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Promouvoir l’égalité des sexes, c’est un métier

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Clémentine Billé

06/03/2018

Conséquence méconnue de #MeToo et #BalanceTonPorc, des dizaines de cabinets de conseils se spécialisent dans les formations en diversité et mixité. Au sein d’Accordia, les formateurs consacrent un tiers de leur temps à l’égalité des sexes, sujet devenu crucial dans le management.

Blagues sur les blondes, "manterrupting" (quand les hommes coupent spontanément la parole des femmes) ou discrimination à l’embauche. Éliminer ces actes de sexisme ordinaire dans le monde du travail est devenu un métier. Accordia, Perfegal, Artemisia, Egalco ou encore Obea : organismes publics ou cabinets de conseils, ils sont des dizaines à proposer aujourd’hui des formations particulières, mises en valeur sous l’impulsion du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes ou encore du premier plan interministériel en faveur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes 2016-2020 (1).

Les formations anti-sexisme embauchent !

Pour ces missions, ils sont dix expert(e)s au sein du cabinet Accordia, dont deux directeurs associés, assortis de tout un réseau d’intervenants. Ils accompagnent chaque année 3 000 managers, RH et dirigeants en France et en Europe. Au sein de ce cabinet, personne n’a suivi le même cursus avant de s’engager dans la voie de la formation à la mixité. Il y a l’ancienne conseillère technique du conseil supérieur de l’égalité entre les femmes et les hommes, l’ancien ingénieur, ou encore l’ex-étudiante en fac de droit. Sa formation est un atout puisque dans ce cabinet, « il faut avoir de très fortes compétences en droit du travail, souligne le président d’Accordia, Marc Bernardin, ainsi qu’en psychologie sociale ».

Sur la dernière annonce du cabinet, qui recherche un nouveau formateur en CDI, il est précisé “salaire selon profil”. Pas de domaine d’expertise spécifié, mais une exigence en termes d’expérience en conseil et formation : cinq ans minimum. Les candidatures spontanées sont les bienvenues, y compris pour des missions en free lance puisque Accordia cherche également à étoffer son réseau de formateurs indépendants.

Pas de profil type

Les consultants se spécialisent via des formations continues qui les aident à passer du statut de junior – qui seconde le formateur –, à celui de formateur autonome – qui anime les ateliers seuls –, avant d’atteindre celui d’expert. Ce consultant sénior prend en charge, seul, l’ensemble des missions pour ses clients : consulting, ateliers, conférences. Marc Bernardin se trouvait par exemple, en février, devant 80 dirigeants rennais pour les sensibiliser à la question de la diversité en entreprise. Cette évolution de carrière se matérialise sur la fiche de paie. « Un débutant perçoit un salaire de 40.000 euros brut par an, qui augmente jusqu’à 65.000 euros brut pour les confirmés », assure-t-il.

Glissement progressif du contenu des formations

« Tout le monde sait que les pratiques des entreprises doivent évoluer », affirme Marc Bernardin. En France, les femmes gagnent en moyenne 24 % de moins que les hommes. Selon un récent sondage Ifop pour le site d’information et de conseils VieHealthy, près d’une femme sur trois (32 %) a déjà été confrontée à au moins une situation de harcèlement sexuel sur son lieu de travailau cours de sa vie professionnelle.  « La question est : comment faire pour que cela cesse ? », insiste-t-il. Le job de ses salariés et consultants est d’apporter la réponse.

>> Lire aussi : Les femmes cadres davantage victimes de harcèlement sexuel au travail

>> Lire aussi : Drague ou harcèlement sexuel au travail : comment la loi fait-elle la différence ?

Autrefois dédiées aux règles juridiques, « les formations sont aujourd’hui axées sur les questions comportementales, le savoir-faire et le savoir-être », explique-il. Pour chaque entreprise, le formateur se renseigne sur le secteur d’activité, l’histoire, la culture ou les objectifs RH. « A la SNCF, on savait par exemple que les stéréotypes sur les métiers ferroviaires techniques n’étaient pas les mêmes que sur les métiers plus près des voyageurs », explique-t-il. Le groupe ferroviaire, l’un des clients les plus importants du cabinet depuis 2015, sensibilise tous ses comités de direction.

Faire évoluer les mentalités, pas faire la morale

Marc Bernardin sait qu’il rencontrera plusieurs profils sur le terrain. Des femmes qui acceptent les sarcasmes et sont sceptiques sur la sensibilité de celles qui ne les acceptent pas. D’autres femmes qui pensent la session réservée aux hommes. D’autres qui découvrent un besoin de libérer leur parole. Il y a aussi des participants qui, davantage préoccupés par leur business plan, ne se sentent pas concernés par ces questions de mixité.

Il y a encore ceux qui comme Xavier Breffeil, se disent sensibles « à la question de l’égalité des sexes ». Ce responsable RH du pôle TGV Pays-de-la-Loire a suivi un atelier il y a un an et demi. Il n’a jamais pensé à mal quand il entendait une blague sur les femmes au sein de ses équipes. Comment ce qu’il interprétait comme de l’humour pouvait blesser ? Il l’admet : « C’est vrai qu’avant la formation, je me demandais ce que je pourrais y apprendre. (...) J’ai pris conscience que mon rôle était d’être alerte aussi sur les mauvaises blagues, qui peuvent blesser. »

Désamorcer des réflexes inconscients

Malgré l’actualité et la fréquence de l’incivilité, les participants à la formation ne savent pas identifier le "manterrupting". Il est si ancré dans les habitudes qu’ils ne savent pas que c’est un problème. « Je me surprends moi-même à couper la parole aux femmes lors de mes formations, admet Marc Bernadin. Je me reprends tout de suite, mais c’est un fait, et j’en fais un exemple auprès des participants ». Il ajoute : « C’est comme lorsqu’une réunion commence, ce sera presque exclusivement les hommes qui prendront la parole en premier. »

Accordia possède un savoir-faire propre sur le sujet. Des jeux de plateau, où sont testées les connaissances sur la mixité. Et des mises en situation qui permettent de « faire le distingo entre une blague, une lourdeur et du harcèlement », souligne le responsable RH. Être un bon formateur en mixité sociale, résume Marc Bernardin, c’est accueillir des visions différentes afin de les faire évoluer. Sans injonction. Sans leçon de morale. C’est simplement aider les autres à se regarder dans le miroir.

A propos du cabinet Accordia

Marc Bernardin, Président Accordia Créé en 2008, Accordia propose des diagnostics, des formations et des conférences aux dirigeants, RH, managers et salariés des secteurs publics et privés pour les sensibiliser à l’égalité professionnelle au sein des entreprises. Ses prestations concernent aussi les thématiques du handicap, de l’orientation sexuelle, du fait religieux, ou encore de la mixité raciale, même si l’égalité femme-homme est une thématique où la demande est croissante. Photo : Marc Bernardin, président d'Accordia.

(1)    Texte du premier plan interministériel en faveur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes 2016-2020

Bonus vidéo "sexisme ordinaire au travail"

La fine équipe de "Et tout le monde s'en fout" a réalisé une vidéo pédago sur les situations de sexisme ordinaire au travail. A partager sans modération.

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Nadine RAUT

06/03/2018

à 17:27

Au delà du problème de la seule mixité, il faudrait parvenir à effacer tous les stéréotypes dans l'entreprise, qui hélas est trop souvent le lieu de toutes sortes de discriminations, et pas seulement, celle hommes/femmes. Il faut tout de même rappeler que la première d'entre elles, est celle due à l'âge, à l'embauche, mais aussi en terme de formation.
Concernant les problèmes comportementaux, bien entendu, il y en a. Mon ex supérieur, traitait sans vergogne, mes collaboratrices de "pintades", et cela va sans dire, ce n'était pas de l'humour! Il se vantait de recruter des "moches" de préférence afin de ne pas être soupçonné de harcèlement sexuel. Dans cette filiale d'un important groupe de courtage, nous avons été plusieurs femmes (et seulement des femmes) à devoir subir à la fois des propos vexatoires et une mise "au placard". Cela étant, et si ce directeur général avait probablement un sérieux problème relationnel vis à vis des femmes, le plus navrant est qu'il fut couvert par sa hiérarchie, et plus grave encore par la DRH du groupe.
Pourtant, non contente de couvrir des faits de harcèlement pénalement répréhensibles, elle n'a pas voulu pendre conscience, que lesdits faits ne touchaient que des femmes. Il n'est pas rare non plus que des femmes cadres supérieures ferment les yeux plutôt que d'être prise en "flagrant délit de solidarité féminine".
Autrement dit, on pourrait qualifier ce type harcèlement, "de harcèlement sexué". Il ne faudrait pas oublier non plus dans le contexte actuel, que toutes les formes de harcèlement sont répréhensibles, et que ce serait une erreur de les circonscrire au seul harcèlement sexuel. Dans tous les cas c'est un traumatisme.
Pourtant l'arsenal juridique existe, mais force est de constater que la justice fait trop souvent preuve dans ce type d'affaire de cécité autant que de surdité. C'est certainement une des raisons du déballage via "balance ton porc" et "me too", puisque les institutions ne veulent rien savoir, eh bien utilisons les réseaux sociaux !
Alors dispenser des formations pour éviter toutes ces déviances, pourquoi pas, mais ne faut-il pas d'abord en finir avec le sentiment d'impunité, et de toute puissance de certains, et..... de certaines.

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En réponse à Nadine RAUT

maéva

06/03/2018

à 17:39

Alors dispenser des formations pour éviter toutes ces déviances, pourquoi pas, mais ne faut-il pas d'abord en finir avec le sentiment d'impunité, et de toute puissance de certains, et..... de certaines.

vous avez tout dit!

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