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Quand des candidats publient leurs refus de job pour désaccord éthique

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Gilles Boulot

04/09/2018

Informatique Télécoms Web

#Techwontbuildit C’est via ce hastag que des ingénieurs américains ont commencé à publier leurs lettres de refus pour des postes chez Amazon, Google, Facebook ou Microsoft. Pour raisons éthiques. Épiphénomène de la Silicon Valley ou tendance mondiale ?

Quand l’éthique et la pénurie de cadres se mêlent, les recrutements prennent parfois des allures inattendues, de même que la gestion des RH. A l’image des mésaventures d’Amazon et de Google qui, ces derniers temps ont essuyé quelques refus liés, non pas à leurs rémunérations, que l’on sait attractives, mais à leurs agissements borderline.

Merci mais non, merci

Chez Amazon, c’est une fronde sur Twitter, avec le hashtag #TechWontBuildIt apparu cet été, qui a mis le feu aux poudres. En cause : les relations plus ou moins cachées que le géant de l’e-commerce entretient avec la police américaine et les services d’immigration auxquels il ne souhaite pas vendre des livres, mais des logiciels de reconnaissance faciale qu’il développe plutôt discrètement. Sauf qu’une ONG locale a dévoilé le pot aux roses. S’en sont suivis une pétition, des articles dans la presse américaine, le hashtag #TechWontBuildIt sur Twitter et, au mois d’août dernier, des refus de candidater de plusieurs ingénieurs, puisque Amazon cherche à recruter.

Buzfeed a notamment repéré le cas de Matt Meshulam, ingénieur système de Chicago, répondant à un certain Mark, recruteur au sein de l’entreprise de Jeff Bezos.

L’ingénieur de rétorquer à l’homme des RH qu’il n’est pas « disposé à considérer d’offres d’Amazon tant que l’entreprise vendra des technologies de reconnaissance faciale à des services de police, et permettra aux services d'immigration de séparer des familles de migrants en fournissant sa technologie ». Évidemment, Matt, comme tous ses confrères versés dans le digital, ne devrait pas avoir trop de mal à être accueilli par une autre entreprise, aux mœurs plus pacifistes.

Mais si sa décision, comme celle des autres réfractaires, est liée à un certain confort, il s’agit aussi d’un phénomène qui pourrait prendre de l’ampleur et qui ne touche pas qu’Amazon. Chez Google, au printemps dernier, c’est une pétition interne signée par 4000 salariés qui a poussé l’entreprise à se doter d’une charte éthique après la découverte, par ses collaborateurs, de travaux de recherches pour le Pentagone. Là encore, il était question d’intelligence artificielle et de reconnaissance faciale.

Un boycott inquiétant pour les Gafam ?

Mais une charte, aussi précise soit-elle, suffira-t-elle à persuader des candidats refroidis ou des salariés pas vraiment motivés par des pratiques moyennement éthiques ? Toujours interrogé par Buzzfeed, un chercheur de l’Université de San Francisco, n’a pas constaté un très grand affolement dans les services RH de Facebook et Google au sujet de la désertion des candidats. Il faut préciser que John Sullivan conseille ces deux boîtes en matière de recrutement.

En revanche, lorsqu’il reprend son costume de prof, il finit par avouer que de plus en plus d’étudiants refuseraient catégoriquement de candidater pour ces entreprises, en citant précisément Amazon. Évidemment, ce sont de futurs spécialistes des technologies, et bien sûr, ils sont formés à San Francisco, au cœur du réacteur et à moins de 100 km de la Silicon Valley. Ils n’ont donc que l’embarras du choix.

Ce front de refus serait-il aussi fort en période de vache maigre ? Pour Anna Geiduschek, une autre ingénieure qui a décliné l’offre d’Amazon, les dirigeants de ces boites pourraient néanmoins prendre ces affaires au sérieux au cas où « 10 % des employés menacent de quitter l’entreprise, ou si ces entreprises avaient le sentiment que 10 % de leurs sources de recrutement se détournaient alors qu’ils auraient normalement accepté le job.»

Le phénomène peut-il gagner la France ?

Mais si ce phénomène de la candidature ou du salariat éthique prend de l’importance aux Etats-Unis, qu’en est-il en France ? Certes, nos licornes du Web ne sont pas des Gafam. Mais les réticences existent. Simplement, les cibles sont autres. Un recruteur, sous le sceau de l’anonymat, assure que dans son cabinet, il essuie traditionnellement des refus de la part d’ingénieurs à qui il propose des postes dans le secteur nucléaire. Leur argument ? « Je préfère travailler dans les énergies renouvelables ». De même, les refus sont plus catégoriques encore lorsque les offres de postes de cadres émanent de l’armée.

Reste qu’une centrale nucléaire ou un corps d’armée pourrait se doter de toutes les chartes du monde qu’elles ne pourraient remettre en cause leur cœur de métier.

 

Le forum ci-dessous vous permet de commenter ou d’apporter votre témoignage en lien avec le sujet évoqué, dans le respect des principes éthiques et de savoir-vivre (comprenant l’écriture avec un certain soin). Nous avons hâte de vous lire.

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commentaires

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Freja

04/10/2018

à 02:28

C'est dejà le cas pour moi : blacklister des sociétés pour différentes raisons : politique de recrutement, délais processus du recrutement, réputation. Je gagne du temps en me consacrant uniquement aux sociétés qui en valent la peine et qui me mérite.

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Ab74

06/09/2018

à 20:08

En France aussi, c’est de plus en plus courant, notamment chez les jeunes générations de faire des choix éthiques quant à la vie professionnelle. Par exemple, plusieurs personnes de mon entourage ont une liste d’entreprises auprès desquelles elles ne postuleront pas, Total en tête.
De mon côté, j’étais au bord du désespoir à l’époque où je cherchais une alternance et que le délai approchais... et je suis tombée sur une offre parfait (salaire, localisation, etc.) ! Mais c’était pour Monsanto, je me suis donc abstenue de postuler.

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