Salarié intégralement en télétravail : bonne ou mauvaise idée ?

Publié le 27 mai 2019 Céline Husétowski

Ne plus aller au bureau, ne plus prendre les transports, ne plus voir ses collègues, ni son manager… Vous en rêvez peut-être ? Certaines entreprises proposent à leurs salariés de travailler en « remote », c’est-à-dire en télétravail à 100 %. Bonne ou mauvaise idée ? Cadremploi vous aide à vous faire un avis à travers l’exemple de Fizzer et de l’avis d’une coach.
Salarié intégralement en télétravail : bonne ou mauvaise idée ?

Alors que seulement 29 %* des travailleurs français déclarent télétravailler, certaines entreprises, principalement des start-up et des PME, proposent à leurs salariés de ne plus venir au boulot du tout et de travailler uniquement à distance. C’est le cas de Fizzer (en anglais, ça veut dire « pétiller »), une société qui édite des photos en carte postale. Basée à Cabourg (la ville des deux co-fondateurs qui sont aussi copains d’enfance), tous les salariés télétravaillent à 100%. Quels sont les avantages et les inconvénients de cette formule ? Nous avons posé la question à l’un des boss et à une coach pour comparer leurs avis. Et vous aider à vous faire le vôtre !

 

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Pouvoir travailler de n’importe où

Chez Fizzer, il n’y a pas de machine à café. Avec des salariés en France, au Québec, à la Réunion, et à Bali, il y a jusqu’à 13 heures de décalage entre ceux basés à l’Est et ceux à l’Ouest. « Nous sommes sur 4 time zones différentes », explique Vincent Porquet, Chief Operating Officer et co-fondateur de Fizzer. On travaille en remote et en asynchrone. Chacun doit continuer de travailler où qu’il soit et laisser une trace pour celui qui reprend le flambeau. » Aux quatre coins du monde, les collaborateurs travaillent à leur domicile ou en coworking et communiquent facilement avec un ordinateur prêté par la société et des applications comme Slack, WhatsApp ou Skype.

 

Que veut dire « travailler en remote » ?

Le remote est une forme de télétravail salarié à 100 %. Les télétravailleurs coopèrent entre eux grâce aux outils du Web et mettent rarement les pieds dans l'entreprise.

 

Si Fizzer a fait le choix du 100 % télétravail, c’est aussi pour se démarquer : basée à Cabourg, l’entreprise n’arrivait pas à attirer les talents en Normandie. Avec une moyenne d’âge de 28 ans, la majorité des salariés exerce un métier lié au numérique (web developer, designer graphique ou community manager). Ils ont généralement l’embarras du choix. Le combo « CDI + télétravail » intégral a fait marquer des points à cet employeur situé loin des métropoles prisés des profils digitaux. Chez Fizzer, « il y a trois entretiens et on voit très vite si le candidat a l’habitude de travailler en autonomie », explique le COO.

L’avis de la coach : attention à la capacité à être autonome !

Tout le monde n’est pas fait pour le 100 % télétravail. « Certaines personnes ont besoin d’un cadre qui sépare vie pro et vie perso. D’autres ne savent pas gérer leur temps et peuvent être distraites par des choses à faire chez elles, rappelle la coach Marianne Auriac qui accompagne elle-même des cadres à distance. Avant d'être coach, Marianne Auriac a managé des commerciaux en télétravail intégral. « On n’a rien inventé, ça a toujours existé pour certains métiers, plaisante-t-elle. Cela fonctionnait car ils savaient gérer leurs objectifs et étaient investis. » En revanche, c’était plus complexe pour les managers car « il fallait lâcher prise et être flexible sur les horaires ».

 

Rencontrer ses collègues de temps en temps seulement

Pour Vincent Porquet, « être à distance n’empêche pas de partager sa vie personnelle. Le lundi par exemple, on a un petit robot en ligne qui nous demande ce qu’on a fait pendant notre weekend et chacun répond et ça crée une synergie. En fait on parle plus facilement de nos vies perso à distance que si on était dans la même pièce », conclut-il.

Et pour garder un lien social, les télétravailleurs de Fizzer se réunissent 2 fois par an pour un séminaire. « Ça casse les barrières, là c’est la vraie vie », se rejouit le boss.

L’avis de la coach : un risque de sentiment d’isolement

Travailler tous les jours depuis son domicile sans jamais croiser un collègue représente néanmoins un risque psychosocial qu’il ne faut pas négliger. On peut se sentir « isolé et désinvesti quand l’entreprise est loin de soi », estime Marianne Auriac

 

Pas de chef sur le dos

Chez Fizzer, on ne flique pas mais on ajuste a posteriori s’il y a un problème : « Si quelqu’un travaille 20 heures par semaine et qu’il atteint ses objectifs, c’est parfait, explique Vincent Porquet. Mais s’il y a un problème dans la réalisation des objectifs, on peut être amené à poser un autre cadre de travail. »

En remote, les routines s’avèrent essentielles : « Nous avons une réunion chaque semaine pour se donner des objectifs et une réunion de managers pour se faire monter en compétences les uns,les autres, explique Vincent Porquet. D’autre part, chaque collaborateur a aussi 30 minutes d’échanges informels avec son manager. Cela permet de prévenir les éventuels conflits avant qu’ils n’éclatent », explique-t-il.

Avec la distance, il y a moins de conflits car moins d’échanges mais le risque, ce sont les non-dits. « En face à face, vous comprenez mieux le ton d’une phrase. A distance, on peut facilement se tromper et mal le prendre », souligne Vincent Porquet.

L’avis de la coach : il faut créer les conditions de la confiance

La confiance est encore plus importante avec la distance « car elle se créée mais ne se décrète pas », analyse Marianne Auriac. Pour elle, manager à distance nécessite davantage d’informations et de transparence de la part du manager qui doit réserver du temps pour les échanges individuels mais aussi savoir « créer des temps collectifs à distance. »

 

Ecoutez aussi >> Je dois télémanager et j’ai peur de perdre le contrôle (podcast)

 
Le 100 % télétravail, un contrat comme un autre

L’autonomie a-t-elle un prix caché ? Selon Laure Virlet, avocate en droit du travail, « les salariés en 100 % télétravail ont les mêmes droits que les salariés qui travaillent en entreprise. »

Grâce au principe d’égalité de traitement, un salarié en 100 % télétravail peut donc obtenir des tickets restaurants, bénéficier d'une mutuelle d’entreprise, d’une prime, être couvert en cas d’accident de travail et même être représenté par un délégué syndical si la taille de la société le permet. « En revanche, il n’y a pas de participation à la prise en charge du transport étant donné que le salarié ne se déplace pas pour aller au travail », précise l’avocate.

« Les entreprises contribuent aussi aux frais annexes de leurs salariés et remboursent les frais quotidiens » (chauffage, frais de connexion), explique l’avocate. Elles doivent aussi payer une indemnité d’occupation à des fins professionnelles car l’activité de l’entreprise empiète sur un logement personnel », précise-t-elle. Cette indemnité n’existe pas pour les salariés en télétravail qui disposent d‘un bureau ou d’un espace de co-working mis à disposition par leur entreprise. « Mais c’est la seule différence », précise l’avocate. 

L’employeur doit aussi fournir un ordinateur et une imprimante si besoin. « S’il y a une panne, c’est l’entreprise qui doit payer », confirme l’avocate.  Tous ces détails sont normalement formalisés dans une charte du télétravail ou un accord collectif. «  Mais ce n’est pas une obligation ».

Bonne nouvelle si vous avez pris goût au télétravail et que vous ne voulez pas revenir au bureau, votre employeur ne peut pas revenir sur sa décision.

* Où en est le télétravail en France ? 2ᵉ édition de l'étude Malakoff Mederic Humanis (MMH) réalisée auprès de salariés, de managers et de dirigeants

 

Céline Husétowski
Céline Husétowski

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