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Les profils atypiques ont-ils une chance de réussir au plus haut niveau ?

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Sylvie Laidet

24/09/2018

Autodidactes, candidats intellectuellement précoces ou anticonformistes jamais passés par une grande école… Ces profils "hors cadre" ont-ils une chance de réussir aux plus hautes responsabilités ? Avis d’experts.

En théorie, les profils atypiques ont tout pour être au top des organisations

« Les hauts potentiels intellectuels sont souvent davantage dans une posture de réflexion avec un point de vue différent. Par nature et par habitude, ils ont l’habitude de remettre les situations en question, là ou d’autres sont dans le moule et ultra conformistes. Ce « décalage » est une aubaine pour les entreprises notamment en matière d’innovation », souligne Cécile Bonnet, blogueuse et entrepreneuse atypique. Et Sophie Allaire, coach et formateur pour Demos, elle-même autodidacte de renchérir : « pour prouver leur légitimité, ils ont développé une forte capacité de travail et une certaine humilité. Ils sont souvent plus intéressants car moins pétris de certitudes ». Voilà pour la théorie.

 

>> Lire aussi : Etes-vous l'un de ces atypiques qui peut révolutionner l’entreprise ?

 

Sur le terrain, les profils atypiques peinent à s’imposer

En pratique, ces candidats atypiques peinent en fait à s’imposer au sommet des organisations. A cela plusieurs raisons. D’abord, la faute au très français culte du diplôme encore très prégnant dans les sociétés franco-françaises. A cela s’ajoute le conformisme du management. «On considère qu’il est toujours plus facile de manager des gens qui nous ressemblent que des moutons à cinq pattes », observe Cécile Bonnet. Du coup, les recruteurs chassent sur des terrains qu’ils connaissent bien et/ou qui leur sont plus faciles d’accès. A savoir, le réseau des grandes écoles, les annuaires d’anciens qui, même s’ils doivent être à jour dans les universités françaises, sont plus facilement accessibles dans les grandes écoles.

Ces profils ne carburent pas au pouvoir mais au défi

Manque de codes

« Il est de bon ton de dire qu’aujourd’hui tout est permis, même si on ne sort pas d’une grande école mais en réalité ce sera plus difficile, moins balisé pour ces candidats atypiques. Dans les universités par exemple, on ne prépare pas aussi bien au monde de l’entreprise et à ses codes que dans les grandes écoles. Du coup, les recruteurs estiment gagner du temps en embauchant des candidats possédant déjà les méthodes et les codes de l’entreprise », argumente Lorraine Kron du Luart, chasseuse de tête au sein du cabinet Eric Salmon & Partners. Enfin, si les « atypiques » ne grimpent pas (ou du moins ne réussissent pas toujours) au plus haut sommet, c’est aussi inhérent à leur personnalité. « Ces profils ne carburent pas au pouvoir mais au défi, au challenge et au sens de la mission. Ils sont en général cash, impatients et exigeants alors que les postes de pouvoir requièrent diplomatie, patience et structuration de la pensée. Les hauts potentiels intellectuels n’ont, à mon sens, pas les ressources pour fonctionner dans une monde ultra codé », résume Cécile Bonnet. Exit donc les profils atypiques dans le top management ?

 

Des raisons de rester optimistes

Pas si vite ! Le nouveau big boss d’Air France a débuté comme guichetier d’aéroport. Autre exemple, « Xavier Niel a interrompu ses études en première année de prépa », illustre Lorraine Kron du Luart. Les situations sont en fait très variées. Et merci la globalisation du business. « Dans les entreprises anglo-saxonnes, peu importe le passé du candidat, seules ses réalisations et ses performances au cours des 3-5 dernières années comptent, observe Thibaud Chalmin, chasseur de tête au sein de Elysées Consultants. On ne parle plus jamais des écoles. Je dirais donc que les profils atypiques ont plus de chance de réussir qu’hier mais que ça reste plus difficile que pour les autres. »

La pénurie de talents, notamment dans le secteur high tech, plaide également en faveur de l’intégration de profils atypiques. « Les start up recherchent également des candidats moins formatés qui pensent « out of the box », capables de s’adapter, qui ne savent pas qu’ils ne peuvent pas faire une chose et qui donc essaient et souvent réussissent », ajoute Sophie Allaire. Enfin, le lancement de certaines écoles disruptives (Ecole 42) et très prisées, participe au quotidien à casser le culte du diplôme d’une grande école de commerce ou d’ingénieur. Donc de bonnes raisons de ne pas baisser sa garde et de postuler quand même. En interne ou en externe.

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commentaires

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DocChomeur

26/09/2018

à 12:31

Bonjour,
La première chose est le conformisme de toute la filière économique : pourquoi chercher à embaucher un docteur alors qu'un ingénieur ou un ancien élève issu d'une école de commerce fera l'affaire, d'autant plus facilement qu'ils sont plus facilement accessibles ? Autrement dit, l'habitude itérative du chasseur de tête élimine d'emblée le diplômé de l'enseignement supérieur. Le commentaire sur l'impatience de ce dernier démontre totalement la méconnaissance du fonctionnement d'un docteur. Le défi et le challenge sont son lot commun. Qui mieux que lui peut accoucher d'un résultat dont les origines sont inconnues et les attendus imaginaires. Quant au sens de la mission, c'est au chef d'entreprise, à ses N-1 de les expliquer avec pédagogie et non d'estimer qu'elle est entendu pour tous, hormis bien entendu les nécessaires plus-values et bénéfices.
Ensuite, seulement, les préventions émises par les chasseurs de têtes et autres recruteurs ne relèvent de celles des Français que dans la non-reconnaissance sociale offerte aux titulaires d'un doctorat. A l'étranger, les docteurs peuvent se prévaloir de leur titre. En France, hormis les médecins, il faudrait peut-être s'excuser d'avoir un doctorat. Certains le font, en changeant d'orientation pour obtenir un emploi et échapper au chômage.

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job@oursblanc.netc.net

26/09/2018

à 12:10

Nous pourrions croire les commentaires liés à cet article comme hors sujet, tant ils portent le focus sur 2 problèmes distincts en France. L'accès au management pour les personnes à hauts potentiels, et l'accès à l'emploi pour les séniors. Pour autant ces 2 sujets ne sont pas si éloignés. On peut être sénior et haut potentiel.

Dans un monde ultra codé, fort bien décrit dans ce article, nous allons prendre cher, tant ce monde économique n'accepte pas ces ressources dites atypiques. Ces ressources qui ont la capacité de voir les 6 faces d'un cube en même temps, la capacité de raisonner à grande vitesse sans conformisme particulier pour rechercher le meilleur compromis à un problème donné, qui disposent d'une expérience professionnelle extrêmement riche de par sa diversités, complexité et sa complétude.

Ce monde ultra codé, voire ultra conservateur ne permet plus aux entreprises de sortir des sentiers battus, là où pourtant elles auraient besoins d'un regard différent, différenciateur et bienveillant.

Le management, qui est une des forces les plus importantes de l'entreprise puisqu'elle confère à celle-ci la possibilité de mettre en musique sa stratégie, son évolution, a tout simplement oublié sa fonction principale, pourtant décrite de si belle manière depuis les années 1960 : celle de gérer les ressources d'une entreprise, de les amener vers de nouveaux sentiers, de nouveaux horizons pour en faire un caractère différenciateur sur le long terme et donc une source de revenus... Ces acteurs importants ont fini par oublier leur mission première pour se glisser dans la ouate d'une pensée unique, de la facilité journalière, de l'action sans risque. Et ce formatage intervient très tôt dans les écoles, primaires, secondaires, grandes écoles...

Or, le risque est la clé de de tout mouvement, de toute évolution. Ce risque, c'est le moteur des "atypiques" comme il est rappelé dans cet article.
De part leurs multiples talents, ils sont ou peuvent devenir de très bons managers, ayant à la fois le souci de l’intérêt de l'entreprise, comme de chacune des ressources qui la compose, tout en ayant la possibilité d'humaniser la fonction de management.

En tant que sénior et profil à forte potentialité, l'écosystème économique ultra normé, me pousse à redevenir freelance comme en début de ma carrière, voici 27 ans, afin de faire valoir ma trajectoire professionnelle, riche, multiple. Après de multiples entretiens, j'ai compris que mon parcours fait peur, une peur totalement irraisonnée et pourtant bien ancrée, un peu comme celle que nous pourrions éprouver face à l'inconnu.

Et tant qu'en France, nous ne serons pas capable de retrouver le goût du risque, si cher à Goscinny, nous continuerons à laisser sur le bas coté des talents dont pourtant nos entreprises auraient grand besoin.

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En réponse à job@oursblanc.netc.net

abe

09/11/2018

à 09:03

Très intéressant com. On aurait plein de choses à partager. Il m'est arrivé quelques aventures avec des services de ressources humaines, assez cocasses, ces derniers temps. On s'aperçoit que les discours actuels très novlangue ne sont que du sucre syntaxique, comme on dit en programmation, masquant une réalité archaïque, immuable.
Nous français, sommes forts dans nombre de domaines, mais surtout pas le management des hommes.
Et ça nuit plus aux entreprises que le montant des charges.

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En réponse à job@oursblanc.netc.net

abe

09/11/2018

à 09:03

Très intéressant com. On aurait plein de choses à partager. Il m'est arrivé quelques aventures avec des services de ressources humaines, assez cocasses, ces derniers temps. On s'aperçoit que les discours actuels très novlangue ne sont que du sucre syntaxique, comme on dit en programmation, masquant une réalité archaïque, immuable.
Nous français, sommes forts dans nombre de domaines, mais surtout pas le management des hommes.
Et ça nuit plus aux entreprises que le montant des charges.

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pp

25/09/2018

à 14:47

Bonjour,

Nous vivons dans une société qui prône le changement mais qui en a peur lorsqu'elle y est confrontée. Cela est vrai en matière d'emploi. Pour nombre de DRH, sans diplôme reconnu par eux...... vous ne pouvez prétendre au poste convoité. Ils ignorent qui est Flaubert, qui disait : « Diplôme : signe de science, ne prouve rien ».

Voici quelques raisonnements qui pourront aussi clouer le bec à ceux qui pensent que la puissance grise est incapable au sens littéral du terme.

Les seniors sont en effet toujours les laissés pour compte dans le processus de recrutement. Voici les points litigieux mis en exergue par certains DRH et ma démonstration prouvant que ces prises de positions ne reposent sur rien. Les RH ont souvent des préjugés soit imposés par leurs clients ou leur hiérarchie soit innés mais ce sont des gens intelligents qui ne demandent qu'à être convaincus. Enfin..... en principe....

Point 1: Un senior est proche de la retraite (enfin de nos jours, la retraite....bref, passons)

Démonstration: Au rythme où vont les choses nous aurons plus de retraités que d'actifs d'ici quelques années surtout si l'on considère qu'un senior est inutile. On aura beau pousser l'âge de la retraite à 70 ans encore faut-il pour répondre à cette logique économique que l'on embauche des seniors justement..... lol

Point 2: Un senior est imprégné d'une culture très différente de celle de l'entreprise, remise en question des capacités d'adaptation.

Démonstration: La culture et l'esprit d'entreprise n'est pas l'apanage des plus jeunes. C'est étonnant de constater qu'il existe en France et ailleurs beaucoup d'entreprises plus que centenaires. Les anciens auraient-ils créé des entreprises sans savoir qu'ils en créaient un peu comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir ? Soyons sérieux !

Point 3: Comment, avec l'expérience qu'il a (mais aussi l'inexpérience dans cette nouvelle entreprise) le placer sur un poste où il sera managé par un plus jeune et peut être, moins compétent?

Démonstration: Justement à cause de cette expérience là qui outre le fait de lui conférer un certain savoir et savoir-faire lui donne en plus le recul suffisant pour savoir que La jeunesse est une douleur en manque de compréhension et assez d'humilité pour comprendre qu'on peut naître vieux et mourir jeune.

Point 4: peut coûter cher comparé à un plus jeune, en terme de salaire.

Démonstration: Si l'on compare un Senior à un jeune en se basant sur des critères de coûts, et donc en faisant un parallèle avec un produit de consommation je me bornerais en réponse à citer John RUSKIN : « Il n'est rien dans ce monde que quelqu'un ne puisse faire un peu moins bien et vendre meilleur marché. Ceux qui n'accordent d'importance qu'au seul prix sont la proie de cet individu (ou de cette idée) car s'il est stupide de payer trop cher, il est pire de ne pas payer assez. Lorsque vous payez trop cher, vous perdez seulement un peu d'argent. Lorsque vous payez trop peu vous perdez parfois tout, car le produit que vous avez acheté n'est pas capable de faire ce pourquoi vous l'avez acheté. La loi du juste équilibre dans les affaires interdit d'obtenir beaucoup en payant trop peu. C'est impossible. Si vous voulez traiter avec le moins disant, il est en effet avisé d'ajouter la contrepartie du risque auquel vous vous exposez. En faisant cela, vous disposez en fait de suffisamment d'argent pour payer quelque chose de mieux. »

Point 5: Un senior est considéré comme lent, voire dépassé, par les collègues, la hiérarchie.

Démonstration: Oui exact mais il s'agit là d'un point de vue subjectif en raison précisément de la question abordée au point précédent et non d'un fait établi de manière objective.

Point 6: Un senior peut faire peur au hiérarchique direct (compétences?)

Démonstration: En effet mais cela se produit souvent en raison du manque d'humilité de la hiérarchie en question, souvent jeune en l’occurrence et qui visiblement donne raison à l'adage selon lequel « L'erreur est humaine, admettre la sienne est surhumain. » ( Doug Larson ). Alors que l'expérience d'un senior lui rappelle pour l'aider à transmettre aux plus jeunes que  L'erreur n'annule pas la valeur de l'effort accompli. Et que se faisant ayant démontré à cette jeune hiérarchie toute la compréhension qu'il en a il finit par devenir pour elle davantage un moyen de réussite et de connaissance qu'une cause de trouble à l'ordre établi ou qu'un aiguillon dont le seul but serait d'affaiblir l'autorité par la démonstration de l'inexpérience dont elle pourrait faire preuve d'un point de vue strictement professionnel.

Conclusion au risque de me répéter à l'usage des DRH frileux sur la question de la sénioralité: Un senior n’admire pas la jeunesse pour la brutalité de ses certitudes mais pour la sincérité de ses angoisses. Alors, Pourquoi ne pas recruter un senior ? :

Je vous souhaite une excellente recherche,

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En réponse à pp

Pierre-Yves Nédélec

26/09/2018

à 15:41

Je suis tellement d'accord avec vous :-/

PYN - 58 ans - Bac + 5 en gestion, mais aussi tourneur fraiseur, écrivain, sulpteur... ce qu'on appelle aujourd'hui un multipotentiel, pour ne vexer personne, et chômeur en fin de droits ...

> Répondre

En réponse à pp

FranDumo

25/09/2018

à 17:19

Superbe écrit, encore faut-il que l’environnement professionnel actuel fasse table rase de cette insupportable exception française qui consiste à ne retenir que les diplômés et les JEUNES talents.
Et surtout que l’on arrête de dire que les seniors sont une sorte de menaces.
Avec plus de vingt ans d’expérience, soi-disant je « faisais peur ». A présent diplômé, comment suis-je supposé me positionner lors de mes candidatures ? Je ne vais tout de même pas me prostituer pour me garantir un revenu qui ne me permettrait que de payer mes factures, non ?...

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pc12314

26/09/2018

à 16:16

Bonjour FranDumo et P.Y Nédélec

La vérité d'un candidat ne se trouve pas dans qu'on écrit ou dit de lui. C'est à dire dans tous les documents dont on peut être en possession sur lui ou dans les opinions des recruteurs. Où alors ? Tout simplement dans son expérience. L'expérience d'un homme retrace souvent l'histoire de ses nostalgies ou de ses tentations, presque jamais sa propre histoire, surtout lorsqu'elle prétend à être autobiographique comme c'est le cas d'un CV. Or comment pourrait-on dissocier la biographie d'un être et ses nostalgies ou ses tentations qui, justement, constituent sa biographie ? En prenant compte de l'expérience. Celui qui recrute ne peut le faire valablement que s'il est lui-même expérimenté dans le même domaine que celui qu'il recrute.

Les méthodes classiques de recrutement sont toutes idéalistes. Les recruteurs idéalistes, subsument la diversité du candidat sous le registre unique de l'idée. Quand ils réduisent son "être" professionnel à des manifestations fortuites de concepts plus vrais que des épiphanies, ils pensent avoir résolu le problème. Les Homme d'expérience qui connaissent la loi de l'humain savent qu'on ne connaît jamais les gens mais qu'on les expérimente. Pour eux, je devrais dire aussi pour moi, la raison, les idées, les concepts valent moins que l'émotion, la sensation, la perception. Hérésie majeure dans la corporation des recruteurs qui s'évertue à enseigner le contraire. Pour elle, les sens sont trompeurs, elle leur préfère la déduction, l'analyse, les passions égarent, elle leur tourne le dos au profit de la raison. Je pense que "vivre le candidat" pour le penser mieux est mieux que le penser pour ne pas le vivre.

Le scepticisme ambiant que l'on oppose au candidat achève sa philosophie dans un dépassement qui l'abolit. S'approcher de l'humain suppose comprendre le matérialisme du sujet et de son histoire mais également et surtout le matérialisme du sujet inscrit dans son histoire. L'entretien doit contribuer à la construction d'un récit qui donne du sens au chaos existentiel de la personne qui candidate. Il s 'agit de comprendre et de faire droit à ce qui donne l'ordre existentiel dans le désordre ontologique de tout candidat. Tout le contraire en fait de ce qui fait la norme aujourd'hui.


Voici donc mon raisonnement sur l'opposition existant entre expérience (autodidactes) et connaissance (diplômés)

I) Peut-on faire de l’expérience une source de la connaissance ?

1) Exposition de la thèse idéaliste : la connaissance ne provient pas de l’expérience

Argument 1 : L’expérience sensible est toujours singulière, et la connaissance a une valeur universelle : une accumulation d’expériences singulières concordantes donnerait au mieux une généralité, mais pas l’universalité nécessaire à la connaissance.

Argument 2 : On ne peut donc pas dire que la connaissance provient de l’expérience sensible. Davantage même : les sens, loin d’être sources de connaissance, sont en fait l’occasion d’erreurs et d’illusions. C’est ce que démontre Platon dans l’allégorie de la caverne même si cette figure est discutable.

Argument 3 : Si la connaissance ne provient pas de l’expérience sensible, d’où vient-elle ? En fait, c’est par mes idées que je connais : seules les idées sont universelles, seules donc elles me permettent de connaître. Or, si mes idées ne proviennent pas des sens, c’est donc qu’elles sont innées : la seule source de la connaissance, ce sont les idées innées que j’ai en moi.

2) Réfutation de la thèse idéaliste et exposition de la thèse empiriste : toute connaissance provient entièrement de l’expérience

Argument 1 : Certes, une expérience sensible n’est pas en soi et d’emblée une connaissance, puisqu’elle est toujours singulière. Mais cela ne suffit pas à dire que mes idées sont innées : si c’est bien par les idées que je connais, ne peut-on pas affirmer au contraire que mes idées elles-mêmes viennent des sens, et qu’elles sont construites par la raison qui compare entre elles des expériences sensibles concordantes et en abstrait une forme générale ?

Argument 2 : En ce cas, rien n’est dans l’entendement, qui ne soit au préalable passé par les sens : l’expérience sensible est bien la seule source de la connaissance, même si la connaissance en dérive médiatement, et non immédiatement, puisqu’il faut encore que la raison compare entre elles les données sensibles.

II) Peut-on faire de l’expérience la seule source de nos connaissances ?

1) Réfutation de la thèse empiriste : la connaissance ne saurait provenir de la seule expérience sensible

Argument 1 : Si l’on peut effectivement douter que l’expérience sensible, comme le croyait Descartes, ne soit pour rien dans la connaissance, peut-on faire provenir toute la connaissance de l’expérience ?

Argument 2 : Une accumulation d’expériences singulières concordantes donne une généralité et non une universalité.

Transition : Mais alors comment passe-t-on d’une expérience sensible toujours singulière à la connaissance universellement valable ?


2) Exposition de la thèse de Kant : il faut, pour connaître, ajouter à la matière fournie par l’expérience, la force universelle du concept

Argument 1 : Comme le montre Kant, la seule solution consiste à ne pas faire dériver toute la connaissance de l’expérience : l’expérience sensible ou intuition fournit la matière à laquelle l’entendement donnera, par ses catégories a priori, une forme universelle.

Argument 2 : L’expérience est donc un moment nécessaire, mais non suffisant de la connaissance : s’il faut une expérience sensible pour pouvoir connaître, l’expérience sensible à elle seule ne constitue pas la connaissance.

3) Nos connaissances ne viennent donc pas entièrement de l’expérience. Mais comme elle en est un moment nécessaire, la limite de la connaissance sera la limite de l’expérience possible

Argument 1 : Sans intuition sensible un concept est vide ; sans concept une intuition est aveugle. Pour connaître, il faut à la fois l’expérience sensible et le concept, qui ne provient pas des sens, mais de la raison/de l’entendement.

Argument 2 : L’expérience n’est donc pas la seule source de la connaissance ; mais comme elle est un moment nécessaire de la connaissance, les limites de cette dernière seront les limites de l’expérience possible.

Conclusion

La position idéaliste qui est celle de Descartes apparaît donc en la matière difficilement défendable; mais, si la réfutation qu’en proposent les empiristes, au premier rang desquels Hume, semble convaincante, la thèse finale qui est la leur se heurte elle aussi à une difficulté véritable : dire que toute la connaissance provient de l’expérience, c’est faire de l’habitude et de la répétition le principe de formation de nos idées. Toute connaissance procéderait alors par induction; mais l’induction, justement, ne pourra jamais atteindre l’universel. Ainsi, des deux thèses examinées, chacune contredit l’autre sans être pour autant satisfaisante. Il est toutefois possible de dépasser cette contradiction.



L’expérience constitue une étape nécessaire mais insuffisante de la connaissance : la seule expérience sensible ne peut définir représenter la connaissance. La connaissance implique obligatoirement l'intégration de ce qui provient de la raison par opposition à ce qui est issu du sensible. La connaissance ne provient donc pas totalement de l’expérience cependant on peut affirmer que ses limites sont celles de l’expérience possible. Ce qui implique que plus les limites de l'expérience sont repoussées plus la connaissance est grande. Et donc que plus un sujet est expérimenté plus il devient expert. Ce qui confirme l'aphorisme de Paul Ricoeur: "Tout autodidacte est un élite et un génie de la maîtrise du parfait d'un savoir "

> Répondre

En réponse à pc12314

Hishigawa Sunmagma

01/10/2018

à 11:19

C'est beau et richement bien accompagné de citations de penseurs universels. Et pour finir la conclusion qui milite pour l'équilibre entre théorie et expérience sur notre sujet, est un hymne à la voie du milieu chère à un autre penseur universel: Bouddah

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