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Pourquoi la France n'a pas la culture du travail collaboratif

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Juliette Harau

27/02/2017

Le travail collaboratif est sur toutes les lèvres mais pas dans toutes les entreprises. L’élan se heurte souvent à une culture d’entreprise française très centralisée, parfois paternaliste ou autoritaire. Mais heureusement, la tendance fait son chemin.

Le lean, l’agile, l’holacratie, l’entreprise libérée… Le travail collaboratif est une tendance de fond, et pourtant, elle rencontre des résistances. « Depuis 4 ou 5 ans, la diffusion de ce mode de fonctionnement n’est plus un problème, considère Emmanuel Pernod, cofondateur du cabinet de conseil Oryx. Certaines entreprises n’ont pas passé le cap, elles n’ont pas encore réfléchi aux outils à mettre en place, mais elles ne sont pas fermées à la culture de la collaboration pour autant. »

La mise en application d’une culture plus collaborative n’est pas aussi simple. Responsabiliser les salariés, troquer un peu de hiérarchie pour plus d’autonomie, faire remonter les informations depuis la base, favoriser la coopération… « C’est encore une ambition plutôt qu’une réalité », confirme Nigel Oseland, stratège en milieu du travail, interrogé dans le cadre d’une étude* de l’entreprise d’électronique Sharp.

 

« Management à la française… »

Certaines mauvaises habitudes pointées par l’enquête Sharp peuvent sembler anodines - comme le fait d’oublier des pages imprimées dans le bac de l’imprimante ou de changer la température de l’air conditionné -. En revanche, 46 % des personnes interrogées relèvent que leurs collègues oublient de partager des informations ou des documents cruciaux pour l’entreprise. Et c’est plus gênant.

Les conditions de travail peuvent même parfois devenir hostiles. Rokya Mamou, qui travaille désormais dans le cabinet de conseil en stratégie de marque Denelen, se rappelle d’un stage en marketing dans un grand groupe du CAC 40 en 2015. Elle évoque « la peur du N+1 », « les guerres intestines », « les personnes qu’on oublie de prévenir de la tenue d’une réunion importante » … Traduction : Un management à la française dans un groupe qui travaille à l’international. 

 

« Élitisme et compétition » dès l’école

Si la France est si mauvais élève, il faut aller chercher des explications à la base, à savoir dans notre système éducatif, pointe Emmanuel Pernod. « Le schéma scolaire reste vertical, celui d’un enseignant qui s’adresse à la classe, relève-t-il. Les élèves travaillent très peu en groupe et le système de notation cultive la peur de mal faire. » Ces habitudes prises très jeune n’encouragent pas le partage, une fois arrivé en entreprise. « Cette pédagogie pyramidale, basée sur l’élitisme et la compétition s’inscrit dans notre système culturel, jacobin et centralisé », constate aussi Bernard Marie Chiquet, fondateur de la société IGI Partners qui diffuse le concept de l’holacracie, un modèle de management qui propose de redistribuer l’autorité au sein de l’entreprise.

 

Au travail, les marqueurs de l’organisation hiérarchique pyramidale sont partout, fait-il remarquer : dans le terme président, dans l’aménagement des bureaux ou encore dans la distribution des places de parking. Quand on dit mon responsable, ne l’est-on plus soi-même ? « J’entends souvent, "sur un bateau il faut un capitaine", cite Bernard Marie Chiquet. Cette expression illustre bien le fait que nous sommes limités par nos modèles de pensée. »

Les habitudes ont la vie dure. À tous les niveaux de l’entreprise, il est difficile d’accepter de quitter une position que l’on maîtrise, et plus encore de renoncer à des privilèges parfois durement acquis. « Désapprendre les réflexes qu’on a appliqué pendant des années génère de l’inconfort pour tout le monde, donneurs d’ordres ou exécutants », remarque Bernard Marie Chiquet.

Lire aussi : Que deviennent les managers dans l'entreprise libérée ?

 

« Pas un problème d’outil mais d’état d’esprit »

Isaac Getz, enseignant à l’ESCP Europe et auteur de Liberté & Cie et La liberté, ça marche, a théorisé le concept de l’entreprise libérée. Dans cette démarche, radicale, de développement du travail collaboratif à tous les étages et de transformation totale de l’organisation de l’entreprise, la clé du changement est entre les mains des décideurs. « Le vrai défi c’est de savoir si le patron est capable de lâcher prise et d’endosser un rôle de "leader libérateur", estime le chercheur. C’est une question fondamentale qui demande que l’intéressé fasse un vrai travail sur lui. »

« Bien collaborer nécessite des techniques : il faut se former, et éventuellement se faire accompagner, approuve Emmanuel Pernod. Mais ce n’est pas un problème d’outil, c’est un problème d’état d’esprit », remarque-t-il. Les outils pour mettre en place une visioconférence, travailler sur des documents partagés, ou suivre l’évolution d’un projet sont déjà disponibles. Parfois même gratuitement « et les équipes sont capables d’aller les chercher s’ils ne sont pas présents dans leur entreprise », constate Emmanuel Pernod.

Tout en l’encourageant, il pointe cependant un travers de la collaboration : « Parfois on y passe trop de temps, avec des agendas remplis de séminaires et d’ateliers qui ne font pas forcément avancer les choses. » Attention aussi aux effets d’affichage. Isaac Getz observe : « Il ne s’agit pas de mettre en place tel ou tel outil collaboratif si par ailleurs rien ne change fondamentalement dans les pratiques organisationnelles ».

* étude réalisée en avril 2016 sur 1 005 professionnels français.

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commentaires

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Jacques Harvengt

06/05/2017

à 10:18

Le travail collaboratif , à mon sens , ne signifie pas de laisser les collaborateurs avancer et travailler sans suivi. Le rôle du management reste important effectivement dans la définition des objectifs, de la vision, des règles à respecter. Le management doit aussi suivre ses collaborateurs sur ces derniers points et suivre leur évolution professionnelle et personnelle. Mettre en place un management collaboratif et en même temps un management bienveillant implique pour le manager un changement radical dans un état d'être, un autre comportement, une autre relation du manager vis à vis de ses collaborateurs. Cela ne signifie pas de laisser faire. Le manager doit être présent pour aider, conseiller, encourager, orienter si besoin et toujours de manière bienveillante et respectueuse. Le manager doit rester présent pour amener ses collaborateurs à fonctionner de manière optimale et aussi autonome que possible pour eux-mêmes et pour l'entreprise. Ce type de management demande au manager de s'engager personnellement vis à vis de ses collaborateurs. C'est un management exigeant et assertif mais respectueux pour les 2 parties (managers et collaborateurs). Le vieux management dans lequel le manager s'attribue toutes les réussites de son département et attribue tous les échec à ses collaborateurs est révolu (il y en a encore beaucoup comme cela!) . Les entreprises qui ne réussiront pas à mettre en place un nouveau management ne pourront pas performer dans le temps car les nouvelles générations (X, Y, Z Alpha,...) de hauts potentiels ne tolèrent plus ce type de comportement et n'ont aucun problème à quitter une entreprise pour ce type de comportement ...

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Jean-Yves

19/03/2017

à 09:15

Ma propre expérience de 25+ ans de management m'a appris que pour être collaboratif, il faut certaines conditions et en premier lieu une vision, un objectif, un contrat clairs. C'est généralement le chef, le capitaine, qui les définit.
De plus, une équipe passe par différentes étapes et le management les prendre en compte. J'ai d'ailleurs constaté que c'est cyclique et que la (re)clarification de l'objectif est nécessaire après une phase collective et "délégative".
Le rôle du capitaine est donc de donner le cap, l'objectif et le cadre, puis d'amener son équipage à devenir le plus autonome possible dans la manière d'atteindre cet objectif. Cela demande du courage et de la confiance de la part de tous, patrons comme employés.
Effectivement, nos schéma éducatifs standards ne nous entrainement pas à ça.
Pourriez-vous imaginer l'examen du bac sans aucun surveillant ?

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Pierre Magnière

06/03/2017

à 12:29

« Élitisme et compétition » dès l’école = Éducation à un état d'esprit défini sur une "émulation humaniste"
c'est à dire : apprendre rebondir sur les idées du collectif dont les valeurs ont été bien définies, sinon les redéfinir au passage
PI

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Desoies

04/03/2017

à 12:01

Beaucoup de bien-pensance et de stéréotypes dans cet article et malheureusement très peu de culture sociologique et d'histoire des organisations. C'est dommage car le sujet mérite mieux que cela et il est vrai qu'il y a des différences culturelles qui jouent évidemment un rôle dans l'adoption de pratiques "collaboratrices" mais seulement en France et pas seulement dans les entreprises.
Traiter le collaboratif comme quelque chose d'homogènevet toujours désirable est le digne d'une grande méconnaissance des nombreux aspects délétères des comunautés...
Les solidarités sont multiples, complexes, fragiles... et pas toujours avouables

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Reality

01/03/2017

à 12:17

Et oui désolé pour ceux qui souhaitent tout défaire mais il faut un capitaine pour un bateau. Question à ceux qui estiment que le travail collaboratif doit toujours primer: si vous êtes en danger de vie, vous préférez un pompier autoritaire qui gère votre sauvetage ou un coach collaboratif? Et combien des entreprises qui ont réussi par le passé ont appliqué le travail collaboratif à tous les niveaux? On peut pas dire que c'est le cas d'Apple par exemple. En tout cas le travail collaboratif et l'autorité hiérarchique sont complémentaires. Ceux qui essaient de dire le contraire sont de simples menteurs et vendeurs de rêve pour des outsiders aux ambitions importantes mais avec peu de potentiel.

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mrlepima

04/03/2017

à 04:28

L'entreprise - heureusement - ne vit pas tous les jours dans une situation de danger de vie. Je dirais même que c'est plutôt rare.
Etre contraire au "collaboratif poussé" c'est rester ancré sur un système qui est inévitablement en train de changer, et c'est rester en zone de confort bâtie souvent sur la puissance d'une carte de visite...

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KM

03/03/2017

à 13:46

Très bel article..Plein de réalisme .Pour répondre à Reality et cette mentalité française retardataire..vous parlez de sauvetage autoritaire,par le stress..Cela veut dire que le bateau coule et il est trop tard..Le sauvetage brisera des vies humaines sans parler de traumas .Dans une entreprise , c'est la même démarche .Si vous n'avez pas un leader avec une vision managériale collaborative , les coûts cachés seront très nombreux (desengagement ,démoralisation,manque d'innovation..)Ces coûts n'apparaissent jamais au bilan d'une entrprise et pourtant un collaborateur en Burn out coute en moyenne 35000 Eur à l'entreprise!En sachant qu'il y 275000 cas par an en France !L'attitude managériale évoquée par Guetz doit être authentique mais sera une plus valeur certaine dans un monde concurrencé.La santé ,l'implication,développement personnel et la performance economique n'en seront que meilleurs!Je l'applique au quotidien et croyez moi que la marque employeur des entreprises concernées explose vers le haut.Question de vision stratégique ..

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Olivier

02/03/2017

à 09:21

Le management à la française est pire que tout, paternaliste, destructeur, irrespectueux, pour tout dire inhumain.
Un mauvais capitaine était à bord du Titanic, il y a eu 3000 morts !
Le problème n'est pas d'avoir une hiérarchie ou pas, tout dépend du dirigeant et de sa capacité à respecter l'humain.

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PATUREL

01/03/2017

à 10:08

hélas on se targue du savoir faire des Français dans le boulot

Nous sommes hélas très en retard par rapport aux sociétés Américaines ou Anglaises

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Le Chenadec Alain, Alain.L

01/03/2017

à 10:05

..les français ont bien compris que l'entreprise est un système féodal un peu honteux, qui a besoin de chair fraiche, et se fait donc, de temps en temps, un peu de pub pour attirer le client. Les publicitaires étant passés aitres dans l'art de servir les vieilles soupes dans des assiettes au gout du jour...le gout du jour étant le "travail collaboratif", nouvelle version de la "grande famille", de l'équipe de rugby et du célèbre "nous sommes tous sur le même bateau".
Les français savent aussi ( pour reprendre une vieille formule ) assez bien distinguer l'apparence de la réalité.. en matière d'entreprise, le mainstream nous vend une apparence de "collaborateurs" ( ne plus dire "salariés", c'est très vilain ) souriants, heureux de travailler depuis chez eux à la campagne, ou très fiers de s'entasser au hasard dans un "open space" ou ils veilleront soigneusement à faire le ménage, éteindre la lumière en partant et vider les poubelles.. La réalité, et même l'objectif, est la suppression des cotisations sociales et le remplacement du salariat par le travail dit "indépendant" .. ce concept n'étant jamais qu'une transposition à l'humain de la gestion de stocks dite "juste à temps"... dans laquelle le stock existe bien, mais il est à la charge du fournisseur... c'est maigre ( lean ), c'est agile ( pour le client )... transposé à l'humain, c'est très simplement le retour aux "journaliers" du XIXème siècle.

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FRANCE Alain Anatole002

01/03/2017

à 14:56

Lorsque les français auront cet esprit de conquête, comme l'ont nos cousins britanniques, par le sang, et surtout cette volonté anglo-saxonne, alors nous aurons tout gagné ou presque. Nous sommes 30% à l'esprit anglo-saxons et 70% à l'esprit Latino. Et, là, rien n'est plus possible. Pour mieux s'en rendre compte, il suffit de regarder l'équipe de France de rugby où le "Collaboratif", n'a plus son sens strict.

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