Plan de continuité d’activité : qui sont les professionnels qui aident les entreprises à redémarrer suite au Covid-19 ?

Publié le 21 avril 2020 Mis à jour le 30 juin 2020 Aurélie Tachot

TÉMOIGNAGES - On les surnomme les « urgentistes des entreprises » ou les « super-héros » de la relance. Les experts du PCA – alias plan de continuité d’activité – sont chargés de remettre l’entreprise sur les rails après une crise majeure comme celle du Covid-19. Qu’ils travaillent au sein de cabinets de conseils, de cabinets d’avocats ou directement dans les entreprises, ces spécialistes sont actuellement sur le qui-vive. Qui sont ces professionnels dans lesquels les dirigeants fondent beaucoup d’espoir ? Quelles qualités doivent-ils avoir pour sortir les entreprises de la tempête ? Comment entrevoient-ils l’après-crise ? Quatre spécialistes, aux personnalités somme toute très différentes, ont répondu aux questions de Cadremploi.
Plan de continuité d’activité : qui sont les professionnels qui aident les entreprises à redémarrer suite au Covid-19 ?
  1. « Un expert en plan de continuité d’activité n’est pas un psychologue »
  2. « Les enjeux humains sont ma priorité »
  3. « Faire preuve d’humilité et de modestie est une qualité essentielle »
  4.  « Je vois émerger de beaux élans de solidarité »
  5. 33% des entreprises disposent d'un PCA

« Un expert en plan de continuité d’activité n’est pas un psychologue »

Bruno Gourévitch, associé au cabinet Altaïr Conseil.

« J’ai créé le cabinet en 1992 mais c’est à partir de 2001 - une date symbolique - que j’ai été sollicité pour travailler sur la gestion des risques de tous types : le terrorisme, la malveillance, les cyberattaques, les catastrophes naturelles, les risques psychosociaux… Comme à chaque crise sanitaire (la grippe H1N1, le virus Ebola…), mon activité est plus importante actuellement car il subsiste beaucoup d’incertitudes quant à l’évolution de la situation. Dans le contexte du Covid-19, je créée, au sein des entreprises, des cellules de crise qui rassemblent les dirigeants et des managers afin de trouver rapidement des solutions aux problèmes rencontrés :

  • débloquer des contraintes d’approvisionnement de matières premières
  • affronter le tarissement de la demande
  • élargir les plages horaires de travail du personnel tout en écoutant les IRP
  • éviter la radicalisation des tensions…

Même si mes interlocuteurs sont confrontés à une situation éprouvante et douloureuse, j’estime que mon rôle n’est pas de les rassurer, le contexte actuel n’étant pas exempt de craintes.

Mon rôle est plutôt de rationaliser les processus et de minimiser les émotions fortes que la crise induit au sein des équipes. À mes yeux, un expert en plan de continuité d’activité n’est pas un psychologue, c’est un spécialiste de l’entreprise. Ma mission relève donc davantage de l’accompagnement que du coaching. Mon objectif est d’aider les équipes à réagir et à mettre en œuvre leurs actions. Ce n’est pas de jouer sur leurs ressorts psychologiques. » 

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« Les enjeux humains sont ma priorité »

Cécile Weber, responsable PCA au sein du groupe MAIF et vice-présidente du Club de la continuité d’activité.

« Après avoir suivi une formation juridique et travaillé dans le contentieux, j’ai découvert la gestion des risques. C’était en 2009, au moment de la crise de la grippe H1N1. Ce qui m’a tout de suite intéressée, c’est ce challenge : avoir une vue suffisamment transverse d’une organisation et de ses processus pour identifier ce qui est le plus vital pour elle, dans le but de faire redémarrer son activité en mode dégradé, en cas de crise majeure.

Aujourd’hui, dans le contexte du Covid-19, je coordonne le dispositif de gestion de crise et anime la cellule de crise opérationnelle de la MAIF. Les enjeux humains, qui sont certainement les plus difficiles à adresser lorsqu’on est responsable PCA, sont ma priorité. Ils priment toujours sur le reste.

 

Je travaille sur des scénari de crise diverses afin d’adapter au mieux nos outils de résilience.

 

La dimension prospective de mon métier me plaît également beaucoup : je dois être dans l’anticipation, me projeter sur le « coup d’après », envisager des scénarios pessimistes mais néanmoins réalistes sans pour autant briser les ambitions entrepreneuriales de la gouvernance. Etant donné le caractère inédit de la crise du Covid-19 - aucun outil n’avait modélisé un confinement généralisé -, je réfléchis aujourd’hui davantage aux nouvelles menaces qui pourraient nous toucher dans le futur.

Ces prochaines années, les changements climatiques pourraient par exemple avoir des conséquences en cascade sur la diminution des ressources, la migration des populations, les problèmes d’alimentation… Les menaces liées à la cybercriminalité, aux fake news, aux crises d’image sont autant de scénarios sur lesquels je travaille, afin d’adapter au mieux nos outils de résilience. »

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« Faire preuve d’humilité et de modestie est une qualité essentielle »

Vazrik Minassian, fondateur du cabinet de conseil Adenium.

« Après avoir été diplômé de l’ICN Business School de Nancy, j’ai suivi, en 2004, une formation complémentaire en gestion des risques et gestion de crise, à l’Université Panthéon-Sorbonne. À l’époque, la notion de plan de continuité d’activité n’existait pas en France. Aujourd’hui, nous assistons à l’avènement des métiers de la résilience. Dans le contexte de la crise du Covid-19, mon rôle est d’aider les entreprises à assurer la continuité de leur activité, avec pour priorité la santé et la sécurité de leur personnel. C’est un métier qui nécessite beaucoup d’empathie. Récemment, j’ai accompagné une entreprise qui a vu son site de production être victime d’un incendie à deux reprises avant d’être finalement impactée par la crise du Covid-19. Dans cette situation, faire preuve d’humilité, de modestie et parvenir à se mettre à la place du dirigeant sont des qualités essentielles. Lorsque j’accompagne les entreprises dans la mise en oeuvre d’un PCA, mon rôle est également d’être dans la prospective. Mon objectif est de créer des conditions de réflexion pour savoir si le marché sur lequel elles sont positionnées va évoluer. Par exemple, le secteur du luxe sera-t-il aussi dynamique après le Covid-19 ? Les clients se rueront-ils toujours vers ce type de biens de consommation ou leurs priorités auront-elles changées ? Voici quelques exemples de questions légitimes que nous soulevons avec les dirigeants que j’accompagne. Mon enjeu est donc d’anticiper au maximum les prochaines tendances, à l’aide d’études de marché et en transposant ce qu’il se passe dans les autres pays impactés par la pandémie »

 

 « Je vois émerger de beaux élans de solidarité »

 

Mohamed Materi, avocat associé spécialisé en droit social chez Fromont Briens.

« Ce qui est intéressant dans l’élaboration d’un plan de continuité d’activité, c’est de plonger au coeur de l’entreprise et de sa communauté de travail. En accompagnant les chefs d’entreprise et leurs équipes, je vois émerger de beaux élans de solidarité : par exemple, lorsque les salariés abandonnent quelques jours de congés pour permettre à leurs collègues qui sont en activité partielle de ne pas subir de baisse de salaire ou lorsque les dirigeants diminuent leur rémunération…La crise du Covid-19, qui pourrait perdurer plusieurs années, va nous forcer à façonner l’entreprise de demain. Nous sommes désormais au pied du mur et nous ne pouvons plus reculer les échéances : la vision de l’après-crise se prépare dès aujourd’hui. Pour éviter des plans de sauvegarde de l’emploi, les entreprises - notamment celles qui évoluent dans les secteurs d’activité les plus touchés - vont devoir adapter la durée du travail, réaménager leurs espaces de travail pour respecter les mesures de distanciation sociale ou encore organiser des systèmes de télétravail tournants… Alors que d’autres pandémies pourraient de nouveau survenir à l’avenir, la faculté des entreprises à mettre en place des mesures de protection à destination de leurs salariés pourrait devenir un critère déterminant pour attirer les talents. Il est fort à parier que cette dimension trouve sa place dans la marque employeur des entreprises. Les managers devront, quant à eux, revoir leurs modes d’accompagnement : manager à distance, c’est-à-dire accompagner des salariés en situation d’isolement, supposera d’insuffler davantage de sens aux équipes. »

 

33% des entreprises disposent d'un PCA

Evaluer les risques critiques auxquels les entreprises sont confrontées et mettre en oeuvre des actions pour poursuivre leur activité : tels sont les objectifs du plan de continuité d’activité. Selon une étude menée en mars et avril derniers par l’ANDRH auprès de 550 DRH, 33 % des entreprises sondées disposaient d’un PCA dédié à la pandémie avant le 16 mars 2020 (début du début du confinement) et 39 % en ont mis un en oeuvre à partir de cette date.

Aurélie Tachot
Aurélie Tachot

Après avoir occupé le poste de rédactrice en chef d’ExclusiveRH.com (entre autres), je travaille désormais à mon compte. Pour Cadremploi, je contribue à la rubrique Actualités via des enquêtes, des interviews ou des analyses sur les évolutions du monde du travail, sans jamais oublier l'angle du digital.

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