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Reconversion professionnelle de cadre à artisan : tout plaquer pour un métier manuel, est-ce que ça paie ?

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Sylvie Laidet

30/03/2019

[Témoignages] Passer de col blanc à artisan… Pour redonner du sens à leur job, mettre les mains dans le cambouis, pour être leur propre patron, de plus en plus de cadres se reconvertissent dans l’artisanat après une formation. Mais est-ce une stratégie fructueuse en termes de revenu ? Trois anciens cadres reconvertis témoignent sans langue de bois.

Hervé Cousin, 48 ans, plombier à Nantes

>> Ex cadre dans l’agroalimentaire animal et dans la dépollution des eaux

Des revenus plus confortables qu’avant

 

C’est à la crise de la quarantaine qu’Hervé Cousin ressent le besoin d’exercer un « métier plus concret ». Après une étude de marché approfondie, une certaine appétence pour l’eau et les énergies renouvelables, en 2012, il choisit de suivre une formation et décroche un CAP plombier chauffagiste. Fort de ses nouvelles compétences, son projet consiste d’abord à reprendre une entreprise. Mais c’est finalement seul qu’il lance son activité qu’il baptise MonCousin Plombier.

Ayant bénéficié d’une rupture conventionnelle chez son précédent employeur, il est éligible aux allocations chômage. Et notamment au dispositif de l’Accre, réservé aux créateurs d’entreprise. Durant 24 mois, il bénéficie des revenus de l’assurance chômage. Puis, se verse dans la foulée son premier salaire à hauteur de 3000 euros par mois. « Depuis, mes revenus ont largement progressé. En plus de mon salaire, je me verse des primes et je profite d’avantages en nature comme une voiture de société », détaille-t-il. En tant que travailleur non salarié, il ne cotise pas à l’assurance chômage et reconnaît avancer « sans parachute ». « J’ai en revanche souscrit une assurance prévoyance en cas de décès ou d’invalidité. Pour ma retraite, je dois me constituer un patrimoine. Par exemple en investissant dans les locaux de mon entreprise », détaille-t-il. A ce jour, Hervé Cousin gagne mieux sa vie que lorsqu’il était cadre supérieur. « En même temps, c’est compliqué de comparer car si j’étais resté chez mon ancien employeur, mon salaire aurait certainement évolué aussi », tempère-t-il.

 

Sandrine*, 42 ans, tapissier en région parisienne

>> Ex cadre dans un site de e-commerce et en SSII

 

Des revenus en dents de scie

 

Dix ans d’expérience et deux licenciements économiques plus tard, Sandrine s’interroge sur son avenir dans la fonction communication. « En 2009, donc en pleine crise, il y avait peu de postes et surtout c’était impossible de sortir du monde de la techno, le dernier secteur dans lequel j’avais travaillé », se souvient-elle. Pour éviter l’option « chômage et déprime », Sandrine cherche à se reconvertir dans un métier manuel. Au gré des rencontres, elle opte pour un CAP tapissier décorateur à l’INFA. Une formation à 5 000 euros qu’elle finance sur ses fonds propres. Tout comme des cours du soir pour un titre de tapissière couture. Diplômée en juin 2010, elle s’interroge sur l’opportunité de se lancer seule ou de reprendre un emploi salarié en rejoignant un atelier. « Quitte à choisir mon bonheur, j’ai finalement opté pour le statut d’auto entrepreneur et rejoint un collectif d’artisans afin d’ouvrir le champ des possibles », se souvient-elle.

« Dès les premières années, je me suis versée un gros SMIC et puis le chiffre d’affaires est monté progressivement, me permettant de toucher jusqu’à 2 500 euros par mois. Sans assurance chômage ni congés payés, je bossais comme une folle », raconte-t-elle. Rapidement, le statut d’auto entrepreneur ne suffit plus. Elle opte pour une SARL. « Mais là, ce n’est plus la même chose, les charges sont bien supérieures à celles d’un auto entrepreneur. Même si mon CA augmente, je n’ai pas les moyens d’embaucher. De plus, la taille de mon entreprise ne me permet pas de défiscaliser grand chose. Bilan : j’émarge à environ 1 800 euros net par mois. Soit moins qu’avant », décompte-t-elle.

Même si elle est stressée par la multitude de tâches à faire et le manque de visibilité, Sandrine « s’éclate » toujours dans son job manuel. Et n’entend pas passer la vitesse supérieure car cela supposerait d’abandonner la partie manuelle de son boulot pour davantage gérer une petite entreprise. « Je ne pleure pas sur mon salaire car j’ai du boulot. Mais c’est vrai que pour se lancer comme artisan, il faut bien avoir en tête que les revenus dépendent de vos mains et que les journées ne sont pas extensibles », conclut-elle.

 

* Le prénom a été changé à sa demande.

 

Walter Bellini, 60 ans, ébéniste à Asnières (92)

>> Ex-DAF d’une division d’Arcelor Mital

 

Des revenus faibles mais une solide cagnotte pour voir venir

 

Ses 25 ans chez ArcelorMittal ne sont, aux dires de Walter Bellini, « qu’une parenthèse ». « J’étais bon à l ‘école donc je n’ai pas pu faire d’études manuelles. Or, avec mon grand-père menuisier, j’ai toujours vécu dans le bois », raconte-t-il volontiers. Profitant d’un plan de départ volontaire largement indemnisé, il passe et finance un CAP d’ébéniste à l’école Boulle avant d’installer son atelier dans son garage. En 2012, il monte une SAS. « Cette forme de société permet de conserver le statut de salarié avec tous les droits afférents et administrativement, c’est plus simple. Côté revenus, je suis évidemment très loin de mon précédent brut annuel. Je table sur 30 000-35 000 euros de chiffre d’affaires. Pendant des années, je ne me suis pas payé, ou alors le minimum pour acquérir mes points retraite. Se lancer sans un gros chèque en poche est quasiment impossible », insiste-t-il. Notamment dans l’artisanat d’art qui fait pourtant beaucoup rêver les cadres en reconversion.

« Sans un solide matelas financier, ces candidats doivent, ou avoir un conjoint qui assure, ou s’installer dans des régions comme le Larzac où le coût de la vie est faible », détaille-t-il. « Comme tous les métiers passion, ça rémunère peu. Pour en vivre, « l’artisanart » doit devenir un business. L’artisan devient alors un chef d’entreprise et ne touche quasiment plus la matière. J’ai fait un choix différent et ai donc baissé mon train de vie », ajoute-t-il. Pour lui, se lancer dans l’artisanat plus classique, par exemple dans les métiers de bouche, la plomberie, l’électricité… serait plus simple car cela répond à un besoin quotidien des clients ou à une urgence.

 

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