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Témoignages : ils préfèrent travailler en CDI qu’en freelance

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Manuelle Bermann

08/10/2019

Le nombre d’indépendants continue de progresser même si le CDI reste la forme de travail prédominante chez les cadres. Alors, la rédaction de Cadremploi a décidé d’interroger ceux qui ont fait un tour par la case freelance…mais en sont revenus, et ceux dont le bonheur a toujours été en CDI. Réponses sur les motivations de ces repentis de l’indépendance et de ces salariés décidés à le rester.

Pas d’horaires, pas de patron, pas de collègues : les ingrédients qui séduisent  bon nombre d’adeptes de l’indépendance professionnelle sont connus. Une plate-forme de freelancing constate l’augmentation du recours aux freelances : ils sont 930 000 en France aujourd’hui (1) – une progression de 145 % entre 2008 et 2018 (2). Parmi eux :

  • 57% des freelances sont âgés de 35 ans et moins
  • 43% ont entre 35 et 49 ans
  • et 14% ont plus de 50 ans.

Donc plus on avance en âge, moins on est freelance.  

 

Témoignages

  • Pierre-Yves : « En freelance, le patron, c’est le client »
  • Valérie : « Freelance, moi ? Plus jamais ! »
  • Sophie : « La force du collectif ne compensera jamais les bénéfices de l’indépendance »
  • 4 questions à…Magali Lahourcade, consultante en transformation des organisations

 

Pierre-Yves, 49 ans : « En freelance, le patron, c’est le client »

Pierre-Yves a toujours évolué en entreprise. Ses domaines d’expertise : l’entertainment et l’événementiel. Aujourd’hui directeur commercial chez EasyMalls (conception de popup stores), il confesse être épanoui en entreprise et ne pas avoir la personnalité adéquate pour exercer en freelance.

Pourquoi ne jamais avoir tenté l’expérience de l’indépendance ?

Il faut deux ingrédients essentiels pour se lancer : la bonne idée et le client de départ. Je n’ai pas eu les deux en même temps. Je n’ai, de toute façon, jamais eu l’envie d’évoluer seul. Mon épanouissement professionnel repose sur le travail d’équipe. J’ai toujours exercé des fonctions créatives. Le besoin d’échanger, de confronter mes idées, d’être challengé y est permanent et décisif. L’idée de me retrouver seul face à moi-même me heurte.

 

Ce qu’on peut faire en CDI et qu’on ne peut pas faire en freelance ? Dormir !

 

Un exemple illustrant la force du collectif en entreprise ?

Des dizaines ! Le plus marquant : lorsque je dirigeais le Comic Con Paris (NDLR : salon annuel de la pop culture), mon équipe voulait absolument y convier Don Rosa, créateur de Picsou. Considérant que le personnage ne collait pas au positionnement du salon, j’y étais opposé. J’ai néanmoins suivi l’avis de la majorité. Résultat : sa venue fut un immense succès. Les files d’attente ne désemplissaient pas. Les retombées se sont multipliées. Si j’avais été seul, l’idée ne m’aurait jamais effleuré.

Est-ce frustrant, à presque 50 ans, de travailler pour accomplir les objectifs d’un autre ?

Absolument pas. J’estime être correctement payé et bénéficier de nombreux avantages. Si le fruit de mon travail enrichit un patron, ça n’est pas un problème pour moi. C’est un échange de bon procédé et en aucun cas un sujet de préoccupation.

Que peut-on faire en CDI que l’on ne peut pas faire en freelance ?

Dormir. Evoluer en entreprise peut, certes, procurer une bonne dose de stress. La stabilité que procure un CDI le rend, toutefois, constructif. En freelance, la conquête du client est incertaine et vitale. Pour durer, il faut être mercenaire du job. De quoi passer quelques nuits blanches et dire « amen » aux moindres desiderata d’une autre forme de patron : le client. 

Photo : Pierre-Yves Binctin, Directeur Commercial EasyMalls - Crédit photo : Julien Labrosse

 

Lire aussi >> Les freelances malaimés des DRH

 

Valérie, 50 ans : « Freelance, moi ? Plus jamais ! »

Valérie a connu le chômage à deux reprises. Son métier : attachée de presse, dans le secteur du tourisme. Craignant de perdre pied et de s’éloigner de ses contacts, elle opte, durant ces deux périodes d’inactivité, pour un statut d’auto-entrepreneur, tout en cherchant un poste de salariée en parallèle. Aujourd’hui PR Manager chez Aviareps (société de services spécialisée dans le transport aérien et le tourisme), elle ne reviendrait au freelancing pour rien au monde.

Pourquoi faire une croix sur une nouvelle expérience en freelance ?
Pour des raisons financières, d’abord. Etre freelance, c’est composer avec des revenus façon montagnes russes. Lorsque j’ai lancé mon activité, j’ai trouvé 5 clients en 3 mois. Une aubaine, en apparence. Dans les faits, les missions ont afflué au début, puis les choses se sont calmées brutalement.  C’est déstabilisant financièrement et émotionnellement.

Je supportais aussi mal d’être seule à bord. Etre indépendant, c’est exercer son cœur de métier, mais aussi être comptable et commercial. Les tâches administratives m’insupportaient. Je n’avais pas  le temps de prospecter de nouveaux clients, ce qui précarisait encore davantage mon activité.

Freelance, faute d’outils, je n’avais pas toujours le sentiment de faire mon travail correctement

 

Etiez-vous plus efficace en freelance ou en CDI ?
On est mieux armé en tant que salarié. Freelance, faute d’outils, je n’avais pas toujours le sentiment de faire mon travail correctement. Une entreprise peut s’offrir et rentabiliser l’utilisation de logiciels professionnels onéreux. Pour un indépendant, c’est impossible. J’avais le sentiment de bricoler.

Les adeptes du freelancing prônent une liberté de temps dont l’entreprise priverait ses salariés. Vrai ou faux ?
Faux. J’ai choisi le CDI aussi pour que mon temps de travail soit mieux cadré. S’il m’arrive souvent de faire des heures supplémentaires, je sais que le temps imparti à mon job n’empiétera pas déraisonnablement sur ma vie privée. Freelance, je m’octroyais des pauses dans la journée, que je rattrapais en travaillant jusqu’à 4 heures du matin. C’est malsain et désociabilisant.
En entreprise, il faut, certes, respecter des horaires. On nous l’enseigne à l’école. Cela fait partie des règles élémentaires du vivre-ensemble. Le développement du télétravail et un peu de bon sens entre collaborateurs et managers permettent de concilier vies pro et perso.

Diriez-vous que l’entreprise est l’une des dernières collectivités à préserver le lien social ?
Oui. Je ne m’épanouissais pas en travaillant seule chez moi. Faire des RP nécessite d’échanger sans cesse. Sans brainstorming permanent, je me sentais étriquée. Travailler en entreprise, c’est aussi former de jeunes recrues. Cette dimension me manquait énormément.

Photo : Valérie Kaczala, PR Manager chez Aviareps


Sophie, 39 ans : « La force du collectif ne compensera jamais les bénéfices de l’indépendance »

Sophie travaille dans le marketing digital depuis 15 ans. L’entreprise est, pour elle, un lieu d’échange et de partage d’expérience. Plutôt que d’opposer freelances et salariés, elle constate, avec satisfaction l’émergence de nouveaux statuts offrant choix et liberté d’action à la population active de demain.  

Qu’est-ce qui vous motive en entreprise ?
Manager, voir grandir les collaborateurs qui m’entourent, apprendre ensemble, d’abord.
Mener un ping-pong intellectuel permanent avec ma hiérarchie est aussi une source de stimulation importante. Lorsque l’on est freelance, il est, certes, possible d’échanger avec ses clients, mais la relation est biaisée par le lien commercial. Avec un manager, la relation est claire et donc constructive.  

Que peut-on faire en CDI que l’on ne peut pas faire en freelance ?
Travailler en équipe sur des projets communs, d’abord.. Faire évoluer sa carrière, ses missions et son métier ensuite. Etre salarié permet, aussi, de poser 5 semaines de congés (ou plus) sans impacter le travail rendu auprès des clients. De manière plus pragmatique, même si le CDI à vie n’existe plus, il offre des perspectives d’avenir et permet, par exemple, de décrocher un crédit bancaire.  

Et ceux qui ne supportent pas horaires et vacances imposés ?
Ils ont raison de s’orienter vers un statut d’indépendant s’ils ont soif de liberté. Pour moi, cette liberté supposée ne compense pas le fait d’avoir des collègues avec qui échanger de façon formelle et informelle.

L’emploi de demain, un mélange des genres ?
Absolument. Durant mon parcours, j’ai effectué, entre autres, deux CDI de deux ans. Peut-on réellement parler de CDI pour une durée aussi courte ? N’ai-je pas, finalement, mené deux missions bien délimitées ? De nouveaux statuts émergents tendent vers un mélange des genres opportuniste et flexible pour l’entreprise pour les collaborateurs. Je pense, par exemple, au CDI intérimaire, au management de transition ou au statut d’indépendant, bien sûr.

La bascule vers l’indépendance, est-ce une question d’âge ?
Probablement, même s’il n’y a pas de règles. Certains ont l’envie et la personnalité adéquate pour se lancer seuls dès le début de leur carrière. Pour les autres, je dirais qu’il y a un premier palier autour de la quarantaine. Après une vingtaine d’années en entreprise, il peut être la conséquence d’une série de désillusions. Je mettrais le second palier aux alentours de 50 ans. Dans ce cas, le statut de freelance remplace souvent un CDI, difficile à décrocher.

 

4 questions à… Magali Lahourcade, consultante en transformation des organisations

2 choses possibles en CDI, impossibles en freelance ? 
1/ Acheter un appartement !
2/ Avoir l’esprit tranquille et alléger sa fameuse « charge mentale ».
En entreprise : les tâches administratives, chronophages et anxiogènes sont prises en charge. Votre PC est en rade ? Un coup de fil et le problème est réglé. Votre seule préoccupation : vous concentrer sur votre cœur de métier. Un luxe inaccessible en freelance.

L’entreprise, dernier bastion du collectif ?
Oui. L’entreprise est le terrain de jeu idéal pour mesurer la force du collectif. « Deux cerveaux valent mieux qu’un » : l’illustration de l’adage y est quasi-quotidienne, même si, ne nous voilons pas la face, le constat ne saute pas encore aux yeux de tous, particulièrement dans les grandes structures.

Le facteur de motivation numéro 1 dans l’entreprise de demain ?
Les collègues, sans aucune hésitation, loin devant le salaire, le lieu où le job en lui-même.
Ils sont, à mon sens, l’élément numéro 1 qui donnera envie aux gens de se lever le matin. Entretenir des relations de qualité entre salariés, créer un collectif solide via des échanges formels et informels réguliers est le challenge prioritaire des dirigeants à court terme.

Et demain ? Beaucoup de CDI, saupoudrés d’une dose de freelancing ? 
Absolument. Je crois beaucoup en l’hybridation du travail à moyen terme. La clause d’exclusivité de nos contrats de travail va devenir moins systématique. Le besoin de concilier accomplissement de rêves professionnels, stabilité financière et rapports humains va faire émerger des profils atypiques. Ils travailleront 4 jours sur 5 en CDI, un jour en freelance…seront DAF du lundi au jeudi et expert en médecine chinoise le vendredi. (NDLR : en 2018, seuls 7% des cadres ont, en plus de leur job, une activité de micro-entrepreneur, source APEC).

Photo : Magali Lahourcade, Consultante en transformation des organisations - Crédit photo : Vincent Colin

 

 (1)  Source Eurostat

(2)  Source Malt - Septembre 2019 « Malt dévoile le baromètre du freelancing dans les entreprises du Cac 40 ».

(3) Source Malt - Le freelancing en Europe en 2018 – Résultats de la première étude européenne sur le freelancing.

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