dans un hôtel du groupe Accor, les cadres en profitent durant leurs loisirs, pour eux-mêmes et en famille, sous forme de billets d’avions ou de nuitées à tarif réduit. D’où une certaine réticence à voler sur EasyJet et à dormir chez l’habitant. Même si c’est plus économique pour leur entreprise.

Un paradoxe que le plus grand film comique sur les voyages d’affaires, In the Air, avait mis en scène en 2009.  Georges Clooney y jouait un consultant en déplacement 322 jours par an, totalement addict aux privilèges octroyés par ses cartes de fidélité.

2

commentaires

Participez à la discussion

Réagir à cet article

DK

13/06/2018

à 10:34

Il ne faut pas oublier aussi les facilités pour les voyageurs et les entreprises misesen place par ces groupes: portail dédié, réductions diverses, souplesse dans la réservation...
On ne retrouve pas ou très peu ces services dans les compagnies Low-cost et la souplesse est toute relative...
Pour les aéroports, un salarié qui doit se rendre à Paris préfère atterir à proximité plutôt qu'à Beauvais notamment.

Pour les hôtels, la réservation par AirBnB n'est pas immédiate. L'hôtel est sûr, fiable et sans surprise au niveau équipemeent et confort.

En voyage pour le travail, l'aversion au risque peut être plus forte que pour l'agrément personnel (et les paramètres à maximiser différents aussi).

> Répondre

Salarié lambda

10/06/2018

à 23:14

Il me semble qu'une loi datant du général de Gaulle stipule que les points et autres bonus appartiennent à celui qui paye. C'est donc un délit pénal de les utiliser.
J'ai eu un truc fun il y a longtemps. Je travaillais à l'étranger, et un vendredi, j'étais près à partir quand, suite à une petite urgence on m'a demander de rester et de partir avec le dernier train. Vu que j'avais un billet non annulable non échangeable, la société prends en charge le billet de remplacement (authorisé par les loi travail et non considéré comme revenu en nature dans le pays, il me fallait par contre fournir le billet perdu ET le billet racheté. Comme la boulette venait d'un autre groupe, ça a été compté sur le budget du groupe. En revenant le lundi matin, mon chef me dit "j'ai été con, j'ai oublié de dire de voyager en première et de prendre tous les services payants que je pourrais trouver à bord"!!!!!

> Répondre

+