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Prise de parole : 8 techniques à retenir (ou pas) de la méthode Carlos Ghosn

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Sylvie Laidet

10/01/2020

Après une fuite rocambolesque du Japon, Carlos Ghosn, l’ancien PDG de l’Alliance Renault Nissan, a organisé une conférence de presse au Liban le 8 janvier dernier. Une première prise de parole en public depuis de longs mois. Durant plus de deux heures, ce grand patron a plaidé sa cause, crié au complot et fustigé le système judicaire japonais. La rédaction de Cadremploi a appelé trois experts pour analyser le grand oral de Carlos Ghosn. Ils expliquent quels enseignements en tirer pour vos futures interventions publiques.

1/ Opter pour une seule langue

C’est en arabe que Carlos Ghosn a débuté son « show » devant les médias du monde entier avant de poursuivre en anglais. Jouer au polyglotte n’est pas nécessairement une super idée à en croire les experts en com’. « Au début d’une intervention en public, il faut annoncer dans quelle langue se déroulera l’exercice. En principe celle pratiquée par le secteur d’activité ou celle dans laquelle l’orateur est le plus à l’aise. Passer d’une langue à l’autre brouille le message car on ne peut pas créer la même tension d’attention », souligne Frédéric Fougerat, expert en communication et auteur de Un dircom n’est pas un démocrate (Edition Bréal, 2020). Vous pouvez en revanche conserver ce ping-pong linguistique pour les réponses aux questions finales comme l’a fait Ghosn en répondant en français, arabe et anglais aux journalistes curieux. Ceci, à condition bien sûr que toute l’assistance soit équipée de système de traduction en live.

 

2/ Rester face au public

En direct du Liban, on a vu Carlos Ghosn appuyer sa démonstration sur des slides projetées derrière lui, façon keynote. Mais il a tenté de donner encore plus de force à son propos … en se retournant pour pointer du doigt des lignes de chiffres. « Tourner le dos à la salle est impossible lors d’une présentation en public. Dans ce cas présent, il n’était pas équipé de micro-cravate, il n’était donc, à ce moment-là, pas très audible », observe Thierry Chavel, coach et fondateur du cabinet CEO Companions. Si vous avez la main sur votre ordinateur pour faire défiler les slides, il est en fait inutile de vous retourner, suivez-les directement sur votre écran. Si vous devez bouger, faites vous équiper d’un micro-cravate.

 

3/ Balayer tout l’auditoire du regard

Contrairement à ce qu’a fait l’ex-PDG, pas question de focaliser son regard sur une ou deux personnes seulement durant votre speech. Au contraire. « Accordez 1 à 2 secondes à chaque personne dans la salle », recommande Thierry Chavel . Et ce, afin que tout le monde se sente effectivement concerné par vos propos. Regardez l’assistance vous évitera également de lire vos notes. Et souvent, on n’est jamais aussi bon que dans l’improvisation (un peu réfléchie quand même).

 

4/ Accorder ses gestes à ses paroles

« Pendant cette conférence, Carlos Ghosn avait une gestuelle ample, très méditerranéenne avec un regard très fermé, comme un masque de théâtre antique. Que l’on choisisse de jouer une tragédie grecque ou que l’on se pose comme un prédicateur américain, tous les gestes et le discours doivent être cohérents », soutient Thierry Chavel. Et Frédéric Fougerat de renchérir : « on n’annonce pas une mauvaise nouvelle en riant. Et inversement ». Réussir cette cohérence entre le geste et la parole nécessite de s’entrainer, à tout le moins de répéter la prestation.  

 

5/ Poser des silences

Si comme Carlos Ghosn, votre intervention doit être un peu longue (voire très longue), faites des pauses et jouez avec la salle. Comment ? En marquant des silences pour laisser le temps à l’assistance de réagir, faites des confidences, des traits d’humour, racontez des anecdotes, etc. Pour ne pas anesthésier la salle, vous devez à tout prix éviter l’effet monolithique d’un plaidoyer (celui de Carlos Ghosn a été un cas d’école) et/ou d’une logorrhée.

 

6/ Mesurer ses gestes

Sur le sujet, deux écoles s’affrontent. Celle prônant une mobilité minimale, et celle pro « bougeotte ». A la tribune, Carlos Ghosn était loin d’être figé ou rattrapé par l’enjeu au point d’être tétanisé. Le corps, les bras, les mains, les yeux, les sourcils… tout était largement actif. « Il faut arrêter avec les idées reçues selon lesquelles lors d’une intervention en public, mieux vaut être statique. Car de toute façon, on ne contrôle pas 95% de son langage corporel. En étant expressif avec son corps, on fait preuve de davantage de sincérité mais c’est vrai que l’on s’expose au risque d’être analysé. Dans le même temps, cela stimule les neurones miroir de l’assistance et donc active les compétences de compréhension », argumente Stephen Bunard, coach de dirigeants et auteur de « Vos gestes disent tout haut ce que vous pensez tout bas » (2018). Donc bougez d’accord, mais avec parcimonie quand même. Vous n’êtes pas au cirque.

 

7/ Limiter le name dropping

On l’a entendu, l’ancien PDG de l’Alliance Renault Nissan n’a eu de cesse de nommer les procureurs japonais, d’anciens cadres de la firme… mais pas pour leur lancer des fleurs. « Il aurait dû parler de lui et pas des autres surtout qu’ils étaient absents », relève Frédéric Fougerat. Pour Thierry Chavel, il faut apporter de la mesure dans les noms que l’on cite, « soit en les prenant pour exemple ou mentor, soit comme des relais dans la prise de parole ». Carlos Ghosn a par exemple cité nommément l’un de ses avocats présents dans la salle pour indiquer à une journaliste qu’elle pourrait récupérer les documents proches et d’autres auprès de lui. Bon point !

 

8/ Cloisonner vie pro/vie perso

Enfants, épouse, beaux-enfants… tout le clan Ghosn a été mis à l’honneur par le chef de famille. « Dans ce genre d’exercice, le mélange des genres entre vie personnelle et professionnelle est à mon avis dommageable », précise Thierry Chavel. Vous êtes au boulot, pas à une réunion de famille. Allez, en scène !

 

Sur le même sujet  >> Prise de parole, quel est votre style ?

 

 

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